Corps sonores

Julie MAROH

Glénat, 2017



L'amour, c'est pas que Ken et Barbie, blancs et propres sur eux. L'amour, c'est aussi destiné aux fainéants, aux crasseux, aux alcooliques... (Eh ! les vieux ! ça, c'est du Coluche de 1980 dans le texte.)

A Montréal, la ville bruisse chaque 1er juillet des déménagements rituellement organisés à cette date sous une température qui n'encourage pas toujours les efforts physiques. L'album est une véritable palette des amours montréalaises. Celles des homos, des trans, des handicapés, des malades.... Bref, ceux que l'on ne raconte que rarement, tant ils sont loin de Roméo et Juliette.

J'ai aimé la variété des situations mais aussi quelques unes des réflexions piquées dans la tête des amoureux : "moi qui suis lesbienne, je me suis sentie garçon en draguant ce gars", "des gens réussissent sans costume", "ostie, mon amour avec vous, c'est une insurrection contre la marde autour !", ou encore "est ce qu'on peut s'engueuler à ce point avec quelqu'un qui nous indiffère ?"

A coup de "Crisse" (un juron québécois), "il était sur la brosse" (saoul, quoi), "chum" (là, on sait), "chiller" (se relaxer), ou encore du "tabernac" bien connu, l'album se teinte de Montréal, la ville qui respire d'une vie multicolore. Trois cents pages d'amours hétéroclites. C'est pas toujours dans le meilleur, mais l'album de Julie Maroh reflète la richesses des amours, bien loin des stéréotypes, en toutes petites tranches de vie joliment illustrées.

Marc Suquet


  

Le bleu est une couleur chaude

Julie MAROH

Glénat, 2010



Clémentine a 15 ans, elle est lycéenne. Sa première histoire d'amour avec Thomas est un raté qu'elle ne comprend pas. Elle rencontre Emma avec qui elle va véritablement découvrir l'amour.
Voici le premier album de Julie Maroh. L'auteur, qui ne cache pas son homosexualité, a réalisé trois albums en auto édition. Les histoires d'homosexualité en BD ne sont pas si nombreuses et tout particulièrement celles qui concernent l'homosexualité féminine : il est curieux de constater un tel oubli (est-ce le bon terme ou faut-il plutôt parler de censure ?) dans un genre par ailleurs souvent plus ouvert.
La narration est construite à travers le regard de Clémentine et par l'intermédiaire de son journal intime. Emma est LA vraie découverte pour Clémentine : plus âgée, elle lui montre l'émancipation, la volonté de vivre sa propre vie mais aussi le monde de l'homosexualité. Emma symbolise la liberté pour Clémentine comme l'acceptation de sa vraie personnalité. La découverte par Clémentine de son homosexualité reste très progressive. Et c'est tout l'intérêt de cet album que de montrer cette évolution intime : depuis la honte lorsque Emma vient la chercher à la sortie du lycée jusqu'à la passion qui les anime toutes deux. Le livre contient quelques scènes d'amour physique mais qui restent assez pudiques.
L'album se fait aussi le témoin de la difficulté à vivre son homosexualité face aux autres : dès que son penchant est connu, Clémentine voit ses copines de classe la lâcher et même l'agresser. Ses propres parents et surtout son père, ne pourront pas comprendre leur fille et la mettront à la porte dans "un vent de cris".
Comme le confie Julie Maroh dans son blog, les dessins sont réalisés à la main et souvent encrés à la plume ou au rotring. L'auteur insiste tout particulièrement sur les regards qui en disent long sur les sentiments qui s'établissent entre les deux femmes. Ah ! ce premier regard d'Emma vers Clémentine... Et celui de Clémentine, ravie, qui comprend son penchant pour Emma : une vraie illustration de l'expression "flotter sur un petit nuage" (p. 35). Mais aussi, le regard de son père, déformé par la colère. Quelques touches bleues soulignent les amours de Clémentine, Thomas mais surtout Emma, les distinguant au milieu de la foule.
Quelques personnages secondaires sont également intéressants, à commencer par Valentin, son pote homo lui aussi et qui aidera Clémentine à surmonter sa honte et à accepter sa personnalité.
La conclusion de l'album me semble moins fine ou personnelle et peut-être un peu trop "ado" avec de grandes déclarations sur l'amour, sophistiquées et un brin artificielles. L'auteur assure plus dans l'humain simple et intense.
Voici une jolie histoire d'amour de tous les jours mais sur un sujet encore rarement abordé par la BD. Merci à Glénat d'avoir tenté l'aventure. On découvrira quelques pages de l'album ici.

Marc Suquet

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