Les Limbes de Jack

Loïc MALNATI, Damien MARIE

Bamboo, 2011
Wounded, T. 2



Après avoir été blessé par un bison, Edwards est recueilli par les Indiens dont il a sauvé deux enfants. Mais Edwards est-il Jack l'éventreur, comme il semble le penser ?

Le scénario est coupé en deux histoires menées parallèlement : celle d'Edwards à Porcupine dans le Dakota, initié par les Indiens à devenir un être humain, c'est à dire l'un des leurs. Mais aussi, celle d'Élisabeth dans les bas fonds londoniens, parmi les prostituées. Les retours dans le temps (j'ai pas dit flash back !) sont parfois un peu complexes mais on se retrouve sans trop de mal dans l'histoire.

Élisabeth, l'amour d'Edwards, est en fait le perso principal de ce deuxième tome. C'est donc son histoire qui est racontée et qui passe ici au premier plan. En deuxième plan, Edwards devient le coupable idéal, le tueur en série un peu trop embarrassant. Voilà donc une façon originale d'imaginer l'histoire du tueur londonien.

On perçoit également la critique sociale des auteurs, concernant la bataille de Wounded Knee, en décembre 1890 dans le Dakota et durant laquelle deux cents Indiens, dont quarante-quatre femmes et dix-huit enfants, sont massacrés. Un massacre que l'on doit au 7e régiment de cavalerie du général Miles et au régiment du colonel Forsyth, appuyé par ses mitrailleuses Hotchkiss. On trouvera ici le massacre raconté par le petit neveu de Red Cloud, le chef indien de la célèbre bataille. Un massacre débuté par une maladresse, un coup de fusil parti, mais achevé en une abominable séance de tir. Les auteurs se sont largement documentés sur Wounded Knee, bien sûr, mais aussi sur la Ghost Dance, la danse des esprits.

Rien de plus pour les dessins, qui ne m'avaient pas trop accrochés dans le premier tome.

C'est donc un western, mâtiné d'histoire et de fantastique. Un mélange qui marche plutôt bien, renforcé par un scénario intéressant.

Marc Suquet


  

L'Ombre du photographe

Loïc MALNATI, Damien MARIE

Bamboo, 2010
Wounded, T. 1



1890, l'automne à New York . Edwards, c'est plutôt le genre beau gosse, séducteur mais sans le sou. Aussi, quand des politiciens lui proposent une mission, photographier pour apporter un témoignage de la pacification d'une ville de la frontière indienne du Dakota, Edwards s'empresse d'accepter. Une fois sur place, la mission n'est pas de tout repos : l'accueil des cow-boys est plutôt "roots". Quant aux indiens, l'objectif des blancs est bien connu : en flinguer un max !

Le personnage d'Edwards a véritablement existé : dans le vrai il est aussi plutôt beau gosse. C'est l'un des premiers photojournalistes, ayant réalisé près de cinquante mille clichés, dont une grande partie sur huit tribus indiennes. Dans la BD, le héros semble un peu dérangé, tout de même : il a fui Londres pour des raisons inconnues et cauchemarde régulièrement, voyant des prostituées monstrueuses durant ses rêves. Malgré tout, il fait un peu fleur bleue quand il débarque dans l'ouest : un grand coup de pied dans les fesses pour le faire descendre du train et en guise de bienvenue.

La pacification, c'est la violence. Les arbres sont ornés de fruits un peu trop humains. Les indiens sont traités comme des chiens : leur population, qui s'élevait à plus d'un million d'individus au XVIIIe siècle, avait chuté à quarante mille lors du début du travail du photographe !

J'ai donc aimé le scénario de cette histoire : celle d'un vrai anthropologue passionné de photos. Le scénariste, Damien Marie, est aussi celui de Cuisine du diable et de Poussière des anges. J'ai par contre, moins accroché avec les dessins de Loïc Malnati qui me semblent un peu basiques : la face des personnages est bien peu détaillée et donne parfois au héros le look d'un bellâtre au cerveau poids plume, ce qui ne va pas du tout avec la personnalité du personnage. Le tome 1 donne tout de même une sérieuse envie de connaître la fin de l'histoire, expliquée dans le tome 2.

Marc Suquet

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