La Prière du Maure

Adlène MEDDI

Jigal, 2010
coll. Polar



A Alger, Djo, commissaire à la retraite, reprend du service : le fils de Zedma, ce dernier ayant rendu service à Djo dans le passé, a disparu. Une dette de jeu semble être la cause de cette disparition. Au cours de son enquête, Djo apprend que la fille de "Stucture", le Directeur central du renseignement et de la sécurité, est retrouvée assassinée.

Voici le deuxième polar d'Adlène Medi, après Le Casse-tête turc. Adlène Meddi est rédacteur en chef d'EL Watan Week-end. Le polar reste un genre peu exploré en Algérie, à l'exception de Yasmina Khadra, avec son héros, le commissaire Lobb.

Comme l'explique l'auteur, le titre de son roman vient de la constatation que, lorsque tout est perdu, il ne reste que la prière. La Prière du Maure n'est pas un polar comme les autres. Ici pas d'humour ou de jeux de mots, mais un livre accouché dans la douleur : après la dissolution du FIS (Front Islamique du Salut) en 1992, deux années après que ce mouvement a gagné les élections, l'Algérie vit une véritable guerre civile. Le bilan officiel de cette décennie est de 200 000 morts et de milliers de disparus (plus d'infos ici). Le livre d'Adlène Medi débute à l'issue de cette période sombre de l'histoire de l'Algérie, mais à un moment encore tendu puisque, en quatre années seulement, soixante-quatre ateliers de bombes artisanales ont été démantelés ! Ce travail dévoile également les aspects internationaux et notamment les relations avec la Russie, la Syrie et Israël.

Sombre est le terme qui colle à ce roman : le travail d'Adlène Medi décrit une vie ponctuée par les attentats, la peur et la mort. Des attentats qui prennent également pour victimes femmes et enfants. Mais c'est également un vrai style, fait de phrase longues et expressives : "Je me réveille enfin dans le sommeil que tape le soleil pour fermer derrière moi la porte en verre du revenir. Sans début, sans fin, je vacille au sommet de l'instant qui s'écroule pour tomber comme un point d'interrogation au bout d'une question funambule". Ces longues phrases descriptives créent une ambiance lourde mais parfois un peu lente. Le livre lui même est court (171 pages) et construit en chapitres rapides.

Le personnage principal, Djo, est en plein échec : parents morts à la guerre, femme partie, fils devenu un étranger... Bref, un tableau que l'on n'envie guère. Mais règne l'ombre de "Structure", qui plane sur ce bouquin, celui qui brise douze émeutes et fait détruire toutes les photos sur lesquelles il apparaît. Pourtant, la description des personnages réalisée par l'auteur apparaît parfois incomplète.

On est ici dans un polar alibi : ce n'est pas le côté policier qui importe à l'auteur, mais bien plutôt la possibilité de décrire une atmosphère, une politique.

Ce roman est également un hymne à Alger mais sans concessions, l'auteur entraînant ses lecteurs dans les bistrots et cabarets inquiétants de la ville. Lecteur, oublie Alger la blanche, dans La Prière du Maure, la ville est jonchée de sang. C'est dans un "abattoir" que vivent ses habitants, un abattoir dans lequel "Dieu était mort" !

La Prière du Maure ne se lit pas comme un polar délassant et plein de suspense mais bien plutôt comme un document sur une période faite de peurs et de morts, si peu décrite par ailleurs. Une originalité dans le monde du polar qui ne laisse pas indifférent.

Marc Suquet

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