Mortelle Hôtesse

Bernard PASOBROLA

La Vie du rail, 2011



A l'heure du concombre tueur (curieux que l'on n'ait pas entendu parler de celui qui avançait masqué et dont la réédition a été faite en 2005), des farines animales - le retour, du soja germeur fou, du chou-fleur qui dérape ou des OGM qui planent au-dessus de nos assiettes, sûr que Mortelle Hôtesse tombe à point. Quand un virus s'abat sur des diamantaires à Anvers et cause leur cécité, la vision étant justement leur outil principal, il y a de quoi se poser des questions. Et puis, mourir d'un arrêt cardiaque dans un TGV, ça peut paraître suspect.

Le roman de Bernard Pasobrola a tout pour susciter l'intérêt : des multinationales, des enlèvements, un milieu original (celui des diamantaires), du terrorisme biologique, des groupements bizarroïdes, genre le Temple Nazaréen... On comprend mieux quand on apprend que les ressources en diamants de l'Afrique ont alimenté une centaine de conflits en un demi-siècle ! Mais le début du roman traîne un peu en longueur. Le lien entre les éléments est long à découvrir et le rythme, un poil freiné.

Le style de l'auteur est fluide et agréable. Quelques jolies trouvailles comme : "Le Chief s'accroupit lourdement devant eux avec l'expression d'un verrat médaille d'or d'un concours agricole qui attend placidement la saillie" ou plus fleuries comme "une tête de conservateur de musée du vin, abonné à des revues pédophiles". Le texte est ponctué de citations de Clausewitz, la référence prussienne en matière de stratégie militaire. C'est assez original, car j'avoue que ses écrits ne sont pas franchement mes livres de chevet ! Mais l'auteur l'explique par la permanence de la guerre dans le monde moderne. Et puis, quand un penseur de la guerre écrit : "la guerre est l'activité humaine qui se rapproche le plus du jeu de cartes", ça démystifie un tantinet les pensées guerrières ! On aurait bien parfois aimé rentrer un peu plus dans le dur des explications sur des sujets comme le milieu des diamantaires, la fabrication de virus agressifs...

Les chapitres débutent avec des sous-titres plutôt sympas : "Lorsque l'inconnu lui enroula une cordelette autour du cou, Richard comprit que ses ennuis respiratoires allaient sûrement s'aggraver au cours des prochaines secondes".

Pour ceux qui ne le savaient pas, le taux de défaillance des régulateurs cardiaques serait de trois sur mille : ça calme, non ? Quant au matsot, c'est un pain azyme, donc non levé : si ça vous branche, voici comment en cuisiner.

Au final, c'est plutôt pas mal grâce à l'histoire et aux inventions du scénar. Mais on ne peut s'empêcher de penser que raccourcir un poil le bouquin (318 pages) ne l'aurait pas desservi.

Marc Suquet

partager sur facebook :