Saint-Germain, puis rouler vers l'ouest!

Bruno LE FLOC'H

Dargaud, 2009
81 pages. 15 euros



Alexis, joueur de saxophone de son état, est volage et découche plus souvent qu'à son tour. Un jour ou bien un matin de trop, il revient à l'aube dans son appartement parisien déserté par la douce Mary. Une rapide enquête le jette sur la route à la poursuite de sa belle enfuie, qui serait en cavale pour Dinard. Mais bientôt l'heureux voyageur se mêle et s'emmêle dans toutes les femelles qui se jettent dans ses pas ou ses roues et le voilà qui voit Mary partout...

On a du mal à se remettre d'un film aussi extraordinaire que Certains l'aiment chaud. Marilyn et ses robes cousues sur elles, qui lui font une seconde peau de soie et de paillettes (et quelle peau !). Tony Curtis et sa belle gueule d'ange sur le point de déchoir, filou. Et toute la légende qui entoure depuis les maudits joueurs de saxophone, censément l'archétype du mâle irrésistible et totalement indigne de foi ! Il faut croire que l'auteur a fort peu digéré le cliché puisque son Alexis donne de furieuses envies à n'importe quelle personne adulte (homme ou femme, d'ailleurs) confrontée à ses pseudo-errances et ses atermoiements de lui coller une bonne gifle et de le laisser sur le bord de la nationale aussi sec, assis sur son biniou. Ou sa bombarde. Au choix de refermer sur l'heure l'album au bout de trois cases. Si on s'entête bêtement par conscience littéraire, c'est à tort. Le héros est parfaitement irritant. Le mythe de l'éternel féminin distillé par toutes les femmes sur sa route navrant. Le complexe du séducteur compulsif lassant, redondant, épuisant. Le dessin sauve-t-il l'ensemble ? Et bien vous vous serez rendu compte que je n'ai pas encore abordé le sujet. Ca va en rester là. Si le sujet du devoir était : illustrez un cliché en collant au plus près à ses codes, le pari est réussi. Par contre pour tous ceux qui considèrent que le pire ratage des films de Blake Edwards est L'amour est une grande aventure, passez votre chemin.

Marion Godefroid-Richert


L'a pas aimé notre chroniqueuse préférée, Marion. Ben moi non plus !  Le "road movie", style jazzy, proposé par Bruno le Floch est assez fade. Le personnage principal, Alexis, n'est guère attirant, tout en froideur, en Craven allumées l'une derrière l'autre et en indécision. Le type même du genre gonflant et qui se la pète. P't'être bien qu'elle avait pas tort de se casser, Mary ?

Tout ça aurait pu faire une histoire sympa. Mais, le scénario n'est fait que des rencontres d'Alexis, sur sa route vers Mary : de Marilie, la jeune fille qui ne parle guère mais joue dans une fanfare à Marie, avec un ie à la fin et donc pas celle qu'il cherche, qu'il va épouser pour la seule raison que le vrai mari n'est pas venu à l'église : rien de bien passionnant là dedans, tant pour les caractères rencontrés que pour les tranches de vie décrites. C'est parfois classe, comme Monsieur Duval qui demande dans son bar préféré un ballon, juste pour avoir quelque chose "à dégueuler" lors du Tour de France ! Alors c'est vrai que l'on s'embête un peu en espérant que la page suivante va amener des éléments plus prenants, mais non ! Et çà n'est pas la fin très fleur bleue, du retour de Mary qui va changer l'impression générale.

Coté dessin, ça n'est pas non plus sophistiqué. Peu de détails, allant même parfois jusqu'à des taches de couleurs sur les visages sans aucun élément dessiné. Les paysages et les ciels sont un peu oubliés et les cases sont souvent remplies de larges surfaces d'une même couleur, destinées à figurer ces éléments mais avec bien peu de recherche. Une impression de vide s'en dégage, probablement destinée à souligner l'errance d'Alexis mais qui a bien du mal à réjouir l'amateur.

Bref, c'est pas le pied !

Marc Suquet

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