La Mort dans l'âme

Sylvain RICARD, Isaac WENS

Futuropolis, 2011



M. Vanadris est en fin de vie. Il est transféré dans un centre de soins palliatifs. Dès le départ, il sait à quoi s'en tenir puisqu'on lui explique qu'au début il n'y a "qu'un seul tuyau" mais que viendra le temps où il ne suffira plus. Heureusement, il y a son fils, Cyril.
Il est des BD comme des rencontres. Il y en a qui vous happent, vous bouleversent ou plus simplement... vous concernent.

Ici, dès la première page, le ton est donné avec ce magnifique poème d'Etienne Ricard (père de Sylvain, si j'ai bien compris). Il illustre à lui seul le propos du livre. D'un côté, la peur mais aussi la hâte de celui qui sait qu'il va mourir et de l'autre, la peur (aussi) mais l'impuissance et le désespoir de celui qui ne veut pas laisser mourir !

Tout est en nuances, sans pathos mais avec une vraie exigence de sincérité. On sent la peur du père qui sait que sa fin est proche mais qui ne se résout pas à la vivre telle qu'on le lui propose et qui finit par demander à son fils de "faire ce qu'il faut" car, dit-il, "quelques jours de plus ou de moins, quelle importance. On sera soulagé tous les deux".

Et puis il y a Cyril, son fils, qui se débat avec cette idée de mort imminente, faisant petit à petit le vide autour de lui, incapable de gérer sa colère et sa frustration.

Le dessin et le choix du sépia d'Isaac Wens encadrent parfaitement le récit et réussissent même à y apporter un peu de douceur malgré la violence du propos.

La mort, la maladie et son cortège de diminutions physiques et de peurs, l'amour, l'insupportable absence c'est tout cela La Mort dans l'âme, mais c'est loin d'être la mort de l'âme, au contraire ! A lire (merci à Kris de nous en avoir parlé).

Annecat


Un vieil homme est atteint d'un cancer. Bien sûr, on ne voit rien, mais son état est suffisamment grave pour qu'il soit admis dans une unité de soins palliatifs. Cyril, son fils, l'accompagne.

Pour qui ne le croirait pas encore, la bande dessinée n'est plus un art mineur qui aurait bien du mal à sortir de Spirou, Tintin ou Black et Mortimer. Cet album de Sylvain Ricard et Isaac Wens est de ceux dont on ne sort pas indemne. L'évolution des personnages me semble poignante : celle du père, bien sûr, dont la santé décline en même temps que le nombre de perfusions augmente. Mais aussi celle de son fils, désemparé puis progressivement complice de cette mort qu'il va vivre avec son père.

Ce sont aussi les doutes du père qui cherche réconfort auprès d'un prêtre, mais qui ne sera pas convaincu par ses arguments trop vaticanesques pour être convaincants. Ou encore ses tribulations dans les couloirs de l'hôpital qui lui font percevoir, en regardant dans les chambres des autres malades, le sort qui l'attend. Ses perceptions, modifiées par les doses de morphine que les médecins doivent augmenter. C'est surtout la complicité qui poussera le fils à aider son père à mourir. Contre l'avis du prêtre : un acte d'amour filial.

Les dessins sont simples mais véridiques et nimbés d'une ambiance sépia.

Une BD qui marque son lecteur par la vie qui la parcourt : chapeau, les gars !

Marc Suquet

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