La Forêt des renards pendus

Nicolas DUMONTHEUIL

Futuropolis, 2016
D'après le roman d'Arto Paasilinna traduit du finnois par Anne Colin du Terrail



Une belle surprise que cette dernière livraison de Nicolas Dumontheuil : Raphaël doit rapidement cacher les lingots d'or d'un précédent braquage. Son ancien complice va, en effet, sortir de prison et Raphaël n'a plus aucune intention de partager le magot. Direction le Grand Nord, la Laponie, où personne ne viendra chercher l'oseille. De son côté, le major Remes picole beaucoup trop. Pour s'en sortir, il obtient un congé sans solde et met le cap sur la même direction.

L'atout de cet album réside dans son scénario original et parfois carrément loufoque. La rencontre improbable des trois personnages dans un environnement difficile, Raphaël, Remes mais aussi Naska, une Lapone de quatre-vingt dix années virée de chez elle, est assez improbable. L'histoire est rythmée, amenée par chacun des trois mais aussi par l'ancien comparse que Raphaël fuit. L'auteur ajoute aussi des personnages secondaires comme le renard, Cinq-cents-balles, nourri à coup de saucisses par Raphaël, qui ne lui garde pas rancune de lui avoir dérobé ce montant dans son pantalon.

Le dessin est simple et son caractère parfois un peu caricatural accroît l'aspect farce de l'album. La fin n'est pas totalement conforme à une classique morale, peignant l'ensemble de cette fable d'une réjouissante conclusion. Une jolie découverte !

Marc Suquet


Au fin fond de la Finlande, début des années 80, pas très loin de la cabane du Père Noël (le Korvatunturi comme ça s'appelle !) se rencontrent quelques personnages hauts en couleur. Citons pour la démonstration un gangster qui se cache d'un complice avec le butin dérobé à celui-ci, un major alcoolique et acariâtre en congé sabbatique, une nonagénaire en cavale qui veut garder son chat et refuse d'aller en maison de retraite, un renard kleptomane et un garde-chasse glouton et zélé. Tout ce petit monde vit le temps d'un hiver lapon dans un petit camp de bûcheron perdu dans la forêt au rythme de parties de dames, de sauna, de ragoût de renne et de piégeages divers autour de cette drôle de thébaïde enneigée.

Nicolas Dumontheuil prête pour cette adaptation romanesque son trait rond et des couleurs sépias à la tendre loufoquerie du finnois Arto Paasilinna. Les deux auteurs ont un goût commun pour les personnages décalés et la vie à la marge de la société, et cette histoire était faite pour leur rencontre (littéraire en tout cas). Le résultat de l'amalgame de ces deux univers est extrêmement plaisant.

Arto Paasilinna a comme d'habitude réussi à créer de parfaits exemplaires d'étrange humanité. Son voleur, par exemple, qui explique avec une grande simplicité qu'il est devenu hors-la-loi par paresse alors qu'il a grandi très aimé dans une famille pas riche mais sans connaître de vraies privations. Nicolas Dumontheuil a su rendre la bonhomie flemmarde du gangster en le traduisant dans ses postures souvent élastiques et alanguies. Quant au militaire rendu fou par l'inaction, c'est une somme de crispations diverses et contradictoires et l'auteur arrive à le rendre mobile même à l'arrêt, comme monté sur ressort, une parfaite traduction de son côté angoissé et fruste à la fois. Une belle performance de dessin qui se retrouve jusqu'au renard Cinq-cents-balles, très expressif à chacune de ses apparitions.

C'est une expérience intéressante de lecteur de se retrouver à s'attacher à ces personnages peu sympathiques au premier abord. Mais les deux auteurs sont assez doués pour se jouer des obstacles qu'ils dressent sur la voie de l'identification classique aux protagonistes et finalement on se met à bien aimer ces deux énergumènes. Il faut y voir le talent des deux, car l'écrivain finnois sait donner une allure de fable philosophique et politique aux tribulations de ses deux créatures et les adoucit suffisamment en leur adjoignant le joli personnage de la grand-mère fugueuse. Quant au dessinateur français, il maîtrise un trait qui se prête très volontiers à cette évocation désuète d'hommes en quête d'abord de confort matériel et qui réalisent tard que l'équilibre ne vient qu'avec la cohésion assurée par la vieille Naska, et au climat de sérénité affective qu'elle dégage.

Une bien jolie histoire donc, et une belle réussite à accrocher au tableau de la maison Futuropolis qui en d'autres à son actif !

Marion Godefroid-Richert


  

A la recherche du sexe volé

Nicolas DUMONTHEUIL

Futuropolis, 2009
Le Landais volant, tome 2
72 pages, 16 euros



Où l'on voit Jean-Dextre partir avec l'aide d'une galloise à la recherche de son sexe volé. Lequel a donc réduit à une taille tellement microscopique que la visée lors de ses exonérations vésicales est devenue un problème épineux. Sur sa route africaine, de nouveau des femmes (qu'il ne peut plus honorer comme il se doit, làs !), des enchanteurs, des péripéties truculentes. On y apprend entre autres qu'au pays de la virilité glabre et musculeuse, la rotondité plantureuse du gascon et son catogan lui valent d'être régulièrement pris pour une femme. Il se pourrait même que ce soit là l'origine de sa mésaventure. Pour retrouver ses proportions majestueuses (!), le baron Pandar de Cadillac devra frayer avec quelques coutumes étranges et étrangères. A la suite de ce retour momentané à la normale en terre africaine, notre gascon devra de nouveau se débattre dans les affres d'une réalité perturbée en terre américaine, cette fois. Et subir un avatar du supplice auquel Bill Murray a dû se plier dans un de ses films les plus célèbres : Un jour sans fin...

Amis cartésiens, amateurs d'articulations limpides et rationnelles, passez votre chemin. Ce deuxième tome des aventures du Tartarin cuvée 2009 n'est toujours pas pour vous ! Nicolas Dumontheuil s'ingénie à emberlificoter son héros terrible dans les courbes voluptueuses de l'Afrique musquée et de ses enchantements mortifères. Puis, dès qu'il l'a sorti des méandres du continent noir, c'est pour mieux le tartiner des paradoxes de l'Amérique du nord ! Il a une rude santé, le baron de ND, pour affronter les malices de ce début de millénaire qui n'est pas si policé que nous pourrions croire, occidentaux post-industrialisés que nous sommes. On se réjouit de voir un noble désargenté et aventureux transporter en bulles et en terres étrangères les lubies amoureuses et l'esprit chevaleresque d'un authentique nom à particule. Ses aventures sont grand-guignolesques, réjouissantes, inattendues. On en demandait autant que pour le premier opus, et voilà ! Le gant est relevé, le lecteur satisfait, l'auteur en remettra une couche avec un troisième volet, à paraître.

Marion Godefroid-Richert


  

Le landais volant

Nicolas DUMONTHEUIL

Futuropolis, 2009
Tome 1: conversation avec un margouillat
71 pages. 15 euros



Le baron, Jean-Dextre Pandar, gascon de Cadillac, sillonne l'Afrique de l'ouest depuis deux mois. Il parcourt le Mali, le Burkina Fasso et le Bénin, observant et absorbant l'Afrique.

Le baron, c'est un personnage ! Un noble qui décoiffe, branché limousine et qui surfe sur le mascaret de Cadillac ou se retrouve écrasé sous les piliers d'une mêlée de rugby. Bref, pas guindé le sang bleu. Le v'la parti pour l'Afrique, pétri de bonnes intentions et souhaitant surtout ne pas être taxé de colon : il ne distribue pas son argent pour éviter de pourrir l'authenticité des africains. Lourde tâche !

Le personnage est croquignol, très Tartarin. Le représentant de l'humanisme gascon s'exprime dans la sophistication, ne souffrant "point que l'on morigénât le chauffeur". L'humour est distingué, so british. Il y a de jolies trouvailles : ainsi le Bounty  est, l'africain noir dehors et blanc dedans. Les textes, placés au dessus des dessins, sont ciselés. Humour et ironie sont l'écume du doute, se dit J. Dextre de Cadillac, fier de ses qualités, sans tomber dans la fatuité. Parfois un peu trop et leur longueur, passé le premier moment d'étonnement, casse un peu le rythme de cette histoire.

L'aspect initiatique de l'Afrique est présent : on apprend ainsi que les femmes claquent des mains en pilant le mil afin d'éviter que ces mains ne s'échauffent.

Le dessin est chaleureux, tout en rouge et orange. Le baron a un vrai "look", petit, grassouillet et portant une queue de cheval.
C'est drôle et original. Les premières pages intriguent, amusent et intéressent sans conteste le lecteur. Le personnage principal est truculent : un vrai cas, représentatif de la superbe de Cyrano, son nez étant probablement un clin d'oeil à son illustre compatriote. J'avoue que pour moi, cet humour ne m'a pas tenu passionné durant les 72 pages de l'album, mais j'apprécie tout de même l'originalité de ce travail.

Marc Suquet


Soient les aventures d'un noble désargenté, gascon, aventurier et sentimental. Le baron Jean-Dextre Pandar de Cadillac est originaire comme son nom l'indique de la bourgade de Cadillac sur Garonne. Il se rend en Afrique goûter au soleil sec et à la moiteur sonore des nuits de brousse. Jeunes beautés envoûtantes, fous caprins sanguinaires, vodounô camoiseurs de yovo égaré, tous les mystères capricieux et rigolards du continent triangulaire se mêlent aux pas du voyageur qui traverse le Mali, se pose au Burkina Faso le temps d'une nuit de saoûlerie mystique. Qu'est-ce qui participe du rêve, du cauchemar ? Les péripéties de Jean-Jean poursuivi par sa grand-mère décédée depuis deux mois sont-elles dûes au sodabi, cet alcool frelaté qui monte trop vite à la tête des toubabs, ou bien aux pouvoirs maléfiques des prêtres-sorciers qui se rient des petits blancs imbus d'eux-mêmes et de leur supériorité auto-proclamée ? Jusqu'au jour où au sortir de la douche le baron s'aperçoit d'une entorse flagrante à son intégrité...

Nicolas Dumontheuil rit de son héros et avec son héros, et on l'accompagne volontiers. Servie par un dessin proche du Tronchet du peuple des endormis, à demi enfantin et malicieux, honorée par des couleurs de terre brûlée, l'histoire est burlesque et jubilatoire, truculente et poétique. Le baron est attachant, bourré de défauts et de qualités, attendrissant de par le décalage de son esprit chevaleresque appliqué à ses relations humaines avec l'homo africanus. Surtout avec les femmes qui croisent sa route... Tartarin de Tarascon n'a pas son fleuret à Bamako, mais il a son sac à dos et son sens de la répartie. Et que dire alors de la grand-mère qui vient taquiner tendrement son vaurien de petit-fils en lui demandant régulièrement de lui tenir un conil (un lapin comprendra-t-on) pour qu'elle l'égorge tranquillement? On en redemande, vivement la suite !

Marion Godefroid-Richert

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