Le dernier rêve de la raison

Dmitri LIPSKEROV

Revif, 2008
388 pages. 20 euros



Ilya aime Aïza. Et elle le lui rend bien. Mais un jour funeste au cours d'une baignade en bord de mer, la belle se noie et le jeune mongol se retrouve seul au monde, sans son amour. Quelques décennies plus tard, Ilya le Tatare est vendeur de poisson dans un magasin d'alimentation dans une grande ville russe. Et un beau jour il se transforme en silure. Ce sera le début d'une enquête drôlatique pour l'inspecteur Sinitchkine et sa clique de policiers arméniens, et d'une éprouvante partie de cache-cache pour Mitrokhine le voisin de palier d'Ilyassov et son ami Mykine. Les cuisses grassouillettes du policier joueront un rôle prépondérantdans l'avancée de l'idylle entre le pêcheur et sa dulcinée et dans de multiples rebondissements qui interviendront dans la vie d'une multitude de personnages secondaires !
Babayaga sous acide, ça doit donner quelquechose d'assez voisin du récit de Lipskerov. Comme si un papa gâteau un peu branque avait décidé de pimenter l'histoire du soir de ses chères têtes blondes et d'en changer radicalement la tonalité pastel pour une gamme plus rock'n'roll. Il y a du Boulgakov dans le quotidien des protagonistes. Il y a du Bettelheim dans le refus du happy end si cher à Walt Disney. La trame de l'histoire ne ressemble pas à grand-chose de connu et c'est tant mieux, tant on aurait jamais cru que la fange et le sordide pouvaient être aussi burlesques. La description très simple, presqu'enfantine des enchaînements et des actions semble curieusement aller de soi du fait de leur richesse imaginative. Et à aucun moment on ne verse dans l'artificiel ou le puéril. Il s'agit bel et bien d'un conte de fée pour adulte de grande envergure, foutraque et sans dessus dessous. On adhère ou pas, c'est selon. Un avis gratuit cependant : esprits cartésiens s'abstenir. Et n'oubliez pas que dans la littérature russe, moins de vingt personnages c'est conceptualisable sur le texte au dos du paquet de céréales le matin, pas pour un roman (il y en a que ça va freiner aussi).

Marion Godefroid-Richert


Le dernier rêve de la raison ou les avatars d'Ilya et Aïza et leur amour impossible.
C'est une oeuvre tragique, quelles que soient les incarnations que le destin leur réserve, leur amour ne peut s'épanouir et la mort vient ravir Aïza en une éternelle répétition de leur première histoire.
C'est une oeuvre comique, par la diversité et la loufoquerie des métamorphoses, par la truculence (dans tous les sens du terme) de la myriade de personnages secondaires.
C'est une oeuvre fantastique, les transformations du couple et le rôle qu'y jouent les cuisses de l'inspecteur Sinitchkine rattachent définitivement le roman à ce genre.
C'est une oeuvre magnifique, par la légèreté du ton dans les moments graves et l'enchaînement maîtrisé de péripéties improbables qui forment une trame finalement sans accroc.

Un seul reproche, qui tient à la forme et non au fond : l'interlignage aurait mérité d'être un peu plus important, même si on s'habitue vite, ça n'est pas très attractif lorsqu'on feuillette le livre.

Benoit Furet

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