Les ensembles contraires Tome 2

Thomas ERIC, KRIS, NICOBY

Futuropolis, 2009
219 pages. 24 euros



Kris retrouve son ami Eric à l'hôpital de Brest où il a été amené après une tentative de suicide par Valium. Eric a une vie difficile : une mère alcoolique et trop présente dans la vie de son fils, un père dépressif, une soeur en fugue, un problème avec les filles.

Le premier tome montrait comment deux garçons, Éric et Christophe, se lient d'amitié. Et pourtant, rien n'annonçait ce lien : Christophe suit en effet des études classiques et Éric un CAP de couture. Leur première rencontre est assez froide. Comme l'avoue Kris lui même, "tout est réellement autobiographique". C'est l'envie de partager cette expérience, celle d'une amitié pour la vie, qui a poussé ces deux acteurs à se raconter.
Le deuxième tome débute sur l'acte désespéré d'Éric. Le "pote" fait une tentative de suicide. On découvre bien dans ce récit les morceaux de vie qui alimentent l'amitié : du suicide, à l'oubli momentané au milieu de l'agenda estudiantin, en passant par les retrouvailles. Il y a aussi l'aveu du pote qui ne sait pas lire et qui ne l'avait jamais dit. Il y a dans cet album des vrais moments où chacun des deux amis se livre. De ces moments durant lesquels on sait que l'on parle à un Ami, pas un copain, c'est pas pareil !
L'histoire de deux amis, ça touche. Et c'est le cas de cet album : c'est simple mais sincère.
Coté dessin, point de fioritures. C'est simple, direct et sans trop de détails. Le plus souvent trois couleurs dominent, transcrivant l'ambiance du moment entre les deux amis.
C'est donc un album intimiste, personnel et touchant. Attention, lire le tome 2 sans le 1, c'est un peu ignorer l'origine de cette histoire d'amitié et s'exposer à ne pas la comprendre.

Marc Suquet


Ne pas avoir lu un premier tome de diptyque peut parfois constituer un sérieux handicap : à la compréhension, à se couler dans le rythme du récit, à s'attacher aux personnages. Et bien pas ici. Quand on se retrouve (comme moi) par hasard devant ce livre et qu'on l'ouvre presque par acquis de conscience, on se retrouve au bout de trois cases happé par le récit. Fait de l'entremêlement de deux voix, celles de Chris et d'Eric, amis de toujours, qui se retrouvent toujours, et traversent la fin de l'adolescence ensemble. La vie d'adulte n'est pas très loin, mais que d'aventures, grandes et petites, majuscules et minuscules pour y arriver. On savait déjà Kris excellent conteur de ces petits riens qui font toute une vie, son sel (et puis son poivre et son sucre ... ) et cela se confirme une fois supplémentaire dans ce remarquable rapport d'amitié indéfectible.
Les deux héros de l'histoire sont aussi différents qu'on peut l'être mais également totalement complémentaires, et ils traversent les épreuves de l'amour et de l'entrée dans la vie active et indépendante avec des hauts très hauts et des bas très bas, que ce soit pour Eric l'optimiste à l'élan vital puissant ou pour Chris l'écorché aux descentes abyssales.
Les plus de deux cents pages du récit s'enchaînent avec un égal bonheur et on tournerait le dernier feuillet avec regret s'il n'y avait cette petite note des auteurs en post-scriptum qui rassurent le lecteur harponné : les deux hommes s'aiment toujours autant et continuent à cheminer ensemble sur la route chaotique de l'existence. Une belle réussite.

Marion Godefroid-Richert

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