Diablo Corp.

Ludovic ROUBAUDI

Timée, 2009
384 pages. 17 euros



Le commissaire Wayne Cassidy, patron du service de police criminelle de la cité état de Ouang Schock, dirige une enquête sur un attentat dans le métro de la ville.
Des liens apparaissent rapidement avec des affaires de meurtres d'accros des jeux vidéos ainsi qu'avec des histoires politico-économiques impliquant les plus grandes sociétés de la cité.
L'autre personnage principal, c'est Gül, un génie de l'informatique au caractère un peu perturbé qui fait office de méchant (mais rassurez-vous, il n'est pas tout seul).
L'intrigue se déroule donc sur plusieurs plans, celui, technologique, des jeux vidéos en ligne (MMORPG pour les initiés), celui, criminel, des bas fonds de la ville et celui, économique et politique, des bureaux des dirigeants de la cité et des hommes d'affaires.
Ce qui fait le grand intérêt de ce livre, c'est l'univers dans lequel évoluent les personnages. L'action se passe en 2049, c'est de l'anticipation plutôt que de la science-fiction, la technologie est à peine plus évoluée que de nos jours, l'originalité réside dans l'histoire d'Ouang Schock.
Cité état créée par un seigneur de la guerre aux confins de la Chine, c'est le lieu de tous les trafics, le Las Vegas asiatique, l'empire du jeu en ligne, une mégapole qui s'étend sur des centaines d'étages dans les deux directions (le haut et le bas avec la répartition évidente des élites sur les terrasses et des prolétaires dans les profondeurs).

Il y aurait beaucoup plus à en dire, mais après tout, vous n'avez qu'à lire le bouquin, il y a dedans du Blade runner pour le côté glauque de la ville, du Neuromancien pour l'aspect cyberpunk et du Judge Dredd pour le côté expéditif et sanglant de la justice ("La Loi c'est moi !").
Tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce bouquin un véritable page turner, c'est apparemment le deuxième livre de l'auteur dans cet univers, je vais m'empresser d'aller commander le premier.

Benoit Furet


Aucun besoin de résumer le livre, reportez-vous à la chronique de Benoît précédemment publiée.
J'ai beaucoup apprécié cette atmosphère de mégalopole futuriste à mi-chemin entre celle de Blade runner (effectivement) et celle de Néo-Tokyo dans Akira de Otomo. La corruption, la fange, le vice, malfrats du bon et du mauvais côté de la loi, personnages "IG" ou "IRL" (bienvenue à geekoland), paranoïa et mysticisme. La lecture est fluide, le style enlevé, les archétypes tiennent la route. Voilà quelques heures de plage ou de coin de feu assurées dans la quiétude et l'oubli du monde extérieur, ses emprunts bancaires, ses nains hystériques, ses catastrophes naturelles (comme les fondants au chocolat trop cuits). L'ouvrage ne révolutionne pas le roman noir mais tient d'heureuses promesses d'attention capturée (plus que captivée, vous saisissez la nuance ?). Je me demande tout de même si la formule fonctionne au-delà de la lecture d'un échantillon. En tous cas, celui-ci est réussi et mérite un investissement.

Marion Godefroid-Richert


  

Carotide blues

Ludovic ROUBAUDI

Timée, 2008
367 pages. 17 euros



C'est le premier volume des Chroniques de Ouang Schock (on a déjà parlé du second ici) et je l'ai trouvé un peu moins bon que Diablo Corp.
Le personnage principal est Ashrelle Vren, une journaliste, spécialisée dans les crimes de sang, qui se voit proposer une enquête sur le trafic d'organes. La proposition émane de Jonas Quinte, l'homme à qui appartient la majeure partie des médias de la cité-état (dont la chaîne pour laquelle travaille l'héroïne), qui est aussi l'homme politique au pouvoir dans l'étrange système qui régit Ouang Schock. Si le reportage voit le jour dans les délais, la carrière d'Ashrelle fera un bond en avant et c'est la seule perspective qui l'intéresse au premier abord. Dans un second temps, elle y voit aussi l'occasion de sauver son père : il est dans le coma et voué à une mort prochaine si une greffe rein/poumon n'est pas disponible dans les plus brefs délais.
Ashrelle enquête donc et on la suit dans ses pérégrinations dans les milieux de la police (Wayne Cassidy, héros du deuxième opus est l'une de ses conaissances) et de la pègre, du simple malfrat exécuteur des basses oeuvres aux trafiquants en tous genres sans oublier les délinquants en col blancs.
Si notre héroïne est totalement dévouée à son reportage, elle ne se pose par ailleurs aucune question sur les bénéfices qu'en escompte Jonas Quinte alors même que la campagne électorale pour le pouvoir suprême bat son plein et que pour la première fois depuis des années, le pouvoir pourrait changer de mains.
C'est sans doute ce qui m'a le plus dérangé, l'aveuglement d'Ashrelle qui ne se demandera si elle n'est pas manipulée qu'à la toute fin de son enquête, j'ai attendu sa prise de conscience de la situation sans pouvoir croire à tant de naïveté pendant tout le livre.
Ce qui est par contre très intéressant dans la construction du livre (c'est aussi vrai du deuxième volume, même si j'avais oublié d'en parler), c'est l'insertion dans le récit de transcriptions d'écoutes téléphoniques réalisées par les services de police qui permettent de deviner des aspects de l'intrigue autrement passés sous silence. Dans le même genre, les chapitres sont émaillés de compte-rendus de journaux télévisés, une courte suite de brèves qui donnent de la consistance au monde imaginé par l'auteur.
Au final, un bouquin pas mauvais mais pas exceptionnel non plus.

Benoit Furet

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