Pachyderme

Frederik PEETERS

Gallimard, 2009
90 pages. 16 euros



Carice se hâte vers l'hôpital. Son mari a eu un accident de voiture et elle ne sait rien d'autre. Dans quel état est-il ? Que va-t-elle bien pouvoir faire, et lui dire, elle dont le sac à main pèse lourd au bout du bras. Car voilà, une lettre toute simple leste le réticule du poids de la culpabilité. Il faut pourtant atteindre la chambre de Pierre. Mais dès le départ c'est une gageure, car l'itinéraire jusqu'au lit de l'accidenté est labyrinthique, torturé et fantasmagorique. La belle pianiste trouvera au bout de ce qui devient une quête hallucinatoire le chemin vers l'avenir en plus de celui de la liberté et de l'apaisement.

FP nous avait déjà familiarisé avec son univers décalé, noir et poétique dans sa précédente composition en six tomes (Koma, à lire absolument). Là un pas est franchi, nettement vers la "déconstruction structurée", très proche du sens de la narration de Davis Lynch versant Mulholland drive (à voir absolument). Comme sur la couverture, où l'héroïne semble miraculeusement en apesanteur plutôt que captée en pleine chute, le décor est planté autour de ce corps en mouvement afin de l'amortir avant un contact rude avec le bitume.Une rare réussite déjà, que cette mise en bouche graphique. Le titre aussi, abscons, qui fonctionne comme repoussoir. On retrouvera l'éléphant en question sous diverses formes tout au long du récit, symbole d'une vie parallèle ou passée, c'est selon. Carice cherche à s'affranchir de la pesanteur de son existence mais doit parcourir un véritable chemin initiatique. Elle dont le prénom rime avec caprice (page 68) mais aussi avec cicatrice porte un certain nombre de fardeaux dont son géniteur littéraire l'accable avec un peu de perversité et puis l'en débarrasse fantastiquement. Est-ce une longue hallucination dûe aux brumes des paradis chimiques ou bien un authentique voyage au pays du surréel ?

La réponse n'est pas importante. Ce qu'il convient de constater c'est qu'on se laisse embringuer avec plaisir dans les circonlocutions scénaristiques de ce dessinateur suisse qui par ailleurs a énormément soigné les détails, des costumes aux décors. Les couleurs sont un procédé narratifs à elles seules et le propos du destin de l'héroïne captivant. Une superbe réussite, à se procurer absolument.

Marion Godefroid-Richert

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