Belle-Ile en père

NICOBY, Patrick WEBER

Vents d'Ouest, 2015



Vanessa, la vedette d'une série télé, Au premier regard (un titre carrément accrocheur !), fait le buzz. Mais voilà, elle décide de s'arrêter là et de faire le point sur sa vie, sa carrière. Le meilleur endroit pour cela, Belle-Ile-en-Mer, où sa famille possède des racines. Bien sûr, le scénario se compliquera avec une histoire d'un père pas si simple que cela à avaler pour Vanessa.

J'avoue être resté un peu froid devant un scénario un tantinet convenu. De l'actrice à succès qui craque dans son monde très parisien jusqu'à la recherche de ses sources familiales dans ce qui aurait dû être un havre de paix, la superbe Belle-Ile-en-Mer, ça a un air de déjà joué. On voit apparaître le personnage de Sarah Bernardt, la comédienne ayant séjourné sur l'île, qu'elle a beaucoup aimée. Mais le lien avec l'histoire de Vanessa me semble un peu artificiel.

Les dessins ne sont pas désagréables mais assez froids. Un cahier final présente l'île avec plusieurs photos.

Bref, un album distrayant mais hélas sans plus, alors que cette île est un véritable enchantement (ne le dites pas trop, merci).

Marc Suquet


  

Ouessantines

NICOBY, Patrick WEBER

Vents d'Ouest, 2013



On le savait, être accepté dans une île, c'est pas toujours coton, mais, à Ouessant, ça tient du prodige ! C'est cette rudesse que va subir Soizic, qui souhaite vraiment tourner une nouvelle page de sa vie. Tout ça pour ouvrir une maison d'hôtes qui affiche devant son portail son nom délicieusement ringard : "Le rêve de Soizic". Sa seule copine sur l'île : Marie. Un poil austère comme sait l'être Ouessant mais aussi fondamentalement attachante. Pour s'intégrer, Soizic va même jusqu'à fréquenter l'église le dimanche matin. C'est là qu'elle apprend que Marie s'est pendue !

J'adore les îles : un truc que j'ai toujours kiffé grave. Depuis Belle-Ile, que je connais depuis presque cinquante années, en passant par Sein, Groix, Houat, Bréhat, la Martinique, j'y ai toujours trouvé une rudesse mais aussi une sincérité et une fidélité. Un truc vrai, quoi. Alors, une BD sur Ouessant, je l'ai ouverte avec délice et je n'ai pas été déçu.

Dès le bateau dans lequel on ne peut s'empêcher de scruter les gens présents : voilà donc ceux avec qui je vais partager un moment. Et puis, le bateau, le seul lien avec les autres, avec la France. La p'tite Soizic, ils sont rudes avec elles les gars d'Ouessant. A commencer par Caradec, qui assure les travaux dans son gîte quand il veut le bien, pas toujours quand ça arrange Soizic, bien sûr. Mais aussi les pipelettes qui traitent son gîte de maison de passe parce que deux femmes, hôtes de Soizic, se promènent en se tenant par la main...

Et puis, derrière cette rudesse, ce passé qui se cache et que l'on ne souhaite pas vraiment remuer. Un passé qui taraude le groupe de vieilles femmes, les corneilles d'Ouessant, le club des harpies. Bien vue la vie de cette communauté, dominée par quelques personnages comme le curé. Juste l'histoire un peu fleur bleue avec l'instit du village, Erwan, mais un peu de tendresse ne fait pas de mal dans cet album.

Un roman graphique qui confronte la vie de Marie avec ses hôtes parfois un peu trop parisiens mais aussi avec le roc qu'est Ouessant.

Mais quelle communauté qu'une île !

Marc Suquet


Une continentale, Soizic, décide d'ouvrir des chambres d'hôtes sur l'île d'Ouessant. Mal vue des îliens, elle n'a comme amie que la vieille Marie. Malheureusement, celle-ci meurt bientôt, pendue. Elle lègue à Marie ses objets quotidiens. Un héritage pesant dont se serait bien passée Soizic.

Ouessantines, ce sont plusieurs histoires en une. C'est le défi de Soizic qui veut s'installer sur l'île. Têtue, voire bornée, elle n'hésite pas à ruer dans les brancards, quitte à le regretter ensuite, mais jamais elle ne fera marche arrière. Têtue, vous dis-je. Mal acceptée par la plupart des habitants, elle trouvera son salut dans les bras de l'instituteur. C'est aussi l'histoire d'une communauté à part. On est (naît) ouessantin ou pas. Les gens parlent, les secrets sont gardés et certains personnages sont importants : le curé, le notaire, voire l'homme à tout faire. C'est surtout le portrait de femmes. Les hommes étant absents, c'est une société matriarcale qui s'est développée. Ouessant n'est pas fait pour les faibles. De caractère rude, ces dames se soutiennent.

Ces trois histoires se retrouvent au fil du récit. Sous couvert d'une enquête, Soizic (et le lecteur) découvre ce qui fait la force de l'île, ses particularités aussi. Patrick Weber joue merveilleusement avec les caractères des personnages. Soizic qui essaye d'en savoir plus, les Ouessantin(e)s qui ne veulent rien dire et ce cher instituteur qui essaye de tempérer les ardeurs de son amie. Comme il l'écrit en postface, le scénariste a été marqué par Ouessant. Cette histoire le démontre.

Nicoby n'est pas en reste. C'est la deuxième fois qu'il parle de cette île. La première, il se mettait en scène (avec des choux et des moutons). D'un trait semi-réaliste, il montre une île tour à tour sauvage, rustique, exotique. Le dessinateur ne charge pas les décors, va à l'essentiel. Il permet au lecteur de s'attarder sur certains détails.

Les deux auteurs se sont approprié Ouessant. Ouessantines en est le résultat. Une histoire qui raconte l'île à leur manière. Pour parfaire notre éducation, un dossier photographique est proposé à la suite du récit. Histoire de continuer le voyage.

Temps de livres


Les îles se méritent et l'étrangère Soizic aura bien du mal à  s'intégrer dans ce microcosme où tout le monde se connaît, s'observe. En même temps on n'a pas grand-chose d'autre à  faire l'hiver quand les touristes sont loin ! Ouessant est rude et ça déteint sur ses habitants. Si tu n'es pas ouessantin, tu es et tu resteras un chinchard, poisson  bien peu prisé. De là à ouvrir une chambre d'hôtes et faire venir des parisiens ! Alors quand Marie, la seule amie que Soizic s'est faite sur l'île, décide de se pendre et  demande par testament que ce soit l'"étrangère" qui range sa maison et ses secrets...

Un joli récit, une histoire de femmes qui est complètement crédible. L'ambiance et les paysages y sont, avec les maisons blanchies à la chaux et aux volets de couleur, l'absence de végétation haute, les naufrages  et les épaves qui entourent l'île, le rite des Proellas (du breton "bro" signifiant pays et "ella" rapatriement) culte des morts ouessantin  pour les disparus en mer... Restent deux détails qui m'ont surpris : pourquoi avoir fait disparaître l'enceinte du phare du Créac'h ? et quelle drôle d'idée de dessiner Ouessant sans ses moutons !

A lire avec plaisir en attendant, si vous avez aimé, de trouver un exemplaire des Filles de la pluie d'André Savignon, qui vous plongera dans la vie quotidienne des insulaires en 1924 !

Jean-Marie


  

20 ans ferme

NICOBY, Sylvain RICARD

Futuropolis, 2012
Un récit pour témoigner de l'indignité d'un système



C'est clair, des conneries, Milan en a fait. Arrêté en flag lors d'un braquage, il est envoyé en prison pour vingt ans. Et c'est là que commence l'originalité de cet album : la vie des prisons vue de l'intérieur. Une vie faite de violences, d'isolement, d'humiliations, toutes ces choses qui rendent inhumaine la vie derrière les barreaux.

L'album est basé sur le témoignage d'un ex-taulard qui raconte : la béquille qu'on ne lui donne pas lorsqu'il s'est cassé la jambe, le mitard que les gardiens concluent avec un sympathique passage à tabac, les fouilles au corps avec gant pour aller encore un peu plus au corps, mais aussi les transferts continuels qui rendent une relation avec sa copine bien difficile ou encore des gardiens qui transforment le motif de la condamnation en viol sur mineur, histoire que le Milan soit bien vu de ses potes de chambrée ! Bref, c'est la violence, la hargne, la déshumanisation.

J'ai aimé l'aspect personnel et intime. Mais aussi le gars qui s'accroche et qui préfère quelques jours passés au mitard au fait de céder devant l'administration. Et puis, on trouve des gens plus humains dans la personne d'un directeur de prison, d'un prêtre qui n'a pas de réponse aux questions de Milan mais qui l'écoute ou encore d'un gardien.

L'album s'achève par un dossier réalisé par l'association Ban public, qui donne les règles de vie en prison ainsi que quelques commentaires.

Bien vu, l'ensemble !

Marc Suquet


"La prison, c'est la privation de la liberté d'aller et de venir, et rien d'autre !" (Valéry Giscard d'Estaing)

En pleine période électorale, bien vu, l'album ! Que proposez-vous, messieurs les bien pensants, candidats du peuple et autres vendeurs de vent ? Car au-delà de la déshumanisation des prisons très bien mise en avant par Marc, il s'agit aussi d'un vrai questionnement politique sur "à quoi sert l'enfermement" tel qu'il est appliqué en France (et souvent ailleurs aussi). Quand se posera-t-on les vraies questions autour de la récidive ? Quand et qui donnera une réelle chance au mot "réinsertion" ?

"Nous ne pouvons plus persister dans cette acceptation séculaire de prisons indignes, alors qu'il ne faut que du courage pour en finir avec cette honte nationale" (Robert Badinter).

A vous, l'Elysée...

Annecat


  

Les ensembles contraires Tome 2

Thomas ERIC, KRIS, NICOBY

Futuropolis, 2009
219 pages. 24 euros



Kris retrouve son ami Eric à l'hôpital de Brest où il a été amené après une tentative de suicide par Valium. Eric a une vie difficile : une mère alcoolique et trop présente dans la vie de son fils, un père dépressif, une soeur en fugue, un problème avec les filles.

Le premier tome montrait comment deux garçons, Éric et Christophe, se lient d'amitié. Et pourtant, rien n'annonçait ce lien : Christophe suit en effet des études classiques et Éric un CAP de couture. Leur première rencontre est assez froide. Comme l'avoue Kris lui même, "tout est réellement autobiographique". C'est l'envie de partager cette expérience, celle d'une amitié pour la vie, qui a poussé ces deux acteurs à se raconter.
Le deuxième tome débute sur l'acte désespéré d'Éric. Le "pote" fait une tentative de suicide. On découvre bien dans ce récit les morceaux de vie qui alimentent l'amitié : du suicide, à l'oubli momentané au milieu de l'agenda estudiantin, en passant par les retrouvailles. Il y a aussi l'aveu du pote qui ne sait pas lire et qui ne l'avait jamais dit. Il y a dans cet album des vrais moments où chacun des deux amis se livre. De ces moments durant lesquels on sait que l'on parle à un Ami, pas un copain, c'est pas pareil !
L'histoire de deux amis, ça touche. Et c'est le cas de cet album : c'est simple mais sincère.
Coté dessin, point de fioritures. C'est simple, direct et sans trop de détails. Le plus souvent trois couleurs dominent, transcrivant l'ambiance du moment entre les deux amis.
C'est donc un album intimiste, personnel et touchant. Attention, lire le tome 2 sans le 1, c'est un peu ignorer l'origine de cette histoire d'amitié et s'exposer à ne pas la comprendre.

Marc Suquet


Ne pas avoir lu un premier tome de diptyque peut parfois constituer un sérieux handicap : à la compréhension, à se couler dans le rythme du récit, à s'attacher aux personnages. Et bien pas ici. Quand on se retrouve (comme moi) par hasard devant ce livre et qu'on l'ouvre presque par acquis de conscience, on se retrouve au bout de trois cases happé par le récit. Fait de l'entremêlement de deux voix, celles de Chris et d'Eric, amis de toujours, qui se retrouvent toujours, et traversent la fin de l'adolescence ensemble. La vie d'adulte n'est pas très loin, mais que d'aventures, grandes et petites, majuscules et minuscules pour y arriver. On savait déjà Kris excellent conteur de ces petits riens qui font toute une vie, son sel (et puis son poivre et son sucre ... ) et cela se confirme une fois supplémentaire dans ce remarquable rapport d'amitié indéfectible.
Les deux héros de l'histoire sont aussi différents qu'on peut l'être mais également totalement complémentaires, et ils traversent les épreuves de l'amour et de l'entrée dans la vie active et indépendante avec des hauts très hauts et des bas très bas, que ce soit pour Eric l'optimiste à l'élan vital puissant ou pour Chris l'écorché aux descentes abyssales.
Les plus de deux cents pages du récit s'enchaînent avec un égal bonheur et on tournerait le dernier feuillet avec regret s'il n'y avait cette petite note des auteurs en post-scriptum qui rassurent le lecteur harponné : les deux hommes s'aiment toujours autant et continuent à cheminer ensemble sur la route chaotique de l'existence. Une belle réussite.

Marion Godefroid-Richert

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