Méfaits d'hiver

Philippe GEORGET

Jigal, 2015



Perpignan, l'infidélité est de sortie. Et tout particulièrement chez le flic Gilles Sebag. Mais dans la ville il n'est pas le seul. C'est une épidémie d'adultères qui s'abat sur la région et qui tourne au meurtre. Et pas facile pour le flic de tomber sur le meurtre d'une femme adultère, le jour où il apprend que sa propre femme l'a lui aussi trompé. Pas facile non plus de ne pas chercher la solution au fond d'un verre.

On trouve dans le bouquin de Philippe Georget, les sentiments de l'infidèle, acceptant cette part de mystère, cette nouvelle force qui le rend plus heureux... y compris dans son couple ! Chez le mari trompé, le sexe d'accord mais des manifestations de tendresse envers sa femme par un autre, ça non ! Mais aussi sur l'échangisme qui permettrait de prendre un plaisir ensemble, par personne interposée. L'échangisme rapprochant, l'infidélité éloignant, selon les acteurs. Mais attention, lorsqu'un homme marié séduit des femmes, c'est un Don Juan, dans l'autre sens on a affaire à une salope. Eh oui, même dans l'adultère...

Les chapitres laissent souvent la parole à l'homme, un corbeau (au fait, le terme vient du film d'Henri-Georges Clouzot, sorti durant l'occupation allemande, l'auteur des lettres anonymes signant ses lettres d'un dessin de corbeau) : celui qui observe les situations se dérouler devant ses yeux avertit les maris trompés par l'intermédiaire de quelques photos délicates et se rend responsable d'une mort, d'un suicide et d'une prise d'otage. La répétition de ces chapitres mettant en scène le coupable anonyme, induit le doute chez le lecteur : ça ne serait pas... ?

Quelques mots sur l'univers macho de la police qui supporte mal de voir un flic prendre un temps partiel ou refuser une promotion pour s'occuper de ses gamins : un truc de gonzesse, ça ! Mais aussi des médecins qui se dérangent pour rendre visite à un meurtrier en cellule, oubliant les quinze formulaires à remplir avant d'être enfin payés : la lenteur ferait-elle faire des économies à l'Etat ? Et encore sur la nécessité de faire du chiffre dans la police, une stratégie selon laquelle il est plus intéressant d'arrêter l'auteur d'une vingtaine de chèques en bois plutôt qu'un violeur : serait-on en France, sous le règne de Nico 1er ? Enfin, une jolie devise dans la police : "A chaque jour suffit sa flemme !"

Un rappel aussi sur la Retirada, durant laquelle près de cinq cent mille républicains espagnols franchissent la frontière et se retrouvent regroupés dans des camps près d'Argelès et de Saint-Cyprien. Wikipedia souligne tout de même que les autorités françaises ont été dépassées par l'ampleur de l'exode.

De suspense en faux coupable, l'enquête avance, maintenant le lecteur dans l'interrogation. L'ensemble est bien écrit et le lecteur prend un vrai plaisir à évoluer dans une ambiance de délation un peu glauque. Un bon petit polar !

Marc Suquet


  

Tendre comme les pierres

Philippe GEORGET

Jigal, 2014



Superbe décor, celui de Pétra, la cité jordanienne construite par les Nabatéens à partir du VIe siècle avant J.-C. Tant par les détails donnés sur le chantier de fouilles (on estime qu'à peine 1 % de la cité a été fouillé), que par la description des vagues de touristes qui inondent le site dès l'ouverture de ses portes. Un tourisme qui "n'encourage pas la rencontre des peuples, seulement leur juxtaposition".

Intéressant, le perso de Lionel : le genre journaliste qui a roulé sa bosse, cynique, énervant, têtu, style docteur House mais en plus sympa. L'auteur, lui, connaît bien le monde du journalisme : depuis la sortie des ministères ou le copinage avec la garde républicaine jusqu'à une curieuse anecdote de cadeau à Mgr Lustiger d'un micro-cravate sur lequel l'archevêque aurait soudé une croix.

Le bouquin est écrit à la première personne puisque le lecteur suit l'intrigue à travers les yeux de Lionel : venu tourner un documentaire sur le chantier de fouilles, le journaliste se retrouve plongé dans une enquête policière qui démarre avec l'arrestation d'un vieil archéologue dans le lit duquel on a trouvé un trop jeune ado !

Le bouquin est aussi une rencontre avec le désert, l'endroit où sont nées trois religions. Mais aussi le terrain de jeu des chameaux qui émettent des bruits ressemblant à s'y méprendre à un lavabo qui se vide : eh oui, faut le savoir ; le genre de connaissances que l'on ne possède qu'en fréquentant le terrain, tout comme l'observation de l'auteur sur le besoin des Arabes de toucher leur interlocuteur afin de mieux le convaincre.

Épique, la recherche de la cité perdue de Sharat Aqem, celle que l'on cache aux touristes pour la protéger. Mais épique aussi, le personnage de Lawrence d'Arabie qui traverse le bouquin de Philippe Georget avec l'ouverture inoubliable de Maurice Jarre. L'auteur des Sept Piliers de la sagesse aurait également aimé les femmes !

L'ensemble est sympa et je me suis laissé facilement captiver par cette histoire policière jordanienne.

PS : il aime pas trop Carla Bruni, notre auteur, pour comparer la sortie de son nouveau disque à une... cata !

Marc Suquet


  

Les Violents de l'automne

Philippe GEORGET

Jigal, 2012



Gilles Sebag, lieutenant de la police criminelle de Perpignan, sait qu'il ne doit pas mélanger. Sa famille et son travail doivent être aussi étanches l'un à l'autre que possible. Mais il y a des cas de force majeure. Sa fille adolescente en grand deuil après la mort en scooter d'un de ses amis proches lui fait jurer de chercher tout élément pouvant faire la lumière sur les circonstances de l'accident à l'origine du décès. Il aura dès lors fort à faire entre des recherches discrètes autour du chauffeur ivre qui jure avoir voulu éviter une voiture folle dont personne d'autre ne se souvient et une enquête serrée sur le meurtre d'un vieux pied-noir siglé OAS.

Bernard Martinez, qui vivait seul dans un petit appartement a été retrouvé menotté à sa chaise avec un trou dans la tête. Pas de doute, il s'agit d'un meurtre. Et l'inscription sur le mur lie directement l'exécution au passé du rapatrié. Le policier va alors plonger dans une Histoire trouble, mal assumée par l'ensemble de la population française, mal connue des jeunes générations, mal vue par les autorités. Une enquête délicate au milieu de la pluie et des bourrasques de l'automne perpignanais.

Deuxième ouvrage de l'auteur, voilà un polar soigné sur un sujet difficile. Les personnages sont attachants, l'intrigue est menée avec fluidité, au rythme de flash-back qui éclairent sur le passé de la victime autant que sur un contexte historique peu exploré et peu illustré aujourd'hui dans la littérature grand public. Le mérite de l'auteur est autant à trouver dans le soin visible apporté à la documentation que dans le plaisir de lecture. Sur une trame classique, le récit est brodé avec une belle dextérité et on lit avec intérêt les tours et détours des élucubrations du policier, qui lui permettent de boucler son investigation avec succès. Tout cela sur une toile de fond pluvieuse certes (ce qui ne nous fait pas peur, à nous autres Bretons, n'est-ce-pas ?), mais enchantée par un contexte sudiste parfumé à la cuisine catalane qui titille les papilles. Encore un bon choix de Jigal, qui sait allier régionalisme et rigueur éditoriale.

Marion Godefroid-Richert


  

Le paradoxe du cerf-volant

Philippe GEORGET

Jigal, 2011
320 pages. 18 euros



Pierre est un boxeur en fin de carrière même s'il ne veut pas l'admettre. A 27 ans, il vient de perdre le combat de trop. Malheureusement, il ne sait rien faire d'autre que boxer, comment dès lors assurer son avenir ?
Le milieu de la boxe a des connexions interlopes et Pierre se retrouve vite à jouer les gros bras auprès d'un prêteur sur gages douteux d'origine croate. C'est là que tout dérape car ce malfrat est retrouvé assassiné et tout le monde semble croire que Pierre y est pour quelque chose : la police d'abord mais aussi d'anciens légionnaires apprtenant à une société de surveillance ou encore une bande de tueurs serbes.
Notre boxeur cherche à comprendre tandis que la situation s'envenime et se complexifie : ses amis le mènent en bateau et de douloureux épisodes de son passé refont surface.

Chaque chapitre de ce livre est un round du combat que mène Pierre pour retrouver pied dans son existence et ça swingue jusqu'au dernier coup de gong avec un dénouement sous forme d'uppercut qui vous laissera au tapis.

[Désolé mais j'étais obligé de filer la métaphore de la boxe vu le sujet. Je promets de ne pas recommencer]

Benoit Furet


  

L'été tous les chats s'ennuient

Philippe GEORGET

Jigal, 2009
340 pages



A Perpignan, Gilles Sebag et son comparse Molina, vieux couple de flics routiniers.
Il ne fait pas bon vivre dans la région pour de belles jeunes filles blondes à l'accent slave : l'une est sauvagement assassinée, l'autre disparaît et la troisième est agressée. Sebag n'a d'autre choix que de se pencher sur cette affaire, alors que sa vie privée est perturbée et l'été assommant de chaleur ...


J'ai beaucoup aimé ce livre. L'auteur montre une écriture souple et déliée. Il met en place une intrigue qui ne s'essouffle jamais. Beaucoup de fraîcheur dans l'expression des sentiments, à travers le regard de cet homme profondément humain et soumis à de rudes épreuves bien malgré lui.

Et de la fraîcheur il en fallait quand il fait 27 degrés au bord de la piscine, à minuit, du coté de Perpignan !

Isabelle Ollivier-Queau

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