Mon frère le fou

SERA

Futuropolis, 2009
82 pages. 17 euros



Gaël et Joël sont tous deux frères et pêcheurs à la pointe du Raz. Le premier est doué, observateur et consciencieux, le second, sans grand talent ni courage. Plutôt du genre à porter, sans se secouer, la culpabilité d'un père disparu en mer à bord de son bateau, le Gradlon.

Il y a dans cette histoire, tous les éléments d'un récit de caractère. La pointe du Raz, un vrai éperon de granit situé tout au bout de la Bretagne, séparé de l'ile de Sein par un détroit parcouru de courants violents. Un endroit dans lequel on ne plaisante pas. Le détroit est sillonné par les pêcheurs de bar, des gens d'éthique qui pêchent à la ligne : pas de chaluts pélagiques, de filets maillant ou de sennes coulissantes. Les ligneurs partent seuls sur leur petit bateau de 5 à 10m, dans la chaussée de Keller là où la mer bouillonne. Et les oiseaux, les goélands bien sur, mais en Bretagne on en voit tant et souvent autour des décharges qu'ils ne sont pas les plus recherchés, mais aussi les fous de Bassan : c'est une vraie coopération entre l'oiseau et l'homme, chacun cherchant la même proie : le bar. Lui c'est, le roi des poissons, celui qui chasse dans le "jus" du raz de Sein.

Pour mieux connaître cette pêche, le mieux est de voir le reportage de Marc Sambi. On trouvera aussi ici quelques photos qui font facilement percevoir le coté délicat de l'environnement journalier de ces artistes de la pêche.

Enfin, il y a la mère, celle dont l'homme est mort en pêche et qui a tant de mal à survivre.

Alors, même si le scénario est simple, il y a du caractère dans cette nouvelle histoire de Séra. Le dessin quant à lui est superbe, habité par la fierté du coin. Un bel album !

Marc Suquet


On dirait que Séra a volé le ciel de la Bretagne, tant sa plume recouvre de lavis argenté le fil de ses pages de papier, d'écume étincelante la crête des vagues majestueuses de la pointe du Raz. On dirait aussi qu'il a réussi à capter toute la magie du Barzaz Breizh tant son récit confine à l'ellipse, noire et grise, pour conter des frères ennemis, un père disparu en mer, une mère qui s'est mise en terre prématurément. Le dessin est magnifique, l'histoire très simple et un peu énigmatique. Le fou de Bassan et son iris cerclé de noir promène ses ailes de planeur des cîmes au gré des cases pour guider ou bien accompagner les quelques bipèdes égarés de Dournenez qui se débattent au large des eaux grises de la baie des trépassés, maudit karma ! L'album tient plus du poème dessiné, de l'épopée du pêcheur à celle de la muse blonde et joggeuse dont l'apparition signe le retour à la vie de la mère, et à la paix des deux frères. De quoi parler à la celtitude de tous les émigrés péninsulaires de la terre. A lire pour des cases de pur enchantement visuel.

Marion Godefroid-Richert

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