Le Chasseur de lucioles

Janis OTSIEMI

Jigal, 2012



Cinquième polar de l'auteur gabonais Janis Otsiemi depuis Peau de balle, paru en 2007. L'action se situe bien sûr au Gabon, à Libreville, où plusieurs prostituées sont retrouvées assassinées avec beaucoup de sauvagerie.

Comme dans son précédent polar, l'auteur ponctue son texte d'expressions gabonaises dont certaines sont savoureuses : "avoir le mal dans la poche" (être fauché), "compter les lattes" (avoir une insomnie), "ministre en congés" (veste à manches courtes et pantalon habituellement portés par les hommes politiques de retour de leur fief électoral), "à balles réelles" (sans préservatif) ou encore "une onusienne" (femme légère et frivole). Les chapitres sont également introduits par quelques maximes parfois personnelles : "le chasseur découvre l'étang grâce aux canards", ou encore, aux lieux d'aisance, "les excréments disent adieu à l'anus". Attention, pour rentrer chez son voisin on ne fait pas "toc toc toc" mais "kokoko" !

Le style est rapide, pêchu et les chapitres le plus souvent courts. Bref, on ne s'ennuie pas. Et pourtant, l'ensemble laisse un goût de superficiel : au delà des expressions et du vocabulaire riches, peu ou pas de descriptions de la société, des portraits souvent limités des personnages (à l'exception de celui de Georges) et un suspense mesuré. Certains sujets graves sont à peine esquissés, comme les problèmes de torture dans la police, ou encore la maladie du siècle, comprendre le sida. Et pourtant, la maladie touche neuf pour cent des habitants de la deuxième ville du pays. C'est dommage, car on sent bien à travers les rares essais que l'auteur a bien plus à nous donner.

En bref, un livre agréable mais qui manque un peu de consistant. Et pourtant tout y est : une société colorée, des personnages intéressants, un auteur qui assure. Ce sera pour le prochain polar ?

Marc Suquet


  

La bouche qui mange ne parle pas

Janis OTSIEMI

Jigal, 2010
Coll. Polar



La vie de tous les jours pour plusieurs bandes de petits truands de quartier dans un Gabon pas forcement tendre avec ceux qui l'aiment malgré tout.

Entre deux séjours en prison, Solo et quelques débrouillards tentent de s'en sortir en faisant du petit trafic. Ils espèrent tous le gros coup. Celui qui les mettra a l'abri du besoin et de la police qui, de son côté, espère le même gros coup. Et c'est l'engrenage. Plus d'argent, plus de risque, plus de morts.

Plus qu'un polar, c'est une chronique d'un milieu et d'un pays rongés par le mal occidental. L'argent est le seul maître dans la vie de tous les protagonistes. Du plus petit vendeur de cannabis au plus grand homme de la république, chacun magouille sans se soucier des répercussions que cela peut avoir. L'écriture pleine de verve et d'expressions locales nécessite quelques pages d'adaptation. Puis c'est parti pour une lecture rapide et nerveuse. La tension s'installe dès le début. Elle grandit et s'immisce jusqu'au fond de votre fauteuil. Et c'est le lendemain devant la porte du frigidaire ouverte que vous pouvez commencer à la laisser retomber. Non, la police ne va pas venir vous taper dessus parce que vous n'avez pas voulu donner un petit pourboire. Non, les hommes politiques qui vous entourent ne cherchent pas a s'enrichir sur votre dos quitte a vous faire mourir a petit feu. C'est au Gabon et dans un livre que cela se passe.

Une vraiment bonne surprise que ce livre d'un auteur qui m'était inconnu mais que je vais essayer de suivre et de découvrir un peu plus.

Roland Drover


  

La vie est un sale boulot

Janis OTSIEMI

Jigal, 2009
137 pages. 14 euros



Au Gabon, Chicano vient juste de sortir de prison après avoir passé quatre ans derrière les barreaux. Il est maintenant plein de bonnes intentions : c'est juré il sera honnête.  Mais voilà que ses anciens copains lui proposent un casse sans histoires : dérober la paye de la caserne.

Voilà un roman très court, 130 pages, dont l'originalité est sans conteste le cadre. Pas fréquent les polars qui se passent à Librevillle. Le régime est décrit sans précaution aucune : la corruption, la brutalité, l'injustice des flics, tout y est. Une bonne occasion d'en connaître un peu plus. Janis Otisiemi, lui même gabonais, se révèle un bon observateur de la société. Son premier polar, Peau de balle, une histoire de kidnapping, est publié en 2007.
Le style de ce nouveau polar est rapide et parsemé d'expression imagées, telles que "qui avale une noix de coco fait confiance à son anus". Certaines sont traduites pour faciliter la compréhension du lecteur : faire banquette (attendre), un Michelin (une personne qui a de l'embonpoint) ou encore un porte fesses (slip ou caleçon).
Malgré ce caractère, j'ai trouvé le scénario un brin simplet. Il n'y a guère de surprises ni de rythme qui entretiennent l'intérêt du lecteur. Aussi, c'est d'un livre à destinée informative plutôt que d'un vrai polar que je suis sorti. C'est un peu dommage.

Marc Suquet

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