PARIS-BREST

Tanguy VIEL

Minuit, 2009
189 pages. 14 euros



Rencontre au Café de la Librairie Dialogues - Lundi 9 mars 2009

"Choses vues, entendues" (Extraits)

Si je fréquente parfois "Le Café Dialogues" (Ah, leur chocolat viennois ! Quel délice !...) et très régulièrement la Librairie - et cela depuis des lustres - on ne peut pas dire que je sois un habitué des rencontres d'auteurs. Je ne m'y rends que de temps en temps. Je tenais, par contre, à "rencontrer" Tanguy Viel et cela pour diverses raisons :
- J'avais beaucoup aimé ses ouvrages précédents.
- J'ai encore davantage apprécié ce dernier roman.

En outre, j'avais une "énigme à résoudre". Quelqu'un qui m'est très proche - appelons le Ramon - a naguère croisé le chemin de Tanguy Viel, du côté de Tours. Ramon m'a raconté que Tanguy Viel y avait été victime d'un vol. Le vol d'un instrument de musique. Le coupable n'était pas le fils Kermeur. "Pas une guitare ! Non !... Un instrument plus "exotique". J'ai oublié"  m'a dit Ramon.

17h45 : le Café est déjà plein. Je réussis malgré tout à trouver une place assise. L'une des dernières. Un tabouret au fond de la salle. Coincé contre le mur, ce ne sera pas facile de prendre quelques notes. Je vais tout de même essayer.

Mes deux plus proches voisines. Deux dames "très comme il faut" (du "Cercle Marin" ?). Elles semblent vaguement se connaître.

- Vous venez à toutes les rencontres ?

- A toutes celles qui m'intéressent.

- Je vois que vous avez le livre de Tanguy Viel. Vous l'avez lu ?

- Non. Je l'achèterai peut-être, en sortant.

18H pile. "Il" est là, mais je ne le vois pas. Pas plus que l'animatrice (qui, on va vite s'en apercevoir, connaît son Tanguy Viel sur le bout des ongles. Elle dirigera parfaitement le débat !).

...Tanguy Viel : je voulais être écrivain depuis l'âge de 9 ans. Je voulais être Balzac. Balzac reste le romancier par excellence, pour moi.

[Cela tombe bien. La critique a été unanime, a parlé d'écrivain talentueux, de roman BALZACIEN post-moderne, parfaitement maîtrisé]

Question : Ce livre est le plus personnel, le plus intime. Tout le reste semble un travail préparatoire pour publier ce roman là.

Tanguy Viel : C'est inquiétant !

(Rires. Tanguy Viel fera souvent rire le public)

Question : Ecrire, est-ce une manière de se libérer de l'étau du poids du passé ?

Tanguy Viel : Oui, en plus, j'écris mes romans à la première personne. J'utilise le roman comme la scène. Attention ! C'est une fiction. Mon père n'a jamais été vice-président du Stade brestois. On ne peut écrire que sur ce que l'on connaît. On s'arrange pour déguiser, maquiller les choses.

Question : PARIS-BREST n'est pas un documentaire. C'est une fiction, un roman, une comédie assez grinçante. Ce livre met en scène une histoire familiale. Louis, le narrateur, écrit sur le passé ?

Comment vous construisez votre livre ?

Il y a un montage complexe?

Tanguy Viel : Montage est le mot qui convient.
Je disposais de fragments écrits. Il y avait plein de romans possibles là-dedans. Il a fallu trouver un centre narratif. Le premier centre : Le cambriolage. Cela permettait de donner du sens à toute cette histoire d'argent.
En fait, c'est l'histoire d'un type qui revient chez lui avec l'histoire de sa famille !
J'ai mis trois ans et demi pour écrire ce livre de 175 pages.

Question : Il y a énormément d'humour, de naïveté?

Tanguy Viel : Il faut en avoir pour écrire. Il faut être bête, naïf, pour être romancier.

Question : Le fils Kermeur est un personnage très important. Il permet la transgression. Lui seul dit la vérité. Sorte de double du narrateur, il est la part d'ombre de Louis ?

Tanguy Viel : C'est bien d'avoir une figure qui double le narrateur. Il fallait une force qui guide le narrateur. Kermeur prend toutes les décisions pour faire avancer le roman. On peut le remercier ! (Rires)

Question : Au-delà de la causticité du livre, on sent chez Louis une grande solitude. Il subit.

Tanguy Viel : C'est à cause du Jardin Kennedy ! (Rires)

Question : Vos précédents livres ont été remarqués par la critique qui encense votre nouvel ouvrage. Elle parle d'un des romanciers les plus doués de sa génération. De plus, vous figurez dans les meilleures ventes, depuis 7 semaines. Comment vivez-vous tout cela ?

Tanguy Viel : Plutôt bien, en fait ! (Rires)

Question : Est-ce que PARIS-BREST marque un tournant ?...

Tanguy Viel : Je ne pourrai rester indemne de la réception de ce livre. C'est le début de quelque chose plutôt que la fin.

Un jeune homme intervient : "Je n'ai pas de question. Je voulais juste dire que vous êtes un bon romancier !"

Applaudissements. Tout le monde semble d'accord.

19h : Début des dédicaces

Ma voisine : "Je vais acheter le livre"

Au fait, Ramon, j'ai la réponse :

L'instrument dérobé était une scie musicale !

Bravo et merci à Dialogues !

Roque Le Gall

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