La Sexualité des Français

Georges WOLINSKI

Drugstore, 2010



Un panorama des dessins sur la sexualité, publiés par Wolinski entre 1967 et 2010.

Cinquante années, voilà cinquante années que Wolinski croque la sexualité des Français. Et, peuchère, il y va franco, le bougre : le prince de la gaudriole ne montre pas une retenue démesurée ! Le livre retrace cette histoire par président successif, de De Gaulle à Sarko ou encore de Tante Yvonne à Carlita. On se rappelle en effet que les petits dessins du mec qui ne pense qu'à çà, ont commencé à Hara Kiri (le journal bête et méchant, pour les jeunes qui sauraient pas) et sous le Grand Charles. Comme le rappelle Wolinski dans son intro sur cette période, il y avait à Hara Kiri, une fine équipe : Choron, Fred, Gébé, Lob, Topor, Cabu, Reiser... et bien sûr pas de femme, ça ne se faisait pas encore !

Le ton n'est pas nécessairement à la louange de l'éternel féminin. Ne pas oublier en abordant l'album quelques citations de l'abominable phallo qu'est Wolinski : "Il faut améliorer la condition féminine. Les cuisines sont trop petites, les lavabos sont trop bas et la queue des casseroles est mal isolée !" Ou encore : "La vérité sur le sexe des femmes : c'est un muscle."

Dans une encyclopédie, y a pas que du bon. Et chez Wolinski c'est encore pire : pas mal de déchets pour tomber sur des p'tits bijoux qui font rire. Faut donc s'armer de patience avant d'ouvrir ce recueil. Côté dessin, on voit l'évolution, de l'anguleux et simple en noir et blanc au plus complexe, plus rond et en couleurs.

La bible de Wolinski est donc un travail de patience (365 pages tout de même : il suffit donc de la consommer avec modération, une page/jour), mais toute à la gloire de celui qui a su sortir le sexe de ses alcôves secrètes. Les enfants de 68 ne peuvent rester indifférents devant l'oeuvre !

Marc Suquet


  

Pitié pour Wolinski

Georges WOLINSKI

Drugstore, 2010
48 pages



Wolinski, confronté à son double plus jeune, se pose quelques questions de fond : son travail de dessinateur, sa collaboration avec l'Huma, sa vision des femmes.

Wolinski, c'est l'auteur aux 80 albums. Le dessinateur qui a coopéré avec des titres mythiques comme Hara Kiri, Charlie, L'Enragé fondé avec Siné durant les événements de 68, L'Echo des savanes, ou encore pour des parutions plus sages, comme L'Huma, Libé, Le Nouvel Obs, Paris Match... Wolinski est aussi le dessinateur de la plantureuse Paulette.

Le dessinateur est l'homme aux phrases provocantes comme la très coluchéenne : "La question est de savoir si nous préférons être opprimés par le communisme ou exploités par le capitalisme" ou "je veux être incinéré. J'ai dit à ma femme : tu jetteras les cendres dans les toilettes, comme cela, je verrai tes fesses tous les jours" mais aussi et plus étonnant lorsque l'on voit son regard sur les femmes dans ses albums "Les années font d'une vie en commun un trésor".

Dans ce nouvel album, l'auteur subit un affront insupportable : ses planches ne sont plus jugées comme insultantes ou méchantes. Le lecteur le suit dans sa vie de tous les jours : des réunions dans lesquelles on le retrouve entouré de ses potes (Cabu, Cavanna, Val, Reiser, Gébé, Choron, Siné...). Il rappelle des moments difficiles comme son choix, impossible à comprendre pour ses potes, de travailler pour l'Huma avec qui il rompra lorsque des communistes étant entrés en 1981 au gouvernement, on lui demandera d'arrêter de taper sur les socialistes. Il évoque l'assassinat de son père à Tunis par un ouvrier licencié ou la mort de sa première femme dans un accident de voiture.

On trouvera dans cet album, Wolinski jugé par un tribunal, genre Flagrants délires, pour coopération avec la publicité. Mais rassure toi, lecteur, Wolinski sera relaxé. Au détour d'une page, comme j'aime Cavanna lorsqu'il déclare "la publicité rend con, la publicité nous prend pour des cons".

Fidèle à son style, nichons et foufounes ne sont guère absents de cette nouvelle livraison. L'auteur de Paulette n'a pas perdu ses lettres de noblesse. Le personnage de son double est bien perdu par les incontournables de la vie moderne : ainsi la carte bleue "qui sert à se donner l'illusion que l'on a les moyens".

Les cases sont ponctuées de longues plages de texte qui alourdissent souvent le rythme de l'album. Certaines sont parfois suffisamment longues pour que le lecteur s'essouffle et se lasse avant la fin. Le dessin est celui que l'on connaît de l'auteur : pêchu, sans détails et parfois avec un air de pas tout à fait achevé.

J'avoue ne pas avoir été passionné par ce nouvel album. Wolinski s'y raconte de façon un peu brouillonne et sans guère de souci du détail. Le lecteur que je suis a bien eu du mal à s'en trouvé touché.

Marc Suquet


Que dire après Marc ? En fait pas grand-chose. Il a parfaitement résumé et le propos du dessinateur et mon impression au sortir de cet album. Pas plus touchée qu'indifférente, çà et là le côté historique du récit m'a plus tiré l'oeil, parce qu'étant un peu jeune (!) pour avoir suivi sa carrière depuis le début, je n'étais pas au courant d'un certain nombre de détails de la vie de Wolinski. Mais ce que j'ai trouvé de plus pertinent par exemple, et de plus drôle, est un dessin de 1968 sur de Gaulle et ses électeurs (ça date). Pour le constat actuel qui couronne les dernières pages de l'album, à savoir "Dans quelle société vivons-nous, cons-sots-mateurs exclusifs ?", il est comme d'habitude vain. On attend désespérement depuis les premiers qui nous l'ont sorti un "what else ?", de quoi rebondir, putain merde ! Ca on le saura que notre société pue, maintenant ce serait bien que nos bien-aimés philosophes de comptoir se penchent sur la question de notre avenir. Effectivement, vu ce que Wolinski nous dit, on est convaincu que ça ne le concerne presque plus. Voilà pourquoi son album est oubliable (ce que je n'affirme pas sur sa production précédente, bien sûr).

Marion Godefroid-Richert

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