La mort lente de Luciana B.

Guillermo MARTINEZ

Nil, 2009
250 pages. 19 euros



Il y a dix ans, Luciana entrait dans sa vie pour un tout petit mois de dictées proprettes pour son roman en cours. Il n'était pas le plus grand des écrivains argentins, certes, mais une petite carrière, un succès d'estime lui laissaient espérer mieux que l'anonymat complet d'ordinaire réservé à la médiocrité. Le firmament était déjà occupé par Kloster à l'époque. Kloster le romancier de génie, qui allait exploser l'année suivante et illuminer la planète littéraire de sa prose fulgurante, de ses scénarii tortueux et alambiqués, miraculeusement plausibles. En attendant il partageait avec le plus grand cette secrétaire d'appoint merveilleuse, à la prise de notes impeccable et au physique délicieux, grâcieuse, réservée, croquante et craquante en tous points. Luciana cependant n'avait succombé ni à l'un ni à l'autre et était restée hors d'atteinte. Aujourd'hui cependant la revoilà sur le pas de sa porte, méconnaissable. Il ne reste rien de la séduisante jeune femme qui l'avait magnétisé jadis. Il n'y a plus qu'une créature délabrée et hagarde qui implore son aide. Durant cette décennie où elle s'est absentée de son existence, elle a subi le pire : les décès brutaux et prématurés de son fiancé, de ses parents et de son frère. Persuadée que Kloster a ourdi un complot machiavélique pour exterminer tous ceux qui lui sont chers, elle vient à lui avec l'espoir qu'il puisse l'aider à sauver sa soeur et sa grand-mère, seules rescapées des sombres coups du destin ou de son bras vengeur. En souvenir de la naïade de jadis, il plongera alors dans cette trouble affaire.

Le récit s'articule essentiellement autour de l'histoire des rapports de Luciana et de Kloster, racontée alternativement de leurs deux points de vue avec pour témoin le narrateur dont on ne connaîtra finalement pas l'identité. Bien écrit, certes. Bien traduit, certainement. Passionnant ? Ma foi... J'ai vu mieux. Par exemple l'auteur a également commis Mathématique du crime, qui a été transcris à l'écran sous le titre Crimes à Oxford, avec William Hurt et Elijah Wood. Ca m'avait bien plu, bien que je n'ai pas lu le livre. Mais qui sait ? Peut-être qu'une fois transposé au cinéma, je digèrerai mieux le propos pour celui-ci. Parce que là franchement, je n'ai pas été emballée par les personnages, aucun d'entre eux n'étant particulièrement attachant, ni par le mécanisme criminel, effectivement alambiqué avec une pirouette finale que j'ai trouvé des plus faciles.
Et la forme du récit, avec ces deux morceaux de bravoure que sont les événements de la vie de Luciana et de Kloster relatés par eux est un peu poussive, manque de nerf, de rythme, plombe la narration pour tout dire. Pas mauvais, pas bon, pour tout dire je ne le recommanderais ni ne le déconseillerais à personne. Encore un de ces ouvrages auxquels on pourrait donner le qualificatif le plus complet du monde en trois lettres : bof !

Marion Godefroid-Richert

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