La Stratégie Ender

Orson Scott CARD

J'ai Lu, 2013
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sébastien Guillot



Dans un futur pas si lointain, l'humanité a eu par deux fois à faire face à une tentative d'invasion extra-terrestre. Depuis, les différentes nations de la planète se sont alliées pour élaborer un moyen de défense à la hauteur de la menace pesant sur l'avenir des hommes. Certains enfants sont repérés dès le berceau pour leur potentialités génétiques et entraînés dans le seul but de devenir de grands chefs militaires. Toute leur éducation est élaborée autour du leadership et de la stratégie, en incluant bien sûr toutes les autres disciplines qui concernent l'art de la guerre. Parmi eux, Ender Wiggins. Troisième enfant d'une lignée ayant déjà livré deux des sujets les plus prometteurs de l'histoire post-invasion, Ender est sélectionné pour devenir le chef de guerre qui conduira l'humanité à la victoire ou à sa fin. A six ans il est envoyé dans une école située dans l'espace, où il entame un apprentissage d'une dureté sans égale afin de devenir le plus grand général de l'Histoire. Au fur et à mesure qu'il progresse sur une route difficile et cruelle, ses formateurs s'interrogent : ont-ils malgré eux conçu et élevé un monstre à la place du sauveur tant attendu ?

Cette oeuvre mythique date de 1985. Si comme moi vous en aviez beaucoup entendu parler (en de très très bons termes, élogieux et tout) mais que vous ne vous y étiez pas frottés avant d'en avoir l'occasion (traduction : en sortant du ciné où vous avez été voir le film avec Asa Butterfield moins ébouriffé que dans Hugo Cabret), cette chronique est faite pour vous. Alors évacuons le pseudo-suspense : oui, j'ai adoré ce livre. Comment se poser des questions cruciales avec subtilité mais en évitant les écueils de la lourdeur démonstrative et de la pompe sentencieuse puritano-mystique protestante bien-pensante américaine ? Eh bien en plongeant à deux bras dans la SF inventive. Le bougre, dont j'avoue humblement ne pas avoir encore lu autre chose que le présent opus détaillé ici-même, se débrouille suffisamment pour nous emmener sur une route brumeuse sans nous perdre en chemin. Le questionnement philosophique permanent détaillé dans les dialogues du colonel Graff avec le comité de sélection de l'école de guerre est si bien écrit qu'il laisse toujours au moins deux niveaux de lecture si ce n'est plus à chaque début de chapitre. Ce qui m'a réconciliée avec l'histoire, il faut bien le dire. Ne vous y trompez pas, le livre est un excellent récit d'apprentissage. Mais les pontes hollywoodiens qui ont fait mumuse avec le scénario pour le livrer à ce tâcheron qu'est Gavin Hood ont réussi à transformer ce qui était une sorte d'équivalent SF de Candide en fable pro-militariste aux relents nauséabonds. Du sur-mesure pour séduire les couches acculturées de la population américaine qui font le lit électoral du Tea Party. C'est d'ailleurs pour cela que je me suis jetée sur le livre après avoir vu le film. Je voulais en avoir le coeur net, ça ne pouvait pas être le chef d'oeuvre qu'on m'avait "vendu". Vous pouvez laisser tomber le nanar, j'espère que c'est clair ! Par contre, le livre d'Orson Scott Card vaut et mérite qu'on s'y attarde. Le côté "jetable" d'Ender est assez prophétique de la manière dont sont considérés aujourd'hui les enfants des pays industrialisés par les publicistes de tout poil. Très peu voire pas mis en valeur par le film sont aussi le frère et la soeur d'Ender, Peter et Valentine. Leur engagement politique est assez bien vu, et crée un pendant intéressant à ce qui arrive au petit garçon pendant sa formation. Une oeuvre qu'il va falloir lire plusieurs fois pour en tirer toute la substantifique moelle, que demande le peuple ?

Marion Godefroid-Richert


  

Ender : l'exil

Orson Scott CARD

L'Atalante, 2010
coll. La Dentelle du Cygne



Les suites de la trilogie d'Ender sont bien plus nombreuses que la trilogie elle-même. On pourrait croire l'auteur dénué d'inspiration, tirant à la ligne pour gagner quelques dollars de plus grâce à un énième volume. Il n'en est rien : L'Exil est tout aussi bon que La Stratégie Ender ou La Voix des morts.

On retrouve Ender juste après sa victoire sur les doryphores, obsédé par le xénocide auquel il s'est livré sans le savoir. Le retour sur terre lui est interdit par sa fratrie et lui-même n'aspire qu'à l'oubli. Sa nomination comme gouverneur d'une colonie lointaine est une bénédiction et le fruit de manipulations politiques et médiatiques innombrables. Il ne s'exilera pas seul pour autant. Sa soeur le suivra, en partie pour échapper à son frère aîné, en partie par amour pour lui. Le voyage met en scène quelques personnages secondaires non dénués d'intérêt et la maestria dont Ender fait preuve pour se voir confirmé en tant que gouverneur est digne de Machiavel. Une nouvelle dimension s'ajoute à l'aventure lorsque, en prospection d'un nouveau site d'implantation de colons, Ender trouve des vestiges laissés par les doryphores à son intention.

Le talent de conteur d'Orson Scott Card est intact et on se laisse entraîner au fil des pages même si la suite de l'histoire nous est connue. Un excellent livre de science-fiction, s'insérant sans heurt dans la saga.

Benoit Furet

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