Mordre le bouclier

Justine NIOGRET

Mnémos, 2011



Dans le tome 1, nous avions laissé Chien du Heaume à Castel de Broe alors qu'elle venait de perdre à la fois ses doigts et Noalle. Autant dire que ce roc, animé par la recherche éperdue de son nom, est anéanti. Ce deuxième tome va la voir se reconstruire petit à petit grâce à Bréhir la guerrière. Toutes deux vont achever la quête de Bréhir chacune y trouvant le salut.

Ce deuxième roman de Justine Niogret m'a totalement envoutée au même titre que le premier. Pourtant, ces deux parties d'un même cheminement n'ont pas grand-chose à voir l'une avec l'autre. Autant Chien du Heaume était bruit et fureur, autant Mordre le bouclier est intime. La langue de Justine Niogret, qui m'avait déjà emballée dans le premier tome, est ici plus maîtrisée encore et il en ressort un ambiance d'une tristesse infinie, comme celle que nous pouvons ressentir lors d'un travail sur soi, mais qui au bout du compte nous remplit d'énergie et d'envie d'avancer. Et c'est ce qui se passe pour Chien. Elle découvre le monde en laissant derrière elle ce passé ravageur et cette quête car après tout "un nom ne vaut pas toute une histoire."

Ce livre est juste formidable et j'encourage les amateurs d'heroic fantasy à se plonger dedans pour en ressortir plus riche, plus beau et plus ouvert.

Annecat


  

Chien du Heaume

Justine NIOGRET

Mnémos, 2009
320 pages. 18 euros



"... Je suis Chien du Heaume... et de l'autre côté tu sauras qu'il faut un dard plus puissant que le tien pour me percer le cuir".

C'est avec ce nom qu'elle se présente à Bruec "le sanglier", propriétaire des terres sur lesquelles elle vient de tuer un cerf. Car c'est à ça que Chien du Heaume passe ses hivers, chasser et vendre les peaux, espérant que cette errance d'auberge en auberge la mettra sur la piste de son nom. Car Chien a perdu son nom de naissance et depuis elle court après.
Sanglier " ..homme hirsute et brun, au visage tanné par le soleil et le froid...", propriétaire du castel de Broe va pour l'hiver lui offrir le gîte et le couvert en échange de son bras et surtout de ce qui le prolonge, sa hache finement ciselée.
C'est avec cette dernière, seul souvenir de son père que Chien de Heaume espère remonter vers ses origines. Mais l'hiver arrive, avec une "froidure" peu commune et le castel de Broe se referme sur lui même.
Dans cette quête absolue, Chien de Heaume croisera la route de Regehir, le forgeron défiguré par les curés, Yinge jeune guerrier en formation au castel de Broe mais aussi de Noalle jeune, très jeune épousée de Bruec, rencontres qui l'emporteront souvent vers une forme de bonheur mais souvent en enfer.

"...un bon livre est un peu comme un coup de pied dans le ventre, ça coupe le souffle et on s'en redresse avec les joues rouges et les larmes aux yeux".(Cf interview de Justine Niogret, l'auteur)

Pour un coup de pied dans le ventre c'est un sacré coup de pied dans le ventre et je ne suis pas sûre de m'en être redressée encore !
Dès les premières pages et après la première surprise passée (surtout, surtout ne vous fiez pas à la couverture...) nous sommes aspirés dans ce récit plein de contrastes : violence de l'époque et de ses règles mais douceur des amitiés qui se lient durant l'hiver, rudesse des caractères mais personnalités blessées... C'est sombre, froid mais le ton est juste.
Rien pour Justine Niogret n'est figé, ni ses personnages, ni son récit dans lequel il n'y a pas "le Bien et le Mal" mais juste des femmes et des hommes qui se débattent dans ce monde médiéval plein de crasse et de sang. Quel plaisir de lire et d'accompagner une héroïne capable d'être ce qu'elle est et de s'y retrouver dans un monde d'hommes (ça change des cruches...).
Mais ce qui laisse "coite", c'est l'écriture de ce récit, à mi chemin entre le conte et le récit épique, utilisant une langue fluide mais inusitée qui donne toute sa profondeur au texte.
Enfin, cerise sur le gâteau, ne vous arrêtez pas à la page 203 mais poussez un peu plus loin et régalez vous de son petit lexique.

Alors oui, lisez ce livre et Justine écrivez en un autre !

Annecat


Une héroïne nommée "chien" donc, voilà qui n'est pas banal, la dame pratique la violence d'une manière que je qualifierais pudiquement de décomplexée, mercenaire est son métier et l'on sent en elle l'amour du métier bien fait, par contre comme baby sitter elle est nulle, si l'on se réfère au premier chapitre assez stupéfiant ou nous rencontrons Chien.

Mais Chien comme blaze ce n'est pas vraiment seyant, alors Chien cherche désespérement à récupérer son vrai nom et la vérité sur ses origines, entre deux massacres elle finira par trouver l'amitié voir l'amour (?) et se battra enfin pour les siens, et pour un chateau féerique dont elle fera sa tanière.

Du bruit, de la fureur (un max !) mais aussi de la magie, de la poésie, une nostalgie d'un ancien monde dont on extirpait les vieilles croyances à grand coup de crucifix dans la tronche !

Pour moi du tout bon ! l'écriture est surprenante, Justine Niogret ayant réinventé une sorte de néo vieux françois plaisant et truculent afin de situer son récit dans un moyen-âge accessible.

Vivement une suite, ou un autre ou tout ce qu'elle voudra !

Gaëlle

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