Tortuga, T. 1

Antoine BRIVET, Sébastien VIOZAT

Ankama, 2010



1664, l'île de la Tortue n'est plus le port de la flibuste. Son dernier chef a été abattu deux ans auparavant. Son navire, le Marv Harrek, se désagrège petit à petit. Eric Gorsen, un mystérieux négociant venu de Nantes, s'intéresse à ce passé. Ce que n'aime pas l'actuel gouverneur, Juan Valverde.

Depuis quelque temps, les histoires de pirates sont à la mode. On pouvait donc se méfier de ce premier tome de Tortuga. A tort ! Cette histoire, conçue par deux auteurs de talent, sera un diptyque. Sébastien Viozat s'est inspiré des histoires classiques, issues de romans ou de livres documentaires. A ses côtés, Antoine Brivet fait éclater son art, alors que c'est sa première parution.

Ce premier tome nous fait découvrir les personnages et une ambiance très caractéristique. Il faut voir Eric déambuler dans l'île à la recherche des souvenirs de la flibuste. Taverne mal éclairée, lieux secrets et décors exotiques sont les divers lieux que nous allons découvrir à la lecture. Classique ? Peut-être, mais n'oublions pas le navire espagnol, le Potente. Celui-ci est équipé de tunnels à vent. Si on y ajoute ses canons, cela fait de ce vaisseau une arme redoutable. Cette entaille à l'histoire permet à Sébastien Viozat d'écrire une uchronie rafraîchissante. Ses personnages ont un caractère que le style d'Antoine Brivet ne fait que renforcer. Ce ne sont plus des figures, ce sont des trognes. Et si certains personnages semblent beaux, c'est qu'ils ont quelque chose à cacher.

Tortuga est une bande dessinée populaire. Les auteurs ont le sujet à coeur. A n'en pas douter, les lecteurs se réjouiront des aventures de ce premier tome. Ho hisse et une bouteille de rhum !

Temps de livres


  

Avec les morts

Raphaël B, Sébastien VIOZAT

Ankama, 2009
119 pages. 14 euros



Y a du ramdam dans le cimetière ! V'la t'y pas que le gardien, encore dans le monde des vivants, lui, sélectionne des morts et leur refile la permission de 6h du mat ! Mais z'en ont marre les permissionnaires et vont se rebeller contre les règles un peu lourdes établies par le gardien.

Décidément, les deux auteurs sont branchés cadavres : ils ont en effet publié ensemble Ma vie de zombie, l'histoire de Léon Malmeau, gardien du cimetière Saint Antoine et qui se transforme progressivement en ? ... zombie.

Ca n'empêche, le sujet de ce nouvel album est assez original : les morts se réveillent, çà c'est presque classique, mais râlent pour sortir du cimetière, faire la bringue ou stopper l'autoritarisme du gardien qui impose ses propres lois : interdit de faire le mur ! Z'ont raison ces cadavres : c'est pas branchant d'être enfermés à longueur de journée !

Il y a deux niveaux de lecture dans cet album : celui de l'histoire racontée ci dessus, à la teinte fantastique : les zombies jouent à la belote sur les tombes ou regardent la télé. Mais aussi, moins évident et plus politique, celui de la manipulation des masses : et oui, même chez les morts on vous embobine ! Céline, un sémillant cadavre féminin, comprendra que les morts peuvent s'exposer au soleil, malgré ce qu'annonce le gardien. C'est comme ça : le gardien a "établi les règles pour le bien être de tous les morts", il "dirige seul la communauté" et "ceux qui ne sont pas d'accord retournent dans leur tombe". On vous l'avait pas encore fait un gardien de cimetière qui se la pète chechef ? Ou qui finit par les faire exploser : au fait, c'est un meurtre de tuer des cadavres ?

J'ai donc aimé ce scénario original et ses différents niveaux de lecture. L'histoire est servie par un dessin sympathique avec des vraies gueules comme celle de Michel qui aimerait tant pouvoir échanger avec sa femme lors de ses visites quotidiennes au cimetière (quel ressenti à la p. 23 quand Michel entend au dessus de lui "tu...tu me manques tellement !"). De façon plus générale, on aurait pourtant aimé un peu plus de détails dans les visages.

Un travail original et que j'ai apprécié de découvrir. Mais bon, pour le prochain, faudrait voir à sortir des cimetières !

Marc Suquet

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