Avec les morts

Raphaël B, Sébastien VIOZAT

Ankama, 2009
119 pages. 14 euros



Y a du ramdam dans le cimetière ! V'la t'y pas que le gardien, encore dans le monde des vivants, lui, sélectionne des morts et leur refile la permission de 6h du mat ! Mais z'en ont marre les permissionnaires et vont se rebeller contre les règles un peu lourdes établies par le gardien.

Décidément, les deux auteurs sont branchés cadavres : ils ont en effet publié ensemble Ma vie de zombie, l'histoire de Léon Malmeau, gardien du cimetière Saint Antoine et qui se transforme progressivement en ? ... zombie.

Ca n'empêche, le sujet de ce nouvel album est assez original : les morts se réveillent, çà c'est presque classique, mais râlent pour sortir du cimetière, faire la bringue ou stopper l'autoritarisme du gardien qui impose ses propres lois : interdit de faire le mur ! Z'ont raison ces cadavres : c'est pas branchant d'être enfermés à longueur de journée !

Il y a deux niveaux de lecture dans cet album : celui de l'histoire racontée ci dessus, à la teinte fantastique : les zombies jouent à la belote sur les tombes ou regardent la télé. Mais aussi, moins évident et plus politique, celui de la manipulation des masses : et oui, même chez les morts on vous embobine ! Céline, un sémillant cadavre féminin, comprendra que les morts peuvent s'exposer au soleil, malgré ce qu'annonce le gardien. C'est comme ça : le gardien a "établi les règles pour le bien être de tous les morts", il "dirige seul la communauté" et "ceux qui ne sont pas d'accord retournent dans leur tombe". On vous l'avait pas encore fait un gardien de cimetière qui se la pète chechef ? Ou qui finit par les faire exploser : au fait, c'est un meurtre de tuer des cadavres ?

J'ai donc aimé ce scénario original et ses différents niveaux de lecture. L'histoire est servie par un dessin sympathique avec des vraies gueules comme celle de Michel qui aimerait tant pouvoir échanger avec sa femme lors de ses visites quotidiennes au cimetière (quel ressenti à la p. 23 quand Michel entend au dessus de lui "tu...tu me manques tellement !"). De façon plus générale, on aurait pourtant aimé un peu plus de détails dans les visages.

Un travail original et que j'ai apprécié de découvrir. Mais bon, pour le prochain, faudrait voir à sortir des cimetières !

Marc Suquet

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