La Nouvelle Encyclopédie de Masse, T. 2

MASSE

Glénat, 2015



Ooouh, j'ai du mal avec cet album : le dessin est noir, hachuré de noir, toujours noir et très touffu. Si bien que les cases donnent une impression de monotonie, sans plans successifs dont je me suis rapidement lassé. Comme l'album compte 300 pages, la lecture fut marathonienne !

J'avais aimé le côté érudit des Deux du balcon, dont l'ensemble un peu austère était merveilleusement servi par deux compères à la complicité sympathique. Dans ce nouvel album, l'aspect ardu m'a étouffé : tant pour le dessin que pour l'aspect encyclopédique du volume. On sort de certains chapitres en se demandant ce que l'auteur a voulu illustrer. Peut être faut-il encore plus s'y investir que je ne l'ai fait ? Ou encore, l'absurde qui est fréquemment la muse de l'auteur, n'est-elle pas la mienne ?

Bref, impossible d'y rentrer pour moi ! Amateurs de BD au look attirant ou encore d'émotion immédiate, s'abstenir !

Marc Suquet


  

(Vue d'artiste)

MASSE

Glénat, 2011



Où cet hurluberlu qu'est Masse confronte deux personnages, comme dans les deux du balcon. Cette fois-ci les compères grimpent une échelle métaphysique et linéaire en discourant allègrement astrophysique, astrologie, philosophie et art graphique, avec un petit passage par le catch féminin...

Il serait vain de tenter de résumer l'album. Il est presque aussi compliqué de donner un aperçu du résultat de ce mélange audacieux en forme d'hommage à quelques-uns des plus grands peintres ayant posé palette sur toile. Picasso, Kandinsky, Chagall, Miró et d'autres encore sont convoqués dans le panthéon foutraque de cet auteur à part, et c'est une réussite. Il faut cependant avertir le lecteur : ce n'est pas une BD comme les autres, et bien que son nombre de pages soit tout à fait raisonnable, sa lecture demande calme, bonne disposition d'esprit et temps libre (personnellement deux bonnes heures). On en ressort ravi, pas sûr d'avoir tout compris, enchanté de la dégustation picturale et de la poésie surréaliste du texte. Une oeuvre ardue se terminant en apothéose avec un clin d'oeil merveilleux à l'oeuvre précédemment citée. Onirique et érudit, vivement coloré et halluciné, absurde et cohérent, bienvenue chez Masse, la noblesse du pinceau alliée à l'esprit et à l'humour.

Une révélation (je sais, je retarde, le monsieur a commencé avant ma naissance, c'est dire...) !

Marion Godefroid-Richert


  

Les Deux du balcon

MASSE

Glénat, 2011



Une reprise de la BD de Masse, parue en 1985. Deux compères sur un balcon, devisent sur différentes questions scientifiques : le climat, l'amour, la tectonique des plaques ou encore les plantes carnivores.

Une vraie BD érudite : les concepts scientifiques sont passés en revue à l'intérieur de chapitres de cinq pages chacun. Les travaux des scientifiques correspondants sont cités. Le lecteur évolue de la cascade hormonale déclenchée lors des comportements amoureux à l'intervention du rajeunissement dans le phénomène de l'évolution en passant par la théorie quantique. Alors, bien sûr c'est un tantinet éloigné du style gaudriole décapante et le lecteur peut trouver l'album ardu, voire austère. Fort heureusement, la personnalité complémentaire des deux compères (l'érudit pur jus et le contradicteur malin) comme certaines des causeries poussées à l'absurde (le comportement amoureux des voitures, par exemple) contribuent à détendre l'ensemble. N'empêche, c'est quand même costaud !

J'ai bien aimé le dessin fait de tramage et grattage et qui donne à l'ensemble un coté rétro.

Pas mal pour l'idée du balcon, poste d'observation du monde et des deux compères, mais un poil ardu !

Marc Suquet


Petit, tout petit résumé. Soit deux individus assez dissemblables sur le plan physique et sur le plan moral. Chacune des saynètes du livre part d'une théorie scientifique pointue détournée de manière plaisamment et brillamment loufoque, afin d'atterrir sur une pirouette finale sans rapport avec le début.

Dit comme ça, on n'a pas très envie. Mais dès qu'on a l'objet en main, on change d'avis. Tant il est vrai que dans une chronique on peut difficilement mettre un exemple de l'image, qui constitue le passeport indispensable pour se lancer dans l'aventure de la lecture. Rien de prétentieux chez Masse, au contraire. Son respect et son amour de la chose scientifique explosent à chaque case dans un feu d'artifice de références pointues mêlées d'un humour caustique indescriptible.

De l'absurdité élevée au rang des beaux-arts, on connaissait déjà grâce à Beckett. Chez Masse, on attend Godot en discutant de la pluie et du beau temps moulinés à la physique quantique, on disserte sur l'effet papillon en jouant au billard avec une queue préprogrammée pour un seul coup, on apprend comment on a découvert que Dieu était gaucher (entre autres). Comme le dit si bien le physicien qui préface l'ouvrage, du sérieux mis en concurrence avec le dérisoire, de l'humour dans la soupe du chercheur qui a plus l'habitude de grimacer sous l'effet de la concentration que celui de l'extension du zygomatique. Pour le lecteur lambda, quelle plongée miraculeuse aussi dans un graphisme ébouriffant de maîtrise. Les concepts obscurs sont manipulés avec le même brio que la plume, et la mise en couleur talentueuse souligne le dessin magistralement. De la très haute qualité que l'éditeur fait bien de remettre à portée de tous.

Enfin, quel plaisir de voir qu'en matière de rire, on ne doit s'imposer aucune limite d'exigence, et qu'au sein même du savoir le plus érudit se cache la farce qui ravit le coeur quand se remplit la tête. On ne ressort pas de la lecture de cet ouvrage plus intelligent parce qu'on a appris ce qu'étaient la néoténie ou bien la tectonique des plaques, mais bien parce qu'on a ri en en lisant les mécanismes.

Marion Godefroid-Richert

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