Un enchantement

Christian DURIEUX

Futuropolis, 2011



Lui, c'est un homme politique âgé qui a roulé sa bosse. Il a même été ministre. Ce soir-là, on donne à l'occasion de son départ en retraite une soirée au Louvre. Une soirée à laquelle l'invité d'honneur montre bien peu d'empressement à se rendre. Clairement, ça le gonfle ! Alors il se cache dans l'aile Sully du Louvre et découvre une jeune femme qui lui propose une visite nocturne du musée.

D'entrée, je trouve sympa cette opposition entre le monde du travail, ses intrigants et ses parfaits faux c., et en face cet homme, dégagé de ce qu'il faut bien appeler Obligations professionnelles et qui décide de ce qu'il appelle lui même son enterrement : "Je suis à un âge où c'est un devoir de ne plus dîner en aussi piètre compagnie". Plutôt sympa, le vieux ! C'est aussi le contraste entre les affaires et les tableaux qui donne à ce lieu un aspect extraordinaire.

Elle est également étonnante : des yeux bleus qui brillent dans l'ambiance nocturne du Louvre. Mais techno aussi qui sait ouvrir une bouteille sans tire-bouchon (ben oui je sais, on se demande comment : un truc de ce genre c'est super pratique pour qui s'est déjà trouvé dans la triste condition d'avoir une bonne bouteille à la main, sans rien pour l'ouvrir. Réponse page 25, et on ne parle pas là de l'enlèvement des couches successives du bouchon à coups d'Opinel, une technique un tantinet artisanale et qui ne manque pas de laisser plein de petits morceaux de bouchon à la surface du vin. Non, là on est dans le grand art ! ).

Entre les deux, une rencontre bien improbable, naissent des sentiments complexes qui les font se retrouver allongés l'un à côté de l'autre à admirer les plafonds du Louvre. Mais aussi une visite érudite qui les emmène entre des tableaux superbes (dont la liste est donnée en annexe), flirtant avec Montesquieu. Une promenade ponctuée d'aveux : vous venez si tard... Et puis, la fin merveilleuse qui conclura si joliment cette belle histoire.

Les grands dessins soulignent superbement cette ambiance de musée, la nuit. On regardera avec plaisir celui de la page 21. Le ton majoritairement marron, donne l'ambiance en clair-obscur du musée, à peine éclairé par les veilleuses des couloirs.

J'ai bien aimé ce joli conte. C'est léger, érudit, fantastique, humain... un joli bouquin !

Marc Suquet


Autant j'aurais pu apprécier la visite, autant je n'aime pas le prétexte. Trop classique dans son propos, trop facile dans son "repentir, sans poésie, sans drôlerie et à peine teinté de nostalgie !

Contrairement à mon petit camarade je dirais plutôt... et le Louvre dans tout ça ?

Annecat


  

Appelle-moi Ferdinand

Hervé BOURHIS, Christophe CONTY, Christian DURIEUX

Futuropolis, 2009
63 pages. 15 euros



Atteint d'un cancer, Oscar va mourir. Pour le temps qu'il lui reste à vivre, il veut tenter des expériences qu'il n'a jamais réalisées : se faire plaisir comme régler des comptes avec sa propre famille.

Un album que j'ai vraiment aimé. Un de ces albums qui permettent au lecteur de pénétrer l'intimité des personnages. Il y a une vraie humanité dans ce personnage en pleine déprime et qui n'ignore pas qu'il va vers sa fin. J'ai lu l'album en pensant à Jean-Pierre Bacri et ses éternelles déprimes, mais ici l'humour noir de l'acteur est totalement absent. La découpe de l'album en chapitres successifs tels que Hurler, Vivre, Goûter, Oser, permet de mieux pénétrer dans la psychologie du personnage. Pas de grandes actions, que de l'intimiste qui permet de mieux connaître Oscar et la fin originale qu'il s'est choisi.

On comprend vite le souhait d'Oscar : professionnellement, il est un petit cadre sans envergure. Dans sa famille, sa femme le trompe et ses deux filles l'ignorent. Face au compte à rebours macabre que lui impose sa maladie, Oscar va mettre les bouchées doubles. Fini le petit employé modèle et le père consciencieux. Oscar va enfin réaliser ce qu'il souhaitait faire depuis longtemps et qu'il a toujours remis au lendemain. Ainsi, son prof de français qu'il a toujours aimé en secret, eh bien il est temps de le lui déclarer cet amour !

Bien sur, le dessin n'est pas gai. On ne se serait pas attendu à moins. Mais la tonalité d'ensemble marron est parfois entrecoupée de couleurs, surtout du bleu, soulignant le choix d'Oscar et ses conséquences sur les moments qu'il lui reste à vivre.

Une originalité : la couverture est en fait une page de l'album. Elle transporte immédiatement le lecteur dans la vie d'Oscar.

On peut découvrir les 10 première pages de cette histoire ici.

Marc Suquet


Que feriez-vous si atteint d'un cancer il ne vous restait que quelques temps à Vivre ? C'est ce compte à rebours fatal que nous raconte Oscar Lehmann...

A première vue on est tenté de se demander ce que les auteurs vont bien pouvoir inventer pour rester crédibles tout en faisant du neuf....En effet le sujet "il me reste que quelques temps à vivre alors je vais faire tout ce que je n'ai jamais fait et en accéléré..." n'est pas vraiment original.

Sauf que là, on s'aperçoit page après page qu'Oscar non content de réaliser ses "frustrations-envies-désirs-rêves" règle ses comptes avec son père, peintre égocentrique, qui a vampirisé la vie de son fils. Et c'est là, je trouve, que toute l'histoire prend sa force. Ce n'est plus uniquement le désir de Vivre mais le désir de "faire mourir". Faire mourir ce père mais aussi ce qu'il représente, faire mourir cette vie étriquée et dépassionnée et au bout du compte se faire mourir et Vivre.

C'est ma foi un très bon album, juste, expressif, attachant et j'ai beaucoup aimé le graphisme de Christian Durieux qui accompagne le récit d'une touche légère de mélancolie.

Mais quand même, au bout du compte, doit-on attendre de mourir pour Vivre ?

Annecat

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