La Route

Cormac McCARTHY

Points, 2009



Un homme et son petit garçon (ils ne seront jamais nommés) traversent les Etats-Unis en ruines pour se rendre dans le Sud. Un cataclysme s'est produit. Il ne reste que cendres et éternel hiver. Les survivants se subdivisent en crèvent-la-faim pourchassés épars et groupes de pillards cannibales. Jour après jour, le couple se bat pour survivre dans la faim et le froid.

Pour tout vous dire, on n'avait pas fait aussi drôle, émouvant et détendant depuis Le Voyage d'Anna Blume de Paul Auster, autre charmante chronique post-apocalyptique. L'auteur de No Country for Old Men s'en donne à coeur joie dans l'horreur d'un quotidien sans avenir et du désespoir du père condamné qui sait que son fils est en sursis (ah oui, je ne vous ai pas dit, l'homme est malade, il s'en va de la caisse comme on dit joliment). C'est magnifiquement décrit, malheureusement. Avec une authenticité qui fait sentir à la lectrice oppressée que je fus, suspendue aux pages dévorées fiévreusement, à quel point la souffrance chez l'être humain est sans limite. Il ne se passe rien au cours des 252 pages de la version poche, rien d'autre que le combat inégal de l'homme contre le monde pour son fils. Comme une écharde plantée dans son esprit, le rendant jour après jour un peu plus pressé et obnubilé, aveuglé par son objectif. Cette lutte vouée à l'échec est si omniprésente, si parfaitement rendue qu'il m'a été impossible de déceler un autre degré d'interprétation du texte que le premier, à savoir ce qui fait tenir un homme debout quand tout s'est littéralement écroulé autour de lui, sinon l'amour. Et c'est largement suffisant pour justifier le prix Pulitzer gagné par l'auteur en 2007. Et applaudir des deux mains au meilleur roman noir de ces dix dernières années. Mais bon, pas à lire dans un moment de déprime pour se remonter le moral. Vous êtes prévenus.

Marion Godefroid-Richert

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