Pitié pour Constance

André FORTIN

Jigal, 2011



Malgré son père député conservateur bon teint, Constance Sicardi, la figure des écolos durs, est enlevée à la fin d'un meeting dans la ville de Marseille. Le juge Galtier prend l'affaire en main.

Constance, c'est la fille qui répète l'histoire éternelle de l'enfant : celui qui, une fois l'âge atteint, s'éloigne de ses parents. Et ce d'autant plus que son père ne tient pas ses promesses politiques. Alors, Constance ira se réfugier dans le camp d'en face. Mais elle évite aussi son paternel et ne va même plus le voir dans son pied à terre parisien.

Dans la vision de certains conseillers sur le président de la République, on sent poindre une critique bien actuelle : "C'était un type qui était tout à sa réussite, seule sa réussite personnelle comptait. Il n'avait pas d'idées. Il avait une vague culture libérale, un simple vernis, aimait l'Amérique...". Pensez vous à quelqu'un, M. Fortin ?

Malgré tout, le style long et lent de l'auteur alourdit un peu le bouquin. On passe des pages sans dialogues et l'ensemble se révèle parfois un peu trop lourd. La description des personnages me semble également assez superficielle.

Bref, le livre aurait pu être bon car le sujet est sympa. Mais le style plombe un peu l'ensemble. Dommage.

On trouvera ici une description du bouquin.

Marc Suquet


  

Un été grec

André FORTIN

Jigal, 2009
272 pages. 16 euros



Alors qu'il s'apprête à partir en vacances en Grèce, un juge d'instruction se voit charger d'une affaire, "une petite affaire, tout au moins en apparence" : Yan Tessot, un jeune adolescent, a été retrouvé noyé dans les calanques. Rien ne va à l'encontre de la thèse de la noyade accidentelle mais le juge décide de ne pas classer l'affaire. Yan Tussot était un très bon nageur et, surtout, surtout, l'attitude de la famille le déconcerte : la famille Tussot n'est pas claire, pas claire du tout.
Le juge décide donc de mener l'instruction de Grèce, avec l'aide de l'inspecteur Justin, "un sacré flic de terrain", qui enquêtera pour lui à Marseille. Le juge qui se passionne de plus en plus pour la Grèce, surtout son histoire, ne peut savoir qu'une quarantaine d'années auparavant, un jeune étudiant grec, Apostolos Stepanopoulos, a vécu des moments heureux et dramatiques, non loin du lieu de villégiature où il séjourne avec son épouse et leurs deux enfants.

"Vous êtes, sauf votre respect, un peu comme ces animaux domestiques qui, devenus trop civilisés, ont en chemin perdu certains de leurs instincts. Ce n'est pas notre cas. Nous sommes encore sauvages, nous autres Grecs, et ressentons des choses qui vous échappent". (p 270)

Un juge d'instruction (il ne sera jamais nommé), quinquagénaire, "un type carré, rationnel", va voir son existence totalement bouleversée par une affaire lourde et douloureuse. Il va être amené à se poser des questions, pas nouvelles certes, mais qu'il ne s'était jamais posées avec tant d'acuité.

"Etre juge, ça voulait dire quoi ? Et même un juge, c'était quoi ?"

Il va perdre le feu sacré. Le bien ? Le mal ? Tout finit par se mélanger dans son esprit.

Quand on sait qu'André Fortin est lui-même juge, on peut considérer que l'on affaire à un expert. Alors ce roman est-il une catharsis ?
"Probablement une catharsis, mais inconsciente", répond l'auteur à Joël Jegouzo (K-libre 2009). "Ce qui m'importait, c'était avant tout l'histoire de la Grèce".

Fasciné par la Grèce, par la résistance grecque, André Fortin, à travers l'histoire émouvante d'Apostolos Stepanopoulos, rappelle à notre bon souvenir que le 12 avril 1967 des militaires prirent le pouvoir en Grèce et y établirent une dictature sanglante qui passa quelque peu inaperçue dans le reste du monde.

Une intrigue très écrite, très bien construite (deux histoires où se mêlent Histoire, Politique, Justice, Vengeance, menées en parallèle et qui vont finir par se télescoper), des personnages attachants, un récit bouleversant font de cet ouvrage un roman de qualité. De très grande qualité ! Une très agréable surprise !

Roque Le Gall

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