Thérèse Dragon, récit de campagnes napoléoniennes

Damien MARIE, Karl T.

Vents d'Ouest, 2014



Il n'y en a pas trente-six, des femmes, dans l'armée de l'an XII. Thérèse Dragon est la seule, celle qui par son courage a forcé l'acceptation et le respect des hommes. Elle deviendra la seule femme des dragons napoléoniens.

Le personnage a existé mais il est plus connu sous le nom de Madame Sans-Gêne. Pourtant, une pièce de théâtre de Victorien Sardou, attribue ce surnom à une autre, Catherine Hubscher, et ce pour des raisons théâtrales.

L'album est très... romantique. La seule femme des dragons sait manier, bien sûr, la douceur comme le sabre. Mais sans jamais oublier Clément, son ami d'enfance, qu'elle recherche sur les champs de bataille. Sans oublier de se battre contre le Minotaure, qui lui apparaît dans chacun de ses rêves.

Bien sûr, ce n'est pas le scénario un peu cousu de fil blanc qui est la qualité de cet album. C'est plutôt le dessin de Karl T. qui reproduit bien la noirceur des champs de bataille, comme la dureté de certains visages. Ca n'est tout de même pas une révolution pictographique et l'album reste finalement sans grand caractère. Dommage !

Marc Suquet


  

Marius 1954

Olivier BERLION, Xavier DELAPORTE, Jérôme FELIX, GALANDON, Damien MARIE

Bamboo, 2012
La Lignée, T. 2



Dans la famille Brossard, on meurt à trente-trois ans. Après l'histoire d'Antonin en 1937 durant la guerre d'Espagne, voici celle de son fils Marius, quinze années plus tard. Prêtre, Marius débarque à Brest en 1954, en pleines manifestations ouvrières.

C'est du social et du lourd dans cet album. Mais c'est le legs de notre ville : six à sept mille ouvriers qui se succèdent pour reconstruire Brest dévastée par la guerre. Un contexte bien rappelé par le dossier spécial placé en fin d'album et préparé avec l'aide de la ville mais aussi de fins connaisseurs comme Kris.

L'album rappelle aussi des événements qui font le passé de Brest, comme les baraques où logeaient les Brestois, chassés de leur maison par les bombardements ou encore l'explosion de l'Ocean Liberty, un cargo norvégien, le 28 juillet 1947 et qui fera trente-trois morts. L'album donne à ce désastre un tour qui a tout d'une fiction comme le rappellent avec honnêteté les auteurs en début d'album. Mais ils n'oublient pas Yves Bignon et Francois Quéré, deux marins qui se sacrifièrent afin d'éviter l'explosion du bateau.

Le mouvement des prêtres ouvriers est évoqué avec René qui n'hésite pas à donner un coup de pouce aux actions ouvrières même en étant parfois un poil borderline ! Le cynisme patronal est joliment décrit : les ouvriers se sentent forts et peuvent faire grève car le plein emploi règne. Avec un chômage plus élevé, ils seraient bien moins combatifs envers le patronat... Une attitude qui ne surprendrait plus guère de nos jours tant la crise a pu s'expliquer par la possibilité de liquidation du social qu'elle permet !

C'est plutôt pas mal parce que bien conçu à partir d'une base historique solide et s'immisçant dans des milieux très différents (Eglise, mouvement ouvrier, bourgeoisie...). Le scénario apparaît parfois un poil caricatural mais le cynisme patronal est vérifié quotidiennement et les héros comme Yves Bignon et Francois Quéré ne sont pas un mythe.

Marc Suquet


  

Antonin 1937

Olivier BERLION, Jérôme FÉLIX, GALANDON, Damien MARIE

Bamboo, 2012
La Lignée, T. 1



Pas marrant d'appartenir à une famille dans laquelle les aînés passent tous l'arme à gauche à l'âge de trente-trois ans. Antonin, à une année de la date en question, largue femme visiblement pas très rigolote (mais bon, Antonin papillonne quelque peu en ville...) et milieu bourgeois pour filer le train à sa copine en direction de la guerre d'Espagne.

Soyons clairs, je n'ai pas aimé ce premier album d'une tétralogie qui en elle même constitue un tour de force : associer quatre scénaristes travaillant sur tous les albums et quatre dessinateurs qui, eux, ne bossent que sur un seul. Oui mais voilà, la présentation de la guerre d'Espagne me semble caricaturale : genre les bons d'un côté, les républicains, les salauds de l'autre, les nationalistes. C'est partiellement vrai, mais c'est aussi oublier la tiédeur de la réaction de Staline, qui, sous prétexte de soutenir les républicains, en profite pour nettoyer les Brigades internationales de tous les éléments opposés, comprendre non-staliniens, et des anarchistes : on trouvera des éléments sur ce sujet dans Hommage a la Catalogne de George Orwell mais aussi dans Land and Freedom de Ken Loach. L'image d'Epinal esquissée par cet album en prend un sérieux coup ! Il reste le courage des Brigades internationales dont les membres viennent de toute l'Europe combattre les nationalistes avec leur cri de ralliement : No pasaran !

Je n'aime guère non plus le dessin : des visages et expressions simples et dénués de détails. De gros traits noirs soulignent mais aussi alourdissent l'ensemble.

En tant que Brestois, nous attendons avec beaucoup d'impatience le deuxième tome qui décrira notre Brest chérie en 1954, juste après la guerre et ses bombardements : une période que les habitants de cette ville martyre n'oublient pas.

Marc Suquet


  

Back to perdition, T. 2

Damien MARIE, VANDERS

Vents d'Ouest, 2011
Back to perdition, T. 2



L'enfer continue pour Angie : quand elle reprend connaissance, c'est pour s'apercevoir que Bruce, enfermé dans sa folle jalousie, a décidé de son avortement. Prise au piège elle réussit quand même à s'enfuir et se met à la recherche de Mayaw, sans savoir qu'il est mort. Dans le même temps son père sans nouvelles engage deux mercenaires et les lance à sa poursuite.

Je ne révèlerais rien en vous disant que tout cela finira mal ! C'est noir, très noir. Aucun des personnages ne semble plus habité par une parcelle d'humanité. Tout ça sur fond de déluge qui noit tout, y compris l'espoir. Le dessin rend toute l'histoire écrasante, on colle littéralement tant l'atmosphère rendue est soit humide à l'extrême, soit brûlante.

Bon diptyque très convaincant.

Annecat


Retour à la ferme d'élevage de crocodiles où c'est toujours l'angoisse parce que le wet, la saison des pluies, ne s'arrête pas et que le niveau des bassins monte. Angie, après son viol, s'est enfuie avec Bruce, qui tente de la faire avorter contre la volonté de la future mère.

C'est noir, très noir. L'avortement non consenti d'Angie qui se réveille, l'avorteuse en train de travailler entre ses jambes. Mais aussi son désespoir lorsqu'elle trouve Mayaw, l'aborigène qu'elle aime, assassiné. C'est pas des tendres, ces gars-là. Et ça l'est encore moins quand on passe au travail des chasseurs de primes engagés par le père pour retrouver sa fille, Angie : les coups de couteau volent bas !

Et pourtant, comme pour le premier album, j'ai bien aimé ce deuxième tome pour son caractère, sa dureté mais aussi la philosophie des aborigènes qui donne une teinte partiellement plus douce à cet album. Côté final, ne vous attendez pas à un happy end à l'eau de rose !

Marc Suquet


  

Les Limbes de Jack

Loïc MALNATI, Damien MARIE

Bamboo, 2011
Wounded, T. 2



Après avoir été blessé par un bison, Edwards est recueilli par les Indiens dont il a sauvé deux enfants. Mais Edwards est-il Jack l'éventreur, comme il semble le penser ?

Le scénario est coupé en deux histoires menées parallèlement : celle d'Edwards à Porcupine dans le Dakota, initié par les Indiens à devenir un être humain, c'est à dire l'un des leurs. Mais aussi, celle d'Élisabeth dans les bas fonds londoniens, parmi les prostituées. Les retours dans le temps (j'ai pas dit flash back !) sont parfois un peu complexes mais on se retrouve sans trop de mal dans l'histoire.

Élisabeth, l'amour d'Edwards, est en fait le perso principal de ce deuxième tome. C'est donc son histoire qui est racontée et qui passe ici au premier plan. En deuxième plan, Edwards devient le coupable idéal, le tueur en série un peu trop embarrassant. Voilà donc une façon originale d'imaginer l'histoire du tueur londonien.

On perçoit également la critique sociale des auteurs, concernant la bataille de Wounded Knee, en décembre 1890 dans le Dakota et durant laquelle deux cents Indiens, dont quarante-quatre femmes et dix-huit enfants, sont massacrés. Un massacre que l'on doit au 7e régiment de cavalerie du général Miles et au régiment du colonel Forsyth, appuyé par ses mitrailleuses Hotchkiss. On trouvera ici le massacre raconté par le petit neveu de Red Cloud, le chef indien de la célèbre bataille. Un massacre débuté par une maladresse, un coup de fusil parti, mais achevé en une abominable séance de tir. Les auteurs se sont largement documentés sur Wounded Knee, bien sûr, mais aussi sur la Ghost Dance, la danse des esprits.

Rien de plus pour les dessins, qui ne m'avaient pas trop accrochés dans le premier tome.

C'est donc un western, mâtiné d'histoire et de fantastique. Un mélange qui marche plutôt bien, renforcé par un scénario intéressant.

Marc Suquet


  

L'Ombre du photographe

Loïc MALNATI, Damien MARIE

Bamboo, 2010
Wounded, T. 1



1890, l'automne à New York . Edwards, c'est plutôt le genre beau gosse, séducteur mais sans le sou. Aussi, quand des politiciens lui proposent une mission, photographier pour apporter un témoignage de la pacification d'une ville de la frontière indienne du Dakota, Edwards s'empresse d'accepter. Une fois sur place, la mission n'est pas de tout repos : l'accueil des cow-boys est plutôt "roots". Quant aux indiens, l'objectif des blancs est bien connu : en flinguer un max !

Le personnage d'Edwards a véritablement existé : dans le vrai il est aussi plutôt beau gosse. C'est l'un des premiers photojournalistes, ayant réalisé près de cinquante mille clichés, dont une grande partie sur huit tribus indiennes. Dans la BD, le héros semble un peu dérangé, tout de même : il a fui Londres pour des raisons inconnues et cauchemarde régulièrement, voyant des prostituées monstrueuses durant ses rêves. Malgré tout, il fait un peu fleur bleue quand il débarque dans l'ouest : un grand coup de pied dans les fesses pour le faire descendre du train et en guise de bienvenue.

La pacification, c'est la violence. Les arbres sont ornés de fruits un peu trop humains. Les indiens sont traités comme des chiens : leur population, qui s'élevait à plus d'un million d'individus au XVIIIe siècle, avait chuté à quarante mille lors du début du travail du photographe !

J'ai donc aimé le scénario de cette histoire : celle d'un vrai anthropologue passionné de photos. Le scénariste, Damien Marie, est aussi celui de Cuisine du diable et de Poussière des anges. J'ai par contre, moins accroché avec les dessins de Loïc Malnati qui me semblent un peu basiques : la face des personnages est bien peu détaillée et donne parfois au héros le look d'un bellâtre au cerveau poids plume, ce qui ne va pas du tout avec la personnalité du personnage. Le tome 1 donne tout de même une sérieuse envie de connaître la fin de l'histoire, expliquée dans le tome 2.

Marc Suquet

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