A coucher dehors

ANLOR, Aurélien DUCOUDRAY

Bamboo, 2016



La cabine téléphonique du quartier étant virée, les trois potes SDF qui avaient attaché leur tente à l'antédiluvien tech de com sont chassés de leur très provisoire domicile. Rassure-toi, lecteur, foin de Grande-Synthe ici. La figure des SDF, Amédée, un grand gaillard barbu à qui on n'en conte point, hérite au même moment d'une petite maison. Mais voilà, s'il accepte l'héritage, Amédée accepte également de s'occuper de Nicolas, le fils de la tante décédée, porteur de trisomie et passionnément passionné par Gagarine, le premier cosmonaute russe.

Rare que le héros d'un album soir porteur de trisomie. C'est donc une bonne idée d'avoir choisi ce Nicolas, un homme différent qui sera progressivement adopté par la joyeuse troupe. Évidemment, l'album pourrait flirter avec le bon sentiment. Mais le scénario et la pêche communicative des trois gaillards évitent le faux pas, même si les fleurs bleues pointent parfois leur nez, notamment lors des retrouvailles d'Amédée et de son ancienne copine. Mais bon, rythme et gouaille sont au rendez vous et la fin surprenante ne laissera pas le lecteur sur un peinard happy end.

Bref, plutôt sympa.

Marc Suquet


  

La Trahison

ANLOR, GALANDON

Bamboo, 2012
Les Innocents coupables, T. 2



Retour dans ce deuxième tome dans la colonie pénitentiaire des Marronniers en 1912. Honoré (peut-être le fils de Jules Bonnot) et Miguel s'échappent. Les autres restent, matés par le surveillant Jacquard et le nouveau grand frère ou maton, le Marbré.

On est dans un univers de violence : tant avec les gardiens qu'entre les colons, que l'on pourrait appeler plus simplement prisonniers. Clair qu'à ce jeu-là, seuls les plus solides s'en sortent. Et pourtant, Jean n'a pas le look du colon classique : un intello sensible qui cherche à alerter l'extérieur des conditions de vie aux Marronniers mais tout autant charmé par Angèle, la fille du directeur de la colonie.

La série a le gros avantage de s'intéresser à ces colonies pénitentiaires pour enfants. Des lieux bien peu décrits par la bande dessinée. On suit avec intérêt les histoires des quatre colons, leurs vengeances, les négociations entre colons monnayées à coups de dessins érotiques, la fuite éperdue de Miguel mais aussi l'enquête du journaliste qui ne percevra pas la dureté des lieux. J'ai également aimé les retours en arrière, décrivant l'histoire passée des colons.

Bref, un album qui poursuit plutôt bien cette série mais dont on imagine qu'il est plutôt destiné aux adolescents.

Marc Suquet


  

La Fuite

ANLOR, GALANDON

Bamboo, 2011
Les Innocents coupables, T. 1



1912. Jean, Adrien, Miguel et Honoré, quatre ados qui ont fait quelques c... Capturés, ils sont envoyés à la colonie pénitentiaire des Marronniers, un endroit d'où on ne s'évade pas. Et pourtant, les quatre compères ne s'avouent pas vaincus, refusant d'être écrasés par le système.

Les colonies pénitentiaires sont de véritables bagnes pour enfants qui y subissent des mauvais traitements physiques et jusqu'à des sévices sexuels. L'une des plus dures est celle de Belle-Ile-en-Mer, où sont envoyés des ados de plus de treize ans, condamnés le plus souvent pour des vols qui font hélas sourire aujourd'hui (tuile d'église, saucisse...). On peut être condamné par le curé du village pour des raisons qui semblent totalement ridicules : "fume ostensiblement, ne retire pas sa casquette et tient des propos irrévérencieux au passage d'une procession". On trouvera ici un poème de Prévert, écrit après la révolte des enfants de la colonie pénitentiaire de Belle-Ile-en-Mer.

Au menu de la journée des quatre enfants de l'album : casser des cailloux, se geler les pieds dans des sabots ou encore devenir le mignon du capo local... Bref, un endroit particulièrement dur pour des ados de cet âge ! Pour résister aux Marronniers, chacun à sa technique : prétendre que l'on est le fils de Jules Bonnot ou relire sans cesse les lettres de sa famille. La colonie pénitentiaire, c'est aussi une histoire d'amitié qui naît dans le panier à salades entre les quatre gosses qui savent que leur seule chance est de rester unis. Et puis, omniprésente, une citation : le vrai courage ne se laisse jamais abattre.

J'ai bien aimé cet album, pour son sujet d'abord. Les colonies pénitentiaires sont une vraie page, peu glorieuse, de notre histoire et ne sont guère traitées en BD. J'ai aimé également les détails donnés sur chacun des quatre : de sa vie passée, de ses réactions dans la colonie ou encore du méfait commis (pour Jean, c'est le vol d'un saucisson !). Le dessin d'Anlor est plutot agréable, sans trop de détails. La colorisation, elle, est un peu trop ordinateur à mon gout.

Une série qui démarre plutôt bien !

Marc Suquet

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