Denise Jones, agente superhéroïque

John SCALZI

L'Atalante, 2016
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Mikael Cabon



Etre un super-héros n'est pas facile, dixit Denise Jones, coordinatrice de recrutement pour des super-héros. Un yaourt "évolué" prend le pouvoir, devenant ainsi la "crème" des Terriens. Plusieurs témoins racontent une rencontre "animale" du troisième type. Trois nouvelles pour un même auteur : John Scalzi.

Pour promouvoir la parution du dernier John Scalzi en version française (Les Enfermés), les éditions de L'Atalante proposent un recueil gratuit de trois courts textes. L'auteur s'est fait connaître en France par la série Le Vieil Homme et la Guerre. Les romans suivants (Imprésario du troisième type et Redshirts) prennent le contre-pied de sa précédente production. Tout en prenant en considération l'être humain (une constante chez John Scalzi), il glisse vers l'humour intelligent, voire la parodie. Un trait que l'on voyait dans Le Vieil Homme et la Guerre, mais qui s'étoffe et s'affine au fil des années.

Le recueil proposé permet de découvrir l'évolution de l'auteur. Les textes ont été édités entre 2001 et 2010. Denise Jones, agente superhéroïque montre la complexité de l'existence d'un être supérieur dans notre monde contemporain : assurance, chômage, contrat, comment s'en sortent les super-héros ? Pour les amoureux de la langue de Shakespeare, vous pouvez aussi lire la nouvelle originale. Dans L'Avènement du yaourt, on suit la prise de pouvoir d'un produit laitier qui a muté. Il devient une intelligence supérieure qui défie les scientifiques terriens. Quant à 30 millions d'aliens, on aura compris qu'il y est question de nos "amis" les animaux. Certes, mais ce sont des témoignages sur des rencontres du troisième type.
Les trois textes jouent sur l'absurde de situation et nos habitudes d'êtres humains. La science-fiction n'est que le grain de sable qui grippe toute la machine. John Scalzi dénonce nos travers de la meilleure des manière : l'humour. Mais ne vous attendez pas n'en rencontrer ici qu'une variété : l'auteur joue sur toutes les gammes. Qu'on parle du premier ou du troisième degré, l'auteur écrit pour nous faire réfléchir, pour nous faire réagir.

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Deus in machina

John SCALZI

L'Atalante, 2011



Ean Tephe est le capitaine du Vertueux. Ce vaisseau, comme tous ceux de la flotte de l'évêché, a un dieu pour moteur de propulsion. Mais ce "moteur" n'est pas à croire, contrairement à la foi aveugle qu'il faut avoir envers le Seigneur. Ean Tephe est un croyant, et l'évêché l'envoie mater une rébellion de dieux rebelles sous la surveillance d'un évêque. C'est en menant à bien cette mission qu'il découvrira la vérité sur son Seigneur.

Court roman de John Scalzi, Deus In Machina n'en reste pas moins original et frappe là où ça fait mal. Si les premiers mots nous font penser à de la fantasy, la suite nous emmène directement à la science-fiction. Des dieux rebelles puisent dans leur énergie pour amener les vaisseaux d'un point à un autre. Encore faut-il bien le demander... En effet, la force d'un dieu se mesure à la foi de ses fidèles.

John Scalzi à mis en place un univers déroutant où la religion dirige l'univers. Religion contrôlée d'une main de fer par l'évêché. Ean Tephe est un personnage très intéressant. Sûr de sa foi, de sa mission, et profondément humain, il reste attaché à son équipage, croit en son Seigneur, mais se méfie, voire se défie de l'évêché. L'autre personnage intéressant est le corbeau. Lui et son équipe vont réconforter l'équipage, l'évêque, pour que le corps et l'âme ne fassent qu'un.

Surprenante et très intéressante réflexion sur la foi et le pouvoir, John Scalzi bâtit un univers martial, où l'élément féminin n'est pas présent. Les 140 pages sont courtes mais elles se suffisent. Le style de l'écrivain est assez riche pour qu'il arrive à  décrire un univers en peu de mots. Si les précédentes parutions de l'auteur avaient de l'humour, ce livre adopte l'humour noir. Un changement de registre radical !

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Imprésario du troisième type

John SCALZI

L'Atalante, 2011



Joshua est en mission. Il doit réussir à se faire accepter à Hollywood. Si cela marche, son peuple pourra se faire accepter dans le monde entier sans souci. Pour cela, il bénéficie de l'aide de Tom Stein, un agent d'artiste plein de talent et d'ambition qui travaille dans le meilleur cabinet de Los Angeles.

Juste un petit détail, Joshua est un Yherajks. Et les Yhétrucs, me direz-vous ? Ce sont des extra-terrestres pacifiques qui ont comme seuls défauts de ressembler a des blobs et de sentir plus mauvais qu'un putois atteint d'un cancer des glandes sudoripares.

Il n'est clairement pas évident pour Tom de trouver l'angle qui permettra de faire accepter son compagnon du moment, surtout qu'il a déjà dans son catalogue une belle brochette de cas pas piqués des vers qu'il va falloir gérer en même temps.

Heureusement que le chien est le meilleur ami de l'homme et des Yherajks !

Pas facile de faire une histoire sur un sujet aussi bancal sans tomber dans les clichés et les références a gogo. John Scalzi s'en sort plus qu'honorablement en évitant la majorité des pièges du genre. C'est plus l'histoire de Tom et des difficultés de son métier d'agent junior que l'aventure de l'arrivée sur terre d'un peuple extra-terrestre. Bien sûr, ce sont des clients un peu spéciaux qui lui tombent dessus, mais il gère au mieux en essayant d'assimiler et d'utiliser les découvertes qu'il fait chaque jour concernant ce drôle de peuple.

Du coup, on lit avec plaisir deux histoires qui se croisent et se complètent alors qu'elles n'auraient eu que peu d'intérêt chacune de leur côté. Il risque tout de même d'y avoir quelques déçus. Je pense à ceux qui s'attendront à découvrir une belle grosse histoire d'aliens avec des lasers et des vaisseaux pleins de lumières qui font quatre notes de musique. C'est plus un ton, un style d'écriture agréable et une façon de raconter les choses comme si c'était normal qui transparaît ici.

Pas de révolution littéraire ni de découverte extraordinaire, mais un livre plus qu'honnête dans la production souvent plus importante en volume qu'en qualité qui envahit les tables de nos librairies depuis un petit moment.

Roland Drover


Tom Stein est un imprésario d'Hollywood. Brillant et ambitieux, il officie dans l'agence de Carl Lupo. Un jour, celui-ci lui demande de concevoir un plan de communication improbable. Les Yherajks, pacifiques extraterrestres, veulent contacter les terriens. "Seul" problème : ces extraterrestres ressemblent à des masses gélatineuses impropres. Leur langage est, en plus, olfactif. Pour discuter, ils envoient des odeurs. Plus ça discute, plus l'odeur est épouvantable ! Carl, contacté par les Yherajks, demande à Tom de mettre de côté son portefeuille d'artistes, et de s'occuper de leur émissaire, Joshua. Tom se retrouve alors face à deux problèmes : gérer les artistes qui ne sont guère faciles et occuper une masse gélatineuse puante, le temps de trouver une solution. Ca aurait pu être facile...

Les extraterrestres qui nous contactent, c'est classique. N'importe quel lecteur adepte d'imaginaire a un jour levé la tête en se disant :"Et si..." La littérature, le cinéma et d'autres médias se sont emparés de ces rencontres, amicales, improbables, voire guerrières. John Scalzi s'empare des côtés classiques de ces rencontres : l'enlèvement, les Yherajks qui se renseignent sur nous, la moralité de la race... Il rajoute une dose d'humour absurde, et dresse un portrait au vitriol de la communauté d'Hollywood. Résultat : qui sont les extraterrestres ? Les Yherajks, gentil peuple de blobs puants, ou ces artistes condescendants, sûrs de leur talent et juste invivables ? Imprésario du troisième type fait rire, et montre la vanité d'Hollywood envers elle-même ! En bonus, John Scalzi raconte la construction du roman, qui s'est étalée sur plusieurs années.

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Les Brigades fantômes

John SCALZI

L'Atalante, 2007
Le Vieil Homme et la Guerre, T. 2



Les Brigades fantômes, ce sont les forces spéciales des Forces de Défense Coloniale. Leurs membres ont un corps dû en partie à l'ADN d'une recrue morte avant son intégration, l'autre partie est l'amélioration scientifique du corps. Mais à la différence des Forces de Défenses Coloniales communes, ils n'ont pas de mémoire. Sauf Jared Dirak. Au fond de lui grandit un esprit qui n'est pas le sien, celui de Charles Boutin, un traître.

Suite directe du Vieil Homme et la Guerre, Les Brigades fantômes se place du point de vue des forces spéciales. John Scalzi nous avait donné un aperçu de leur naissance, de leur comportement. Dans ce tome nous allons suivre une escouade entière, et plus précisément Jared Dirak. Si la menace reste toujours la même, cette fois, elle vient de l'intérieur. Charles Boutin était un brillant scientifique. Pour des raisons inconnues, il s'est allié aux puissances extraterrestres. On retrouve "l'empreinte" de son esprit. En le mettant dans un corps vierge (Jared Dirak), on espère que l'esprit de Charles reviendra à la conscience. Sauf que ça ne fonctionne pas comme prévu.

Pour faire une suite, il faut rester dans le même univers. Avoir les mêmes personnages devient plus compliqué. L'auteur prend une race extra-terrestre, les Rraeys (ennemis des humains), un personnage acquis du lecteur, Jane Sagan (lieutenant des Brigades fantômes). C'est une suite, mais elle ouvre l'univers déjà décrit dans le premier tome. Si la menace reste toujours la même, cette fois, elle vient de l'intérieur.

La grande qualité de John Scalzi est la description des personnages. Nous avons des militaires traités comme des non-humains, parce qu'ils ont été conçus artificiellement. On suit l'intégration, la formation des recrues. A la différence du premier tome, cette formation est accélérée, mais elle est aussi prise au sérieux. Les futures forces spéciales se comportent comme des enfants (ils ont quelques jours), apprennent à communiquer (à leur façon), à se comporter en soldats mais aussi en camarades. Comme leurs Amicerveaux sont presque tout le temps connectés, ils sont une conscience collective, plus efficace en communication et donc au combat. On suit Jared à partir de sa naissance, puis on ressent l'esprit de Charles Boutin qui se réveille, et Jared qui essaye de savoir qui il est. On retrouve avec plaisir Jane Sagan, toujours aussi prompte dans ses actions, mais étonnamment plus lointaine de ses camarades, suite à "l'aventure" avec John Perry. Cette fois, au lieu de lui donner un humain à garder, on lui donne une recrue à surveiller au cas où la conscience s'éveillerait. Jane, c'est le bon petit soldat qui depuis le premier tome sait qu'elle est autre chose. L'autre personnage intéressant, c'est ce savant Rraey qui aide les humains "contre" son gré. Le scientifique s'intéresse à eux, la créature les déteste (sauf en nourriture). Comme vous pourrez le constater, les personnages chez John Scalzi sont très intéressants, mais c'est aussi de la psychologie.

Ce deuxième tome ce n'est pas uniquement de la psychologie. C'est aussi des créatures exotiques, des armes surprenantes et un premier chapitre à couper le souffle. L'auteur, suivant le titre de ce livre, va expliquer le b. a.-ba d'une naissance d'un membre des Brigades fantômes. Tout comme le premier livre, il se permet de vulgariser les termes pour ne pas perdre le lecteur en route. Etant donné que les forces spéciales sont censées être plus efficaces, certaines scènes de combat sont plus dures, car si eux hésitent, l'ennemi n'hésitera pas.

Les Brigades fantômes est sans doute le titre le plus sombre de la saga. En suivant les forces spéciales, on se rend compte qu'elles n'ont pratiquement pas d'avenir. Ils vivent et meurent pour les FDC, sans avoir le choix. Mais c'est aussi le deuxième éveil de l'esprit de Charles Boutin, avec la conscience de Jared Dirak. "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme". Scalzi connaît-il Rabelais ?

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Le Vieil Homme et la Guerre

John SCALZI

L'Atalante, 2007
Le Vieil Homme et la Guerre, T. 1



John Perry a signé un engagement de deux ans minimum dans les Forces de Défense Coloniales (FDC). Avec un millier d'autres vieillards, il va protéger l'expansion humaine dans la galaxie. Pourquoi partir définitivement de la Terre ? Rien ne le retient plus, il obtient une seconde jeunesse, et va peut-être devenir colon à la fin de son service. S'il s'en sort vivant.

Partir à l'issue de sa vie pour s'engager. Pourquoi ? Pour retrouver une seconde jeunesse et défendre l'expansion humaine. Résumer l'histoire de John Perry est simple, mais la rendre vivante est bien plus complexe. Pour son premier roman, John Scalzi a réussi un tour de force étonnant : réunir l'univers militaire et l'émotion humaine des troupes.

Le personnage principal, c'est John Perry. Sa voix va nous guider à travers cet univers futuriste. On découvre son questionnement sur le fait de rajeunir, d'être amélioré. La vie militaire, qu'elle soit axée sur les classes ou sur les combats est caricaturée, non sans humour, et au final on pourrait trouver ça presque sympathique. Presque, si la vie d'un fantassin était facile. Malgré les difficultés (vie militaire, tué ou être tué, perte d'amis proches) John Perry garde son humanité. Les extra-terrestres chez John Scalzi sont tous différents. Appliquant à merveille l'adage "l'habit ne fait pas le moine", l'auteur décrit une faune disparate qui peut agir comme les humains ou a contrario. Le chapitre sur la religion des Consus est particulièrement édifiante (le combat est un rituel vers l'évolution).
Que serait un Space Opera sans une technologie futuriste ? Généralement on peut tomber sur deux travers. Soit la technologie est improbable et expliquée n'importe comment, soit l'auteur entre dans les détails techniques où la rigueur scientifique est prépondérante. John Scalzi va parfaitement décrire une technologie nouvelle. Ici, il va être question de nouveaux corps, des améliorations, mais aussi des armes, des vêtements... l'auteur expliquera tout en détail (la partie sur les améliorations est hilarante) mais il vulgarisera le langage scientifique. Il y a pourtant un point négatif à souligner. La traduction est bien, mais certaines formules ou certaines phrases ont besoin d'être relues pour être comprises.

Le Vieil Homme et la Guerre n'est que la première partie d'un cycle de quatre romans. Ecrit en 2005, c'est un premier livre qui se lit très vite, avec un univers détaillé et fascinant. A la différence d'autres romans en plusieurs parties, ce premier tome ne fait pas qu'installer les personnages et la situation. L'aventure (spatiale) et l'action font partie de l'histoire. Quant aux lecteurs allergiques au Space Opera militaire, vous pouvez le lire. Cette première partie est profondément humaine. Le livre peut être lu séparement. Alors, prêt pour le voyage ?

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