Zoo Tome 3

Philippe BONIFAY, FRANK

Dupuis, 2007
Collection : Aire libre
76 pages. 15 euros



Célestin, médecin, possède un vieux zoo, au bout d'une route normande, qui manque d'entretien. il rencontre des gitans qui viennent l'aider lui et sa fille adoptive, Manon, ainsi que Buggy le sculpteur. Du passage des tsiganes va rester Anna, une femme hantée par son passé en Sibérie et qui en garde une marque horrible au visage : un trou à la place du nez. Une vraie communauté naît entre ses personnages et leur zoo.
Dans le 3e tome, Célestin est parti à la guerre soigner les soldats sur le front. Le curé vient apprendre aux personnes restés au zoo qu'il a disparu. Très attachée à Célestin qui l'a sauvée en l'accueillant dans sa maison, Anna va traverser la France et se rendre sur le front pour le retrouver.


Un bel album qui conclut bien cette belle trilogie. L'histoire est belle et pleine d'humanité entre des personnages en pleine dérive comme Anna, pour lesquels le zoo constitue le pilier autour duquel ils se retrouvent. Ca n'est pas non plus fleur bleue, car il y a dans cet album la présence de la guerre avec la terreur, la mort et l'horreur. Une terreur accentuée par la noirceur des images et la pluie. Mais au milieu de laquelle l'humanité est toujours là, marquée par le geste du soldat allemand sur le front et en pleine guerre qui laisse passer Anna et comprend le sens de sa mission : retrouver une trace de Célestin. C'est la sortie du paradis perdu vers le grand monde : celui de l'affrontement entre les hommes. Une sortie qu'a déjà effectuée Célestin et que va suivre maintenant Anna.
Le zoo, malgré ses grilles n'est pourtant pas une prison. Les animaux y sont bien et parfaitement traités. Et les hommes y sont attachés. Suffisamment pour venir pleurer dans les poils de l'ours après un gros chagrin.
Et pourtant, le zoo n'est plus l'endroit préservé et superbe qui protège du monde ambiant. L'arche de Noé prend l'eau ! Sans entretien, il s 'abîme et n'est plus que l'ombre de sa splendeur passée. Le dessin est bon avec des couleurs froides pour la guerre et très pastel pour le zoo. On sent la mélancolie poindre de ce vrai paradis à la dérive. Un petit regret, on aurait aimé sur tout une page, mais peut être dans les tomes précédents, le dessin d'une de ces cages qui sont des merveilles d'architecture. Plus de place leur aurait donné une vraie splendeur.
Une très bonne série avec un scénario, des personnages attachants et des dessins superbes :  ça fait du bien par où ça passe. Et puis le départ de Manon, la jeune adulte espiègle, pour l'Afrique, est une merveilleuse conclusion à cette histoire. Chapeau bas pour zoo ! Une grande série.

Marc Suquet


  

Le soleil n'est pas pour nous (La trilogie noire, T. 2)

Philippe BONIFAY, Youssef DAOUDI, Léo MALET

Casterman, 2006



Paris, 1926 : André sort de prison. Il reprend progressivement contact avec la vie extérieure. Il rencontre Fredo qui lui présente Gina. Une histoire d'amour va naître entre eux deux. Mais André a tué deux hommes pour protéger Gina. Les deux amoureux partiront de Paris vers la campagne. Ils travaillent quelque temps dans une ferme dont ils sont chassés après que le propriétaire a cherché à passer des moments un peu trop agréables avec Gina.

Une trilogie dont les volumes peuvent se lire indépendamment.

Une histoire assez classique faite de bonheur qui coule doucement mais irrémédiablement vers le malheur. On sent progressivement arriver une fin difficile et triste. Cette coulée progressive est intéressante mais parfois un peu trop " misère..., ... misère ". Les personnages sont touchants et sympathiques. Parfois presque un peu trop caricaturaux : le jeune garçon sympa et généreux, entraîné par la vie vers la misère et vers sa propre fin. La fille vive et dynamique, obligée de se prostituer pour payer ses dettes. Il y a pourtant beaucoup de tendresse dans ces personnages et l'on s'y attache facilement. André c'est le maudit que la vie n'aidera jamais. Le soleil n'est effectivement jamais pour André.

Le dessin est classique et efficace. L'ensemble est souvent noir, soutenant bien l'ambiance générale de l'album. Il y a un peu de couleur lorsque les deux amoureux arrivent à la campagne. Un répit de courte durée et dont les promesses sont vite dépassées pour revenir vers le noir.

C'est un assez bon album bien que parfois un peu caricatural.

Marc Suquet

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