Trompe la mort

Alexandre CLERISSE

Dargaud, 2009
64 pages. 14 euros



A 85 ans, Marcel est carrément un peu râleur. Sa petite fille, conductrice d'un bus qui ramasse ses passagers de village en village, l'emmène chercher son clairon disparu. Dans cette quête, ils retrouveront de nombreux souvenirs de la guerre 39-45 que Marcel a vécue.

Les personnages sont intéressants : Marcel, un ex-soldat vraiment bourru et souvent franchement pénible. Andréa, sa petite fille très écolo qui promène, avec son bus alternatif, des passagers entre les villages. Le scénario s'enrichit d'une récupération politique par le député maire qui trouve en Marcel un allié motivant. Les deux époques s'entrelacent facilement : la recherche au présent du clairon et le passé avec la guerre.

Le dessin est très simple, sans grande expression et les couleurs sont vives et presque trop tranchées. L'ensemble est sympathique et assez tendre, mais j'avoue avoir eu du mal à rentrer dans cette histoire, la conséquence de couleurs travaillées à l'ordinateur et que je n'aime guère ou de dessins manquant de détails ?

Le titre pourrait-il être compris comme une référence au dernier album de Brassens, modifiant le sens original du mot au profit de celui qui trompe le temps et la Camarde ? Mais c'est surtout le nom d'une personne qui a échappé à la mort par miracle. Le cas de Marcel sur la ligne de front.

On trouvera sur le blog de Clérisse les différents projets de couverture de cet album.

Marc Suquet


Un vieux monsieur un peu bourru, dur de la feuille, ravi par sa petite-fille et navré par ses contemporains, qui attend de mourir sans se presser mais sans rechigner non plus. Une demoiselle aux multiples piercings, de nez et d'oreille comme de collant d'ailleurs, avec plein d'idées généreuses et alternatives et une belle volonté, très convaincue d'avoir tout compris à la vie comme on peut l'être à vingt ans. Un maire très plein d'ambition personnelle et un peu moins de dévouement à ses administrés. Et toute une clique de gens qui tournent plus loin autour du clairon du jeune appelé de 1939, disparu un jour de juin (le clairon on ne sait où et le soldat en Allemagne).

Voilà une histoire que nous avons quasiment tous entendu sous des formes diverses, trentenaires qui avons eu la chance de voir revenir sauf un aïeul échappé par miracle à cette atroce moulinette à jeunes gens que fut la "grande guerre". Pour peu que le grand-père n'aie pas sombré dans un mutisme inébranlable, il aura versé pour beaucoup d'entre nous dans un radotage dont on a peine à comprendre, à dix ou vingt ans, ce qu'il recouvre d'énorme traumatisme. Alexandre Clérisse a choisi de faire de cette histoire personnelle d'il y a plus d'un demi-siècle maintenant une histoire d'aujourd'hui. Certaines choses changent, d'autres pas. Les femmes d'aujourd'hui se lancent dans l'aventure avec des petits trous partout qui symbolisent une certaine emprise sur leur destin. Elles chérissent toujours leurs vieilles têtes de bois par contre, et sortent leurs griffes pour les protéger d'un millénaire qui ne leur fait pas beaucoup de place si ce n'est pour les ériger avant l'heure en monolithes célébratifs du sacrifice patriotique. Et le vieux Marcel fait un papi ronchon parfait, acheteur de raclettes pour douze et de gourmandises sucrées pour une petite-fille qu'il ne voit pas grandir. On se laisse attendrir et révolter au fil des pages de ce récit très humain, suivant les péripéties de 2008 ou de 1939. Le dessin très naïf fait une petite coque tendre à cette noix un peu amère, un peu rassie qui fleure le "verbe d'antan". Une jolie réussite et un joli hommage.

Marion Godefroid-Richert


Marcel a  85 ans, est passablement râleur et s'ennuie. En rentrant d'une promenade, il fait un petit tour par le marché et déniche un clairon cabossé datant visiblement de la dernière guerre. Avec lui, Marcel est submergé par les souvenirs de sa guerre dans laquelle il est enrôlé comme ... clairon. Il décide alors, avec l'aide de sa petite fille Andréa et de son "taxi clairière" de retourner sur les lieux où il a enterré son cher instrument, afin de souffler une dernière fois dedans... Mais ils ne sont pas au bout de leurs surprises.

C'est une histoire personnelle, celle de son grand père, que Clérisse a choisi (pour notre plus grand plaisir) de raconter dans son deuxième album (premier "Jazz Club" Dargaud 2007). Et cela sent le vécu. En effet entre le grand père "radoteur" et sa petite fille plutôt genre "libérée" ce n'est pas toujours la grande écoute mais qu'est ce qu'ils s'aiment ces deux là... Cette recherche du clairon va les amener à croiser la route de personnages hauts en couleurs et permettre à Clérisse de raconter sa version (celle de son grand père ?) de la guerre côté jeunes recrues mortes de trouille mais vivantes... ça oui vivantes !

Le trait très particulier de Clérisse contribue indéniablement à servir cette ambiance de tranche de vie joyeuse teintée d'une touche de nostalgie.
A lire

Annecat

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