Marius 1954

Olivier BERLION, Xavier DELAPORTE, Jérôme FELIX, GALANDON, Damien MARIE

Bamboo, 2012
La Lignée, T. 2



Dans la famille Brossard, on meurt à trente-trois ans. Après l'histoire d'Antonin en 1937 durant la guerre d'Espagne, voici celle de son fils Marius, quinze années plus tard. Prêtre, Marius débarque à Brest en 1954, en pleines manifestations ouvrières.

C'est du social et du lourd dans cet album. Mais c'est le legs de notre ville : six à sept mille ouvriers qui se succèdent pour reconstruire Brest dévastée par la guerre. Un contexte bien rappelé par le dossier spécial placé en fin d'album et préparé avec l'aide de la ville mais aussi de fins connaisseurs comme Kris.

L'album rappelle aussi des événements qui font le passé de Brest, comme les baraques où logeaient les Brestois, chassés de leur maison par les bombardements ou encore l'explosion de l'Ocean Liberty, un cargo norvégien, le 28 juillet 1947 et qui fera trente-trois morts. L'album donne à ce désastre un tour qui a tout d'une fiction comme le rappellent avec honnêteté les auteurs en début d'album. Mais ils n'oublient pas Yves Bignon et Francois Quéré, deux marins qui se sacrifièrent afin d'éviter l'explosion du bateau.

Le mouvement des prêtres ouvriers est évoqué avec René qui n'hésite pas à donner un coup de pouce aux actions ouvrières même en étant parfois un poil borderline ! Le cynisme patronal est joliment décrit : les ouvriers se sentent forts et peuvent faire grève car le plein emploi règne. Avec un chômage plus élevé, ils seraient bien moins combatifs envers le patronat... Une attitude qui ne surprendrait plus guère de nos jours tant la crise a pu s'expliquer par la possibilité de liquidation du social qu'elle permet !

C'est plutôt pas mal parce que bien conçu à partir d'une base historique solide et s'immisçant dans des milieux très différents (Eglise, mouvement ouvrier, bourgeoisie...). Le scénario apparaît parfois un poil caricatural mais le cynisme patronal est vérifié quotidiennement et les héros comme Yves Bignon et Francois Quéré ne sont pas un mythe.

Marc Suquet


  

Antonin 1937

Olivier BERLION, Jérôme FÉLIX, GALANDON, Damien MARIE

Bamboo, 2012
La Lignée, T. 1



Pas marrant d'appartenir à une famille dans laquelle les aînés passent tous l'arme à gauche à l'âge de trente-trois ans. Antonin, à une année de la date en question, largue femme visiblement pas très rigolote (mais bon, Antonin papillonne quelque peu en ville...) et milieu bourgeois pour filer le train à sa copine en direction de la guerre d'Espagne.

Soyons clairs, je n'ai pas aimé ce premier album d'une tétralogie qui en elle même constitue un tour de force : associer quatre scénaristes travaillant sur tous les albums et quatre dessinateurs qui, eux, ne bossent que sur un seul. Oui mais voilà, la présentation de la guerre d'Espagne me semble caricaturale : genre les bons d'un côté, les républicains, les salauds de l'autre, les nationalistes. C'est partiellement vrai, mais c'est aussi oublier la tiédeur de la réaction de Staline, qui, sous prétexte de soutenir les républicains, en profite pour nettoyer les Brigades internationales de tous les éléments opposés, comprendre non-staliniens, et des anarchistes : on trouvera des éléments sur ce sujet dans Hommage a la Catalogne de George Orwell mais aussi dans Land and Freedom de Ken Loach. L'image d'Epinal esquissée par cet album en prend un sérieux coup ! Il reste le courage des Brigades internationales dont les membres viennent de toute l'Europe combattre les nationalistes avec leur cri de ralliement : No pasaran !

Je n'aime guère non plus le dessin : des visages et expressions simples et dénués de détails. De gros traits noirs soulignent mais aussi alourdissent l'ensemble.

En tant que Brestois, nous attendons avec beaucoup d'impatience le deuxième tome qui décrira notre Brest chérie en 1954, juste après la guerre et ses bombardements : une période que les habitants de cette ville martyre n'oublient pas.

Marc Suquet


  

Félix

A. DAN, GALANDON

Bamboo, 2012
Pour un peu de bonheur, T. 1



1919, Félix revient dans son village des Pyrénées, de retour de la grande guerre où il a laissé la moitié de son visage. Difficile de refaire sa place auprès de sa femme Esther et de son fils Émile. Plus d'une trentaine d'animaux domestiques ont été abattus dans les pâturages du village par un tireur mystérieux.

L'album est plein de mystères : qui est ce mystérieux tireur qui flingue des animaux domestiques avec des balles d'origine allemande et qui mange des sardines Amieux frères, vendues par Adrien l'épicier du village ? Quel est le projet que propose Félix à son fils Emile et qui semble passionner l'adolescent ? Le mari et la femme séparés par la guerre vont-ils se retrouver ?

La BD s'achève par un dossier bien documenté de huit pages sur la chirurgie maxillo-faciale pendant la Grande Guerre auquel ont contribué plusieurs médecins du Service central des armées.

L'album, de teneur classique, est bien construit. Le dessin sans surprise, soutient bien l'histoire. Pas mal... Et puis j'aimerais tout de même bien avoir des réponses à mes ??? Il n'y a guère que le titre qui manque un peu d'inspiration.

Marc Suquet


  

La Trahison

ANLOR, GALANDON

Bamboo, 2012
Les Innocents coupables, T. 2



Retour dans ce deuxième tome dans la colonie pénitentiaire des Marronniers en 1912. Honoré (peut-être le fils de Jules Bonnot) et Miguel s'échappent. Les autres restent, matés par le surveillant Jacquard et le nouveau grand frère ou maton, le Marbré.

On est dans un univers de violence : tant avec les gardiens qu'entre les colons, que l'on pourrait appeler plus simplement prisonniers. Clair qu'à ce jeu-là, seuls les plus solides s'en sortent. Et pourtant, Jean n'a pas le look du colon classique : un intello sensible qui cherche à alerter l'extérieur des conditions de vie aux Marronniers mais tout autant charmé par Angèle, la fille du directeur de la colonie.

La série a le gros avantage de s'intéresser à ces colonies pénitentiaires pour enfants. Des lieux bien peu décrits par la bande dessinée. On suit avec intérêt les histoires des quatre colons, leurs vengeances, les négociations entre colons monnayées à coups de dessins érotiques, la fuite éperdue de Miguel mais aussi l'enquête du journaliste qui ne percevra pas la dureté des lieux. J'ai également aimé les retours en arrière, décrivant l'histoire passée des colons.

Bref, un album qui poursuit plutôt bien cette série mais dont on imagine qu'il est plutôt destiné aux adolescents.

Marc Suquet


  

La Fuite

ANLOR, GALANDON

Bamboo, 2011
Les Innocents coupables, T. 1



1912. Jean, Adrien, Miguel et Honoré, quatre ados qui ont fait quelques c... Capturés, ils sont envoyés à la colonie pénitentiaire des Marronniers, un endroit d'où on ne s'évade pas. Et pourtant, les quatre compères ne s'avouent pas vaincus, refusant d'être écrasés par le système.

Les colonies pénitentiaires sont de véritables bagnes pour enfants qui y subissent des mauvais traitements physiques et jusqu'à des sévices sexuels. L'une des plus dures est celle de Belle-Ile-en-Mer, où sont envoyés des ados de plus de treize ans, condamnés le plus souvent pour des vols qui font hélas sourire aujourd'hui (tuile d'église, saucisse...). On peut être condamné par le curé du village pour des raisons qui semblent totalement ridicules : "fume ostensiblement, ne retire pas sa casquette et tient des propos irrévérencieux au passage d'une procession". On trouvera ici un poème de Prévert, écrit après la révolte des enfants de la colonie pénitentiaire de Belle-Ile-en-Mer.

Au menu de la journée des quatre enfants de l'album : casser des cailloux, se geler les pieds dans des sabots ou encore devenir le mignon du capo local... Bref, un endroit particulièrement dur pour des ados de cet âge ! Pour résister aux Marronniers, chacun à sa technique : prétendre que l'on est le fils de Jules Bonnot ou relire sans cesse les lettres de sa famille. La colonie pénitentiaire, c'est aussi une histoire d'amitié qui naît dans le panier à salades entre les quatre gosses qui savent que leur seule chance est de rester unis. Et puis, omniprésente, une citation : le vrai courage ne se laisse jamais abattre.

J'ai bien aimé cet album, pour son sujet d'abord. Les colonies pénitentiaires sont une vraie page, peu glorieuse, de notre histoire et ne sont guère traitées en BD. J'ai aimé également les détails donnés sur chacun des quatre : de sa vie passée, de ses réactions dans la colonie ou encore du méfait commis (pour Jean, c'est le vol d'un saucisson !). Le dessin d'Anlor est plutot agréable, sans trop de détails. La colorisation, elle, est un peu trop ordinateur à mon gout.

Une série qui démarre plutôt bien !

Marc Suquet


  

Quand souffle le vent

BONIN, GALANDON

Dargaud, 2009
56 pages. 14 euros



Dans le nord de la France au début du 20e siècle, des mineurs se mettent en grève. Pour ne pas paralyser la production, le directeur de la mine embauche des tsiganes récemment arrivés au village.

Le scénario est simple : une histoire sociale dans laquelle s'entremêlent des destins individuels. Un classique parfois un peu trop simple pour qu'on en sorte captivé. Les personnages sont marqués mais suivent un schéma un brin classique à la Roméo et Juliette : un gadjé amoureux d'une tsigane. Même si ça n'est pas désagréable, tout cela sent le déjà vu. Ça n'est donc pas ennuyeux mais plus simplement un brin convenu. Cela sent le Zola ou les Misérables avec Renaud, tatatata..., mais en plus caricatural et moins dense.

Les dessins m'ont plu, avec une dominante assez grise ou pâle, la couleur des mines et d'une vie difficile. Les visages me semblent souvent un peu simplifiés et manquant de finesse.

Un album bien classique dans lequel on ne s'ennuie pas mais où il ne faut pas traquer la surprise.

Marc Suquet


Dans cette collection de chez Dargaud on trouve des pépites d'une qualité à part: Là où vont nos pères de Shaun Tan, album d'un graphisme ébouriffant, et aussi de Abolin et Pont Où le regard ne porte pas, d'une poésie rare. Alors bien sûr on se penche avec gourmandise sur une nouvelle sortie, l'a-priori plutôt positif au départ. Autant dire que cette fois-ci on ne crie pas à la mauvaise pioche mais on oubliera vite avoir tourné ces 56 pages.
Comme l'a si bien dit Marc Suquet, fin connaisseur du septième art dans la chronique qu'il a consacrée à cet ouvrage, rien de neuf sous le soleil. L'académisme assumé de l'histoire est présente sur le fond comme dans la forme, de bonne facture certes, mais du coup effectivement on n'en ressort pas passionné. De belles couleurs, une atmosphère "début de siècle" bien rendue, une histoire d'amour et de trahison romantique mais qui n'atteint pas la dimension d'une tragédie grecque (peut-être est-ce là la petite déception qu'on ressent à la fin du récit ?). Le classique a du bon, certainement, tant qu'on continue à l'alimenter en le renouvelant. Pari non tenu ici, bien qu'il y ait certainement quelques qualités indéniables (quelques clichés sont évités, ainsi que l'happy-end à tout prix). Rien de nul ni d'exceptionnel, que dire de plus ?

Marion Godefroid-Richert

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