The Time Before

BONIN

Bamboo, 2016



New York, 1958. Rentrant chez lui après une soirée passée à écouter Miles Davis, Walter Benedict vient en aide à un vieil homme agressé par des voyous. En échange, celui-ci lui offre un bijou qui permet, Walter s'en apercevra bientôt, à son utilisateur de remonter le temps.

Pratique comme technique : un mauvais choix et il suffit de revenir en arrière pour ré-écrire un nouveau scénario. Une vie rêvée dans laquelle on ne se trompe plus ou, si c'était le cas, il suffirait de sortir ce joker en forme de bijou. Walter va donc améliorer sa vie, corrigeant chacun des ratés et tout particulièrement ceux de sa vie amoureuse : délaissant ses habitudes de tombeur, Walter va s'attacher à Lysa, l'infirmière rencontrée à l'occasion d'un accident de voiture. La tentation est grande d'oublier l'accident, comme le handicap physique mais aussi financier qui en sont les conséquences. Mais jusqu'où peut-on vouloir améliorer sa vie ?

Le rapport au temps est passionnant dans cet album au scénario original. Intéressant aussi le lien avec certaines théories mathématiques et les multi-réalités qui ne s'effacent pas lorsque l'une d'elles est choisie. Le dessin est réaliste et la couleur dominée par des tons chauds, orange/rouge.

Bien vu !

Marc Suquet


  

Quand souffle le vent

BONIN, GALANDON

Dargaud, 2009
56 pages. 14 euros



Dans le nord de la France au début du 20e siècle, des mineurs se mettent en grève. Pour ne pas paralyser la production, le directeur de la mine embauche des tsiganes récemment arrivés au village.

Le scénario est simple : une histoire sociale dans laquelle s'entremêlent des destins individuels. Un classique parfois un peu trop simple pour qu'on en sorte captivé. Les personnages sont marqués mais suivent un schéma un brin classique à la Roméo et Juliette : un gadjé amoureux d'une tsigane. Même si ça n'est pas désagréable, tout cela sent le déjà vu. Ça n'est donc pas ennuyeux mais plus simplement un brin convenu. Cela sent le Zola ou les Misérables avec Renaud, tatatata..., mais en plus caricatural et moins dense.

Les dessins m'ont plu, avec une dominante assez grise ou pâle, la couleur des mines et d'une vie difficile. Les visages me semblent souvent un peu simplifiés et manquant de finesse.

Un album bien classique dans lequel on ne s'ennuie pas mais où il ne faut pas traquer la surprise.

Marc Suquet


Dans cette collection de chez Dargaud on trouve des pépites d'une qualité à part: Là où vont nos pères de Shaun Tan, album d'un graphisme ébouriffant, et aussi de Abolin et Pont Où le regard ne porte pas, d'une poésie rare. Alors bien sûr on se penche avec gourmandise sur une nouvelle sortie, l'a-priori plutôt positif au départ. Autant dire que cette fois-ci on ne crie pas à la mauvaise pioche mais on oubliera vite avoir tourné ces 56 pages.
Comme l'a si bien dit Marc Suquet, fin connaisseur du septième art dans la chronique qu'il a consacrée à cet ouvrage, rien de neuf sous le soleil. L'académisme assumé de l'histoire est présente sur le fond comme dans la forme, de bonne facture certes, mais du coup effectivement on n'en ressort pas passionné. De belles couleurs, une atmosphère "début de siècle" bien rendue, une histoire d'amour et de trahison romantique mais qui n'atteint pas la dimension d'une tragédie grecque (peut-être est-ce là la petite déception qu'on ressent à la fin du récit ?). Le classique a du bon, certainement, tant qu'on continue à l'alimenter en le renouvelant. Pari non tenu ici, bien qu'il y ait certainement quelques qualités indéniables (quelques clichés sont évités, ainsi que l'happy-end à tout prix). Rien de nul ni d'exceptionnel, que dire de plus ?

Marion Godefroid-Richert


L'histoire de Dora Mars (Quintett, T. 1)

BONIN, Frank GIROUD

Dupuis, 2005



Dora Mars n'est, au début de la première guerre mondiale, qu'une obscure chanteuse de cabaret. Au cours d'une soirée, elle rencontre Armel dont elle tombe amoureuse. Celui ci, parti à la guerre, oublie rapidement Dora dans les bras de ses autres conquêtes. Sans signe d'Armel, Dora va accepter de partir chanter sur le front en Grèce dans l'espoir de retrouver son amour.

L'histoire est assez classique, mêlant guerre, amour, vaillants aviateurs et pauvre chanteuse de cabaret. Il y a quelque chose de Delly dans ce scénario. Mais le personnage de Dora est sympathique et on est rapidement attiré dans son histoire. On y rencontre des personnages intéressants comme Clémence Dorval, une femme aviateur, haute en couleur, en courage mais aussi en pouvoir de séduction. Mais aussi le capitaine Wendell, séduisant séduit à son tour par la petite chanteuse. On a également la vision d'une guerre pas habituelle, celle de poste avancé établi dans un petit village en Grèce.

Coté rythme, il y a de l'atmosphère mais aussi de l'action et donc on ne s'embête pas. Le dessin est sans trop de surprises si ce n'est le coté très anguleux des personnages. Page 47, la superbe Clémence serait elle dessinée par Hugo Pratt revenu d'outre tombe ?

Un album intéressant mais dans lequel il ne faut pas chercher une trop grande originalité.

Comme avec le " Décalogue ", Franck Giroud crée une série où chaque tome bien que faisant parti d'un ensemble a sa propre indépendance. Dans ce numéro 1, l'histoire est assez classique mais les héros très attachants et cette histoire d'amour qui pourrait être banale ne l'est absolument pas. Les dessins servent merveilleusement bien cette ambiance surannée de grands sentiments teintés de naïveté. De plus la lumière de la Grèce est là aussi bien rendue.

Marc Suquet


Deux mystérieux personnages feuillettent les livres d'une bibliothèque en évoquant leurs auteurs. Quatre personnes dont les destins se sont entrecroisés en 1916 alors qu'ils participaient à un " quintett " (à mi-chemin entre le " quintet " jazz et le " quintette " classique, apprend-on plus tard) censé " remonter le moral " des troupes postées dans la zone neutre de Macédoine. Ceux qui nous concernent dans ces deux premiers tomes d'une série qui en comptera cinq sont Dora Mars, chanteuse ambitieuse et quelque peu midinette, et Alban Méric, archéologue érudit amoureux d'un petit pâtre grec. Rien ne lie à première vue ces deux personnages. Et pourtant...

Sur une idée qui rappelle l'expérience menée au cinéma par Lucas Belvaux dans sa trilogie (Un couple épatant, Cavale, Après la vie), Frank Giroud s'attaque à une série prévue pour ne pas dépasser cinq tomes, ce dont lui sauront gré les lecteurs dont ni le portefeuille, ni la patience n'est extensible à l'envi. Seul inconvénient de la formule : il faudra attendre le cinquième tome pour juger de l'ensemble de la série, l'intérêt de chaque histoire résidant en ses connexions avec les autres, même si chacune peut être lue indépendamment des autres, les événements liés à chaque personnage trouvant leur conclusion à la fin de chaque album. Ce que l'on peut dire en tout cas à la lecture de ces deux premiers épisodes, c'est que tout cela est extrêmement prometteur ! Les aventures (plutôt sentimentales, il faut le dire) de Dora Mars et Alban Méric sont aussi passionnantes l'une que l'autre et laissent entrevoir une intrigue plus large que l'on découvrira au fur et à mesure. Enfin, l'idée d'avoir fait appel à des dessinateurs différents pour illustrer les points de vue contrastés des protagonistes sur la même période est excellente. A ce petit jeu, Bonin et Gillon s'en sortent tous les deux aussi bien et l'on attend avec impatience de découvrir le travail des suivants.

Mikael Cabon

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