Sarah Cole

Russell BANKS, Grégory MARDON

Futuropolis, 2010
80 pages. 17 euros



Paul est beau, genre trader magnifique. Un soir de beuverie, il rencontre Sarah, secrétaire, trois enfants à charge, carrément moins canon que lui et venue parler avec Paul, par défi posé à ses copines qui observent la scène. Malgré leurs différences, ils finissent dans le même lit. Mais les choses apparaissent beaucoup moins drôles pour Paul, lorsque Sarah lui demande de l'accompagner dans des soirées où elle même est conviée...

L'album est une adaptation d?une nouvelle de Russell Banks, l'écrivain américain, auteur de romans, nouvelles et poésies. En début d'album, le romancier précise la double origine de la nouvelle, une scène similaire qu'il a vécue mais aussi une envie de renverser le conte du Prince grenouille, nouvelle version dans laquelle il imagine que c'est le prince qui pourrait embrasser la grenouille.

La BD étonne par son scénario : quoi, un beau gosse genre pété de thunes pourrait s'intéresser à une femme sans flouze et qui n'a rien d'une beauté : impossible ! Et pourtant c'est le sujet de l'album qui surprend au tout début. Mais fort heureusement, après cet attrait fugace pour des amours ouvriers, tout rentre dans l'ordre : le beau gosse a honte de la moche ouvrière et leurs vies se séparent à nouveau. Ouf, l'histoire de fée s'achève et on est à nouveau dans la réalité. Avec ce déclencheur : le regard de l'autre : il est impossible pour le beau de se montrer aux bras de la pauvre ouvrière au physique très quelconque. L'exotisme ouvrier a ses limites et le beau achèvera le conte de fée en la traitant de poufiasse horrible et répugnante, la femme qu'il a courtisée peu de temps auparavant.

Le récit est fait des rencontres successives entre l'homme et la femme et de l'évolution de leurs relations. Une lente évolution qui fait penser au miracle et du sommet duquel on retombe plus lourdement. Pas de salut pour les pauvres grenouilles !

Le dessin est simple et noir. Pas de détails, l'essentiel est dans le scénario. Mais il illustre en même temps agréablement l'histoire.

J'ai aimé cette histoire d'amour (faut-il parler d'amour ?) très improbable en début d'histoire tant nous sommes obsédés par le conformisme physique imposé par tous les modèles dont nous imbibe la société. La fin est un vrai drame, hélas si réaliste.

Marc Suquet


Une BD tirée d'une nouvelle de Russel Banks. Je suis fan de Russel Banks de longue date, et particulièrement de ses nouvelles, qui dépeignent l'Amérique des recalés du miracle tentant désespérément de s'en sortir sans, bien sûr, jamais y arriver ! Le tout sans complaisance. Les héros Banksiens sont particulièrement veules et mal embouchés. Eh oui ! la misère ne rend pas les gens meilleurs !
Lorsque l'on a compris cela, on peut attaquer un Banks ou cette BD fidèle à son univers (pas un soir de novembre pluvieux quand même !)

Le grand Russel himself nous livre dans la préface la genèse de cette histoire qu'il a écrite après une rencontre de hasard avec l'inspiratrice de Sarah. Il propose une version d'un conte renversé, où le prince doit embrasser la grenouille dans une réflexion sur la dureté de la condition féminine. Rien que ça !

Comme vous vous en doutez, ça ne finira pas bien, et je ne dévoile rien de bien mystérieux, puisqu'on s'en doute dès les premières vignettes ! Si je suis bien moins qualifiée que mes distingués collègues bédéphiles pour vous parler du dessin, disons qu'il emprunte à diverses nuances de gris et dépeint de manière poignante la solitude glacée des grandes villes (ou des petites, d'ailleurs !) avec une forme de tendresse pour le corps déchu de notre grenouille.

C'est très bon. On ne peut pas toujours rigoler non plus... Quant à moi je vous laisse, je vais me tirer une balle ! Coaa, Coaa !

Gaëlle

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