Beso de la muerte

Gilles VINCENT

Jigal, 2013



Quel lien y a-t-il entre ce corps de femme découvert totalement cramé et l'assassinat de Garcia Lorca en 1936 ?

Gilles Vincent, l'auteur, semble branché Espagne : il suffit de lire la dédicace de son nouveau roman "A celle qui m'a fait tant aimer l'Espagne". Pas facile pour Thomas Roussel, flic, de découvrir que la femme calcinée au lance-flamme, qui a aussi été totalement tabassée avant, est son ex, Claire ! Et pourtant, le flic a eu bien du mal à en finir avec Claire : dépression, alcool. Il croyait en avoir fini avec elle et avait rencontré Délia. Mais la veille de son mariage, Thomas reçoit un coup de fil de Claire, paniquée.

Sa passion, à Claire, c'est l'étude de l'Espagne contemporaine, la guerre civile, les crimes impunis. Mais aussi, la lutte des gouvernements français et espagnols contre les GAL, les Groupes antiterroristes de libération, qui se réfugiaient en France après leurs attentats en Espagne. S'approcher tant de la vérité que l'on risque sa vie : "el beso de la muerte".

On croise des persos intéressants, comme ce général au passé nationaliste inquiétant. Dommage tout de même que le perso de Claire, qui est au centre du bouquin, ne soit pas un peu plus travaillé. Tout comme celui de la commissaire Aïcha Sadia.

Côté histoire, le contexte est fouillé. On ne se souvient pas toujours des méthodes de barbouzes utilisées contre les terroristes de l'ETA, même si cette dernière est responsable de la mort de 829 personnes de 1968 à 2010. N'oublions pas non plus l'engagement de Garcia Lorca du côté des républicains, fusillé par les franquistes et dont les oeuvres seront censurées jusqu'en 1953.

Des phrases évocatrices : "Du café d'autoroute à 1,50 euro la dose, mousse fadasse, panne de sucre et touillette en plastique en prime". Des phrases qui font bondir : "La démocratie s'arrête là où commence l'intérêt supérieur de l'Etat", que l'on doit à Charles Pasqua.

Un bouquin agréable et qui coule comme Djebel précédemment chroniqué sur ce site.

Marc Suquet


  

Djebel

Gilles VINCENT

Jigal, 2013



1960. Pourquoi Antoine Berthier, jeune appelé, se donne-t-il la mort sur le bateau qui le ramène d'Algérie alors que sa période militaire est achevée ? Pourquoi découvre-t-on, quarante années plus tard, les corps d'anciens compagnons d'armes dans d'étranges circonstances (un suicide, un homme disparu et un autre écrasé par une voiture) ? La commissaire Aïcha Sadia, aidée par le détective Sébastien Touraine, va se lancer dans une enquête afin de répondre à ces questions.

Antoine, il n'a jamais voulu participer à toutes ces horreurs vécues en Algérie et notamment à la torture, dont Pierre Vidal-Naquet pense qu'elle a concerné des centaines de milliers d'Algériens, mais également été employée par le FLN (source). Le livre de Gilles Vincent dévoile la psychologie intime de l'appelé, de celui qui crève de rentrer "bredouille", c'est-à-dire sans au moins un Algérien à son tableau de chasse !

Quand même étonnant que le commissaire Aïcha Sadia soit vraiment mignonne et que le pauvre Sébastien soit un peu seul : ce qui devait arriver, arrive et on n'en est guère surpris. Mais bon, ça n'abîme pas l'histoire et lui donne un petit côté humain. Et ce d'autant plus que la commissaire a des origines algériennes.

Gilles Vincent a une bonne plume, de celles qui coulent et emmènent leur lecteur jusqu'au mot fin sans qu'il ait vu le temps passer. Son roman possède un contexte historique intéressant. Ses personnages sont habités par un passé qui ne peut les lâcher. Un bon polar.

Marc Suquet


  

Sad Sunday

Gilles VINCENT

Timée, 2009
317 pages. 16 euros



"Ce qui peut arriver de pire à une enfance, c'est le viol de son innocence, et d'être, un jour, livrée à des adultes devenus des monstres?" (p9)

"Camille Carlotti. Disparue le 7 septembre 2003. Et depuis quatre ans, rien, que dalle. Aucune nouvelle. Pas de demande de rançon. Pas de piste, pas de corps retrouvé, rien?" (p 18)

La saisie d'un DVD "trash" à Roissy va relancer l'affaire. La commissaire Aïcha Sadia va faire appel à Sébastien Touraine, son ancien amant, qui a soudainement abandonné son cabinet de détective privé pour se retirer à Maussane, dans les Alpilles, où il a ouvert une boutique de livres anciens, bien décidé à couper tout lien avec sa vie antérieure. Un véritable exil !
Persuadé qu'on a affaire à un redoutable kidnappeur en série, Touraine accepte, à contre coeur, de sortir de sa tanière et d'aider la commissaire.
Mais il y met une condition et elle n'est pas négociable : "Quand on l'aura choppé, je veux que tu me laisses le tuer".

Djebel, le précédent ouvrage de Gilles Vincent, avait été remarqué par la critique qui s'était montrée plutôt élogieuse. On pouvait déjà y trouver la commissaire Aïcha Sadia et le détective Sébastien Touraine, les deux protagonistes principaux de Sad Sunday. Dans ce dernier roman, l'auteur met en scène des personnages attachants, d'autres tout à fait repoussants - le mot est faible -. Bref, "des êtres de chair et de sang".
Côté personnages attachants, il y a, bien sûr, les deux protagonistes principaux, déjà cités. Il faut y ajouter le lieutenant Camorra, le capitaine Draux ainsi que l'inspecteur Blanchard. Ma préférence va à Théo Mathias, le médecin légiste, l'homme indispensable, le garde-fou, le grand frère, le philosophe.
Côté personnages repoussants, la palme revient, sans conteste, à "la Hyène", "un dingue complet," "un solitaire, qui assume son business de A à Z". (p92) Et quel business !

Si l'enfer ne vous fait pas peur - enlèvements, séquestrations, viols, actes de tortures, bienvenue dans le monde des pédophiles et des ultra-pervers ! Vous apprécierez ce roman à l'écriture aussi brutale que son sujet.

"C'est une course poursuite, une course contre la montre pour mettre la main sur un kidnappeur d'enfants." (Gilles Vincent. LA VOIX du NORD)

C'est une enquête haletante, un roman très sombre.
C'est un roman hallucinant et de grande qualité.

Roque Le Gall


Pour risquer une comparaison ciné, autant un bon gore grandguignolesque me fait bien rigoler, autant le torture movie, bof...le propos subversif lorgne toujours un peu trop vers la complaisance crasse ( et crade ) qui vous laisse à la fin comme un mauvais goût dans la bouche.

Disons que là on est dans le torture polard avec pédophilie, snuff et autres joyeusetés, j'avoue être allée jusqu'au bout, histoire de racler tout de même un peu d'espoir, il faut dire que c'est plutôt bien foutu, une écriture sèche et nerveuse, une histoire d'amour touchante, mais bon, la fin est un peu baclée, le personnage du tueur mal exploité, ses motivations quelques peu futiles quant au déchainement de violences engendrées.

Il paraîtrait que ce genre de lecture comble la partie reptilienne de nôtre cerveau, je ne suis pas sûre que ce soit forcément la partie de ma cervelle que j'ai envie de nourrir !

En conclusion, un livre qu'il est bien pour les reptiliens, pour moi je l'ai terminé en me demandant si c'était bien sain de lire un truc pareil, quant à l'écrire...

Gaëlle

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