Le Miroir d'eau

Eric CORBEYRAN, Bénédicte GOURDON, HORNE

Vents d'Ouest, 2013
Le Port de la lune, T. 2



Maya, la flic, aurait dû faire attention à ce que tentait de lui dire Sam, le SDF : il y avait bien une femme enfermée nue sous une dalle sur une des places de Bordeaux. Ana, l'enfermée, est aussi la mère du petit garçon, Brandon, que recherche la police.

La surprise de l'album, c'est la surdité de Maya. Rare, en effet, qu'un flic de fiction subisse ce handicap. Et au milieu d'une équipe de machos, c'est pas très facile d'être une femme et sourde ! Une idée originale donc, qui se double d'un objectif utile : soutenir le centre de ressources des sourds en cours de mise en place à Bordeaux. La Gironde compte en effet huit mille sourds profonds. Bénédicte Gourdon, psychologue auprès de personnes sourdes, mais aussi scénariste de l'album, soutient cette initiative.

L'histoire est intéressante, tant le lecteur ne saisit pas bien le rapport entre le Prince, la coqueluche d'une boîte de nuit, Lopez qui deale ou Bain qui magouille dans la prostitution. Quelques persos plutôt sympathiques comme Mimi, la gérante du bar Le Narval, confidente de Maya, ou encore Mme Sipovitz, avec qui Brandon s'entend si bien.

Le dessin est un peu simplet : des visages assez peu réussis (par ex. p. 21), ou des cadrages qui manquent d'imagination (pp. 8 et 9). Au total, un album à l'objectif généreux mais à la réalisation un peu trop classique.

Marc Suquet


  

Les Magiciens

Eric CHABBERT, Eric CORBEYRAN

Glénat, 2012
Black Stone, T. 1



D'habitude, quand des magiciens enferment un membre de leur public dans une caisse, ce dernier réapparaît sous les applaudissements du public. Lorsque Nelson demande à Jenny, son assistante, de rouvrir la caisse, le jeune garçon qu'elle vient juste d'y enfermer a disparu ! Jenny est jetée en prison. Quant à Nelson, il s'enfuit aux États-Unis. Est-ce la pierre qu'il a retrouvée au fond de la caisse vide qui lui donne de nouveaux talents de magicien ?

Une bande dessinée plutôt sympathique. Les persos sont intéressants. En début d'album, on est en présence d'un trio d'artistes fauchés qui se sépare. Finies la roulotte, les arnaques aux cartes dans les rues de Paris, place à Londres. Mais le rêve s'arrête rapidement devant cette caisse dévoreuse de jeune garçon. Jean Jacques, le troisième magicien et plutôt bon gars : il va aider la mère à retrouver son enfant.

L'histoire est intriguante : où est donc passé le garçon ? Quelle est donc cette pierre trouvée au fond de la caisse ? Il y a malgré tout, des aspects un peu misère : la mère qui perd son enfant, mais aussi son bras dans une machine et, bien sûr, son travail. Mais n'est-ce pas fidèle à la réalité, surtout en 1860 ?

Une BD classique mais agréable.

Marc Suquet


  

Rue Abbé de l'Epée

Eric CORBEYRAN, Bénédicte GOURDON, HORNE

Vents d'Ouest, 2011
Le Port de la lune, T. 1



Maya Lipman est inspectrice : rien d'extraordinaire à tout ça et on s'imagine bien qu'elle va avoir affaire à ses gros lourdaux de collègues masculins. Oui, mais voilà, Maya est sourde. La voilà confrontée à la lettre anonyme d'un déséquilibré menaçant le Prince de la nuit.

Une BD bien curieuse avec deux aspects très contrastés : une histoire très classique et parfois un peu sage, portée par un dessin bien classique lui aussi. L'originalité de cette partie tient, bien sûr, au handicap de la fliquette, mais ça ne peut faire un album en lui même. Mais en début et en fin d'album apparaît le cri d'un homme désespéré qui se découvre femme et enfermé dans une boite en ciment ?

Attendons donc la suite de l'enquête.

Marc Suquet


Eh bien, pour un album on ne peut plus classique de facture, celui-là sort du lot. Le graphisme sert bien l'histoire et la surprise est créée par cette femme flic (déjà) et sa surdité. Quant aux scénaristes, ils ont bien ménagé le suspens. Efficace, car je lirai le tome 2 c'est sûr !

Annecat


  

Angus

Eric CORBEYRAN, JEF

Emmanuel Proust, 2009
Une balle dans la tête, T. 1



Dans les années 70, le chef d'un groupe d'activistes de l'IRA se prend une balle dans la tête lors d'un combat de rue les affrontant aux policiers. Il ne meurt pas sur le coup mais tombe dans un profond coma. Le petit groupe se retrouve alors sans leader, complètement désemparé. Les esprits s'échauffent. Graham, le frère du chef, endosse sans vraiment de légitimité le rôle de meneur. Lui, il voit dans cet acte une très bonne raison de se venger des ennemis. "Il est du genre oeil pour oeil dent pour dent". Et il compte bien entraîner les autres dans ses projets de vengeance redoutable. Pour une balle tirée sur l'un d'eux, il faut faire un massacre.

Angus, l'insondable et obscur Angus, voit les désirs de Graham d'un très mauvais oeil. Il a un passé extrêmement dur derrière lui. Les souffrances et les atrocités, il les a connues enfant. Après des mois d'errance, il a rencontré Dara. Elle est son repère, son double. Elle aussi a perdu des êtres chers et ne voit de justice dans aucune guerre. Dara lui a fait connaître le groupe mais elle préfère les fréquenter de loin...

Angus veut tout faire pour éviter le carnage orchestré par Graham. Pour lui, tout ça n'a plus rien à voir avec la lutte de l'IRA. Il s'agit simplement des folies du frère du chef. Etre ambigu et mystique, il propose de retrouver le tireur et de ne s'en prendre qu'à lui. Pour cela, il fera appel à des pratiques occultes.

Cette BD à la particularité de nous emmener à la fois à l'intérieur d'un petit groupe de l'IRA des années 70 et d'y mêler la magie et tout l'univers occulte des tribus primitives d'Irlande. Le dessin est une réussite. Il représente à merveille les rue de Belfast, la grisaille et la dureté de ces années de lutte. Les atmosphères de nuit donnent l'impression d'y être. Et les personnages sont tout simplement... beaux !

A quelques planches de la fin, on pressent la chute... mais elle donne très envie de lire le deuxième tome !

Zab


  

Le Temps des bricoleurs

Eric CORBEYRAN, Pierre TARANZANO, Bernard WERBER

Drugstore, 2001
Les Thanatonautes, T. 1



Michael Pinson est branché de la mort dès son enfance, genre Harold, de Harold et Maud. Au cours d'un enterrement, il rencontre Raoul Razorbak avec qui il partage son attirance. Arrivés à l'âge adulte, ils vont poursuivre leur passion en étudiant la mise au-delà du coma de condamnés à la prison à perpèt'.

J'avais dévoré le bouquin de Bernard Werber qui avait séduit plus d'un million de lecteurs, attiré que j'étais par le côté aventure bien sûr, mais aussi par l'inconnu du grand saut. En 1994, personne ne pensait à la mort comme une exploration d'un territoire inconnu, débarrassée de son côté émotions. L'auteur justifie son passage à la BD parce qu'il s'en nourrissait durant l'écriture de son bouquin : Moebius, Druillet ou Bilal, du grand tout de même !

L'album est plutôt agréable. Il est saupoudré d'extraits de la thèse de Razorbak, donnant les illustrations de la mort par différentes mythologies. Les dessins de l'album sont sympathiques, mais j'aurais aimé, avec un tel sujet, trouver de belles planches que l'on admire. Visiblement pas le parti pris des auteurs qui ont souhaité, plus simplement peut-être, familiariser le lecteur avec la mort.

Si le travail de Corbeyran, Werber et Taranzano pouvait convaincre les lecteurs que l'on peut regarder sa mort en face et non la zapper, comme une peur que l'on expédie...

J'ai bien sûr rédigé cette chronique en écoutant Prélude à l'après midi d'un faune, comme conseillé par Bernard Werber.

Marc Suquet

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