Fraternity (livre 2/2)

Diaz CANALES, José Luis MUNUERA

Dargaud, 2011



La société fraternelle, créée en 1863 aux États-Unis, se porte de plus en plus mal : on ne donne plus de vivres aux déserteurs venus se réfugier dans la communauté, on remet en cause l'égalité entre Blancs et Noirs ou hommes et femmes, on reprend les armes initialement enfermées pour éviter tout massacre. Et puis, le pire : Josiah, l'icône de vertu, l'idéaliste cramponné aux valeurs de partage de la communauté, se réfugie dans la lâcheté et le crime. Enfin, le père de la communauté, le visionnaire McComan, meurt. Bref, la communauté bat sacrément de l'aile !

Juan Diaz Canales, le scénariste de Blacksad, conclut parfaitement cette histoire, dans la veine du premier tome. Le scénario est rythmé, les engueulades puis agressions entre sociétaires salées avec un brin de fantastique et la présence du monstre, finalement bien humain. Les dessins de Munuera et les couleurs de Sedyas participent au succès de l'album avec des expressions superbes et des couleurs souvent angoissantes. La fin promet une nouvelle naissance à l'idée généreuse de communauté : une utopie ?

Marc Suquet


  

Fraternity (livre1/2)

Diaz CANALES, José Luis MUNUERA

Dargaud, 2011



1863, une société fraternelle créée par un visionnaire, McComan, au sein d'un nouveau monde : les États-Unis. La communauté intègre Emile, un jeune garçon sauvage trouvé dans la forêt. La visite de déserteurs crée l'émoi dans la communauté. Autour du village rôde une créature étrange.

La communauté est porteuse de belles valeurs morales, comme ont pu l'être les Phalanstères de Fourier ou d'autres théoriciens socialistes utopistes recherchant la société parfaite. Une société qui, dans Fraternity, vote en assemblée son souhait de rester hors du conflit qui déchire l'Amérique. L'idéal est ici représenté par Josiah, l'âme noble qui s'élève contre les opposants aux idées qui ont construit la communauté, des gars qui ont la parole dure : "...la racaille que vous représentez, des parasites sans travail ni revenu...". Tiens, on croirait entendre des paroles actuelles genre "l'assistanat est le cancer de la société !" C'est fou ce que les choses se reproduisent !

Josiah, c'est vraiment l'idéaliste qui saura rester pur face aux attaques des égoïstes. Un look protestant, austère, idéaliste mais convaincu par l'idée qu'il défend. Et puis, traînent toujours dans la communauté quelques débris de vieille société à l'esprit borné, jaloux et stupide : la communauté est tout de même encore loin de l'idéal imaginé par son créateur.

L'histoire est donc intéressante, entre idéal de société et fantastique, des éléments qui ne peuvent qu'entraîner le lecteur dans leur sillage. On comprend mieux lorsque l'on sait que Juan Diaz Canales n'est autre que le scénariste de Blacksad ! Un gars qui aurait des lettres, donc, dans le domaine. On se laisse aussi entraîner dans le dessin de José Luis Munuera, plutôt sombre, mais plein d'expression, avec un air passéiste qui va bien à l'histoire. De beaux visages, comme celui de Fanny (p. 19).

Bref, un album solide par son scénario mais aussi par son dessin. Vivement la suite !

Marc Suquet


New-Fraternity est un nouveau modèle de nation bâti par Robert McCorman. Lui et d'autres personnes ont cessé d'être américains. Ils vivent dans l'Indiana selon certaines règles. Si les lois du savoir-vivre (selon la société) sont rejetées, il n'en est pas de même des consciences. Alors quand un enfant sauvage est adopté, on hausse les sourcils. Quand des hommes s'installent sans travailler, on parle. Quand des soldats perdus apparaissent, les questions arrivent... Mais nous sommes en 1863 et, à l'extérieur, la guerre gronde...

Ce premier livre de la série Fraternity frappe par la densité de son scénario : histoire, philosophie, sociologie, tout est minutieusement pesé pour que le lecteur se pose des questions. Robert McCorman a-t-il raison de croire en New Fraternity ? l'ancien modèle de société est-il meilleur ? Au fur et à mesure des évènements, la dissension naît parmi les dirigeants de la ville. Emile, le garçon sauvage regarde ça sans comprendre. il est l'âme pure de cet album. On ne connaît ses pensées que par son regard. Le reste des personnages sont "malheureusements" humains. On suppose déjà que Fraternity va à sa perte, mais la force du scénario donne envie d'en savoir plus. Qui frappera le coup mortel ? McCorman et ses idéaux ? Les gueux qui veulent être libres ? La "haute-société" prête à renoncer ? Les soldats ? Un tome d'introduction magnifique de mise en place et d'intrigues imbriquées. Mais pouvait-on espérer autre chose de la part de Diaz Canales ? Polar, comédie ou philosophie, le scénariste explore à sa façon l'âme humaine.
Munuera n'est pas en reste. On connaissait ses séries aventurières ou comiques. L'artiste fait un virage et nous offre un graphisme semi-réaliste. Grace, action et animalité sont au coeur du trait pour raconter cette histoire tragique. Le cadrage montre le peu d'espoir qu'il y a à espérer. Il n'y a pas d'horizon, tout semble exigu. Quant aux couleurs de Sedyas, elles plombent exactement l'ambiance. Un trio d'auteurs époustouflant.

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