Le Gardien

Patrick BOUTIN-GAGNE, François LAPIERRE

Glénat Québec, 2011
La Bête du lac, T. 1



Ovide a perdu son frère Gédéon au bord d'un lac du Québec. Arrivé près du lac, il y rencontre une sirène, prisonnière des glaces.

Sincèrement, cette BD ne m'a pas accroché. Les éditeurs, hélas comme souvent, ne signalent nulle part le public auquel est destiné cet album. Il faut se pencher sur la septième ligne de la page 2, pour comprendre finalement qu'il est destiné aux 12 ans et plus. Pourquoi ne pas l'annoncer plus clairement et éviter aux acheteurs de se tromper ?

Le dessin est simple, très simple. Les visages sont lisses et un peu caricaturaux. On n'est donc guère accroché par les personnages. Si bien qu'il est difficile de se plonger dans cet album dont le scénario est un peu trop classique pour attirer le lecteur. Dommage.

Marc Suquet


  

Chroniques sauvages : Teshkan

François LAPIERRE

Glénat, 2011



Les membres du clan indien du cerf parmi les Anishnabgs (Algonquins) sont plutôt mal vus par les autres tribus d'Amérique du Nord. A l'origine, une légende d'arnaque dans une course entre animaux. Pour rompre cette image peu flatteuse, le chef de la tribu demande à son fils Teshkan, d'aller trouver un jésuite, "une robe noire", et de le ramener au village. Teshkan part, en plein mois de janvier et dans la neige...

L'histoire est un vrai parcours initiatique : à partir d'une mission initiale, ramener un jésuite dans son village indien, Teshkan va beaucoup évoluer sous l'influence d'un colon français vivant seul dans la forêt, Lornand. Le genre baraqué, accueillant et bon buveur, dont l'opinion sur les jésuites s'avère bien différente de celle de Teshkan : "Jésuites et bonnes femmes ont ceci en commun, autre que la robe, qu'ils savent être mielleux et charmants pour t'attirer, mais sitôt dans leurs griffes, douceur et sourire cèdent la place aux ordres et aux reproches". Les rencontres nocturnes avec l'esprit de grand-père Wanoki, mais aussi celles des animaux totem vont chambouler Teshkan.

Le dessin est agréable avec des touches parfois un peu adolescentes, sans qu'il m'ait franchement emballé.

Francois Lapierre est le coloriste de Magasin général mais aussi celui des tomes 6 et 7 de La Quête de l'oiseau du temps. Il a également collaboré avec Loisel (qui lui souhaite un "Bon vent et que les Dieux bons t'accompagnent, gamin" dans une préface sympa) dans Le Grand Mort. Mais François Lapierre est aussi le scénariste et auteur de Sagah Nah (deux tomes). Pas le premier venu donc dans le monde de la BD.

Fantastique et aventure se côtoient dans cet album. La plongée dans les mythes indiens et l'affrontement entre Blancs et autochtones sont intéressants. A découvrir !

Marc Suquet


Quand les animaux vivaient en harmonie avec le ciel, tout se passait pour le mieux. Ensuite, le cerf tua l'ours et fuit le loup. Depuis ce temps, le cerf est un animal considéré comme maudit et il en est de même pour le clan du cerf de la tribu des Anisnabegs (Algonquins). Leur chef nommé Tsheineh prend la décision de convertir son clan. Il demande à son fils, Teshkan, de rapporter une "robe noire", autrement dit un jésuite. Au cours de son périple, Teshkan fera des rencontres qui marqueront sa destinée.

François Lapierre aborde de nouveau les légendes amérindiennes, sa précédente publication en tant qu'auteur complet (dessin-scénario-couleur) étant Sagah-Nah, l'indien qui parlait aux fantômes. Avec Chroniques sauvages, il reste dans le fantastique québécois, mais sur un autre registre d'émotions. Ce récit s'adresse essentiellement aux 9-12 ans, mais les adultes auront plaisir à découvrir l'odyssée du jeune indien Teshkan : comment ne pas être séduit par une telle richesse dans le récit, les personnages, l'utilisation de la couleur, et un trait qui sert admirablement le récit ? Les Chroniques sauvages est la belle première surprise de l'année.

Le scénario n'a rien à envier aux grandes épopées. Teshkan est un paria, comme on l'apprendra très rapidement. Un paria qui défend la cause de parias, rencontre forcément des parias. Des personnages marquants comme sa petite soeur, Mihina, désirant protéger son frère, son grand-père qu'il voit en rêve ou les colons, avides de biens, puis de vengeance. C'est avec Lornand, chasseur français solitaire, que Teshkan rencontrera la paix. Avec son aide, il saura quelle voie adopter : accomplir sa quête ou aller vers autre chose ? C'est bien un conte sur la moralité de l'homme que François Lapierre nous invite à lire ! L'homme n'est ni très bon, ni très mauvais. Il est libre, il doit être en paix avec ses actes et c'est le cas, ici, des personnages, même si leurs actions se révèlent parfois contradictoires.

Le récit se passe en Nouvelle-France. Mais à la place de la végétation luxuriante, un manteau blanc a revêtu le pays. Un choix scénaristique sympathique : tout est blanc, silencieux, "monotone" comme le souligne le narrateur. Le rythme du récit sera "tranquille", malgré les combats, les aventures, rien ne semblera accélérer l'inéluctable destin du jeune héros.

Le dessin souligne très bien l'ambiance entre polar et fantastique. Les personnages sont marqués par leur histoire : Teshkan avec ses marques, son oreille arrachée, Lornand, un vieux chasseur solitaire musclé, et Mihina, dont le trait rond rappelle l'enfance. Nous sommes loin du beau héros qui trouve un brave homme comme frère. C'est tant mieux, et ça fonctionne. Avez-vous vu cette palette de couleur ? Nuancée, profonde, qui alimente le récit ! François Lapierre sait utiliser avec brio les couleurs. Couleurs uniquement informatiques, mais où le talent artistique prédomine.

Chroniques sauvages est un récit superbe, mêlant poésie, philosophie, western et aventure humaine. Un livre pour frissonner de plaisir !

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