Le tour des géants

Nicolas DEBON

Dargaud, 2009
76 pages. 14 euros



Le tour de France, été 1910. Le 3 juillet s'élancent sur la route et ses 4737km 110 fous furieux dont plusieurs sont restés dans la légende du cyclisme. Le tour existe depuis à peine 7 ans et déjà on peut noter qu'apparaissent des produits dans la pharmacopée des athlètes pour leur permettre de tenir le coup. Avec des surprises : strychnine, éther, arsenic... et eau bénite, entre autres. Et puis les balbutiements logistiques, des coureurs qui se perdent par fléchage aléatoire de l'itinéraire, l'invention de la voiture-balai qui vérifie que les derniers du peloton rentrent par leurs propres moyens. Dans cette édition c'est le premier duel homme-montagne, les coureurs affrontent les Pyrénées et 7 de ses cols : Peyresourde, Aspin, Tourmalet, Soulor, Tortes, Aubisque et Osquich, qui culminent à 2122m d'altitude. A une époque où les freins sont encore un concept, les machines font "à peine" 12kg, un dérailleur et un changement de vitesses sont des curiosités, et les passages trop difficiles nécessitent de poser le pied à terre. L'épopée de ces sportifs est rendue à hauteur d'homme, et seuls 41 des 110 au départ seront à l'arrivée.

On peut saluer la magnifique performance graphique de l'auteur. Une des plus belles couvertures de l'année, des cases d'une beauté languide pour mieux souligner l'âpreté du combat des sportifs contre les éléments, les fourberies et surtout contre eux-mêmes. Il est curieux et intéressant de constater que même aux débuts du Tour les hommes qui empruntaient la voie du cyclisme de haut niveau y risquaient leur santé et leur vie. L'exploit sportif prend toute sa dimension et est parfaitement rendu. Le sujet est très documenté, les détails parlants, les péripéties nombreuses et mises en lumière par le contraste de ce qu'est devenu le Tour de France aujourd'hui. Une belle réussite que cet album, même pour les non amateurs du sujet.

Marion Godefroid-Richert


Nicolas Debon entraîne ses lecteurs dans les étapes du Tour de France et de sa version de 1910 : depuis le départ très matinal des 110 coureurs jusqu'à l'arrivée, 4735 km plus loin, après 15 étapes et beaucoup d'abandons.

Moi qui ne suis pas très branché vélo, j'ai bien aimé cette histoire, vécue comme un vrai reportage.  Mais j'ai été étonné par la dureté de l'épreuve : ça t'a un p'tit air d' "On achève bien les chevaux". Ici, sauf pour les 29 "groupés" suivis par une vraie logistique, on répare soi même ses crevaisons et notamment celles dues aux gens bien intentionnés qui répandent des clous sur la chaussée, on picole le matin pour se donner du courage, on subit les amendes des organisateurs pour "urination hors des vespasiennes officielles", on chute sur des chiens qui traversent la route ou encore on perd du temps à chercher sa direction. Mais surtout quelle épreuve physique ! Un Tour comme on en connaît plus, dans lequel les organisateurs multiplient les difficultés pour qu'on s'en souvienne, ou encore qu'on lise plus leur journal. Les difficultés sont telles qu'un des coureurs crache à la tête des organisateurs un "assassins" désespéré. Et pourtant, apparaissent déjà les premières tentatives de dopage : on choisit son "reconstituant" : éther pour les uns, strychnine pour les autres.
 
Le lecteur roule dans la roue des coureurs : Garrigou, Petit Breton, Cornet, Van Hauwaert, et bien d'autres encore. On découvre les secrets techniques des coureurs comme le fait de limer ses pneus pour alléger son vélo: il est vrai qu'avec ses 12 kg, ca vaut la peine ! Mais on est surtout dans le duel entre les deux grands : Faber et Lapize. Le scénario est rempli des relations entre ces bourreaux de la petite reine.

Les dessins sont superbes et notamment la couverture. Ce sont de vraies peintures qui dévoilent les difficultés du tour. L'ensemble est assez classe et se laisse volontiers lire pour qui n'aime guère le vélo. Un beau témoignage historique.

Marc Suquet

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