Cette chanson que je n'oublierai jamais

Mary HIGGINS CLARK

L.G.F., 2009
375 pages. 7 euros



Il est bon de ne pas négliger les classiques. MHC en est devenue une au fil du temps, peut-être à son corps défendant. La dame est-elle consciente de représenter un grand exemple de polar-Harlequin ? Une espèce de Barbara Cartland du thriller de plage. Une rencontre improbable du roman-photo et du roman de gare. Ca ne lui ôte en aucun cas ses qualités : très facilement lisible, très prévisible, très reposant, très agréable car ne nécessitant aucun effort de projection, ni d'imagination. Vous êtes probablement en train de vous demander pourquoi je ne parle pas de l'intrigue de Cette chanson que je n'oublierai jamais ? Aucun intérêt. Il y a une héroïne, forcément belle, jeune, intelligente et d'une haute teneur morale. Elle tombe amoureuse. Il est bien sûr très riche, avec (je cite) un profil séduisant, une mâchoire volontaire, et de multiples visages. Gravitent autour d'eux une galerie toute aussi peu originale de seconds couteaux: la belle-mère dépensière entichée d'un bon-à-rien de rejeton peu reluisant, le couple de domestiques dévoués dont le mari dissimule de lourds secrets, la grand-mère protectrice attachante mais si agaçante parfois, je m'arrête là vous voyez de quoi il retourne. C'est d'ailleurs confondant qu'au bout de trente ans d'écriture la grande dame puisse toujours disserter sur les mêmes personnages, utiliser les mêmes ficelles, faire évoluer ses scénarios dans les mêmes endroits (je re-cite) qui respirent le luxe discret et le bon goût pour les plus fortunés, et tellement charmants et vivants même si meublés de bric et de broc pour les plus modestes. Et de se dire qu'à la fin ses happy-ends respirent toujours autant le moralisme puritain tellement en vogue outre-atlantique. Le couple de tourtereaux se retrouve réuni et la barrière de classe n'en constitue absolument pas une (de barrière,vous me suivez ?), les différentes personnes décédées violemment le méritaient (ici une jeune demoiselle exquise mais toxicomane, là une jeune femme brillante mais ô scandale, enceinte et alcoolique, etc). Cela peut laisser perplexe pris au premier degré, puis on se dit qu'il y aurait une thèse à développer sur cet étrange fantasme social chez l'auteur et ses lecteurs. Enfin pour conclure, si vous avez quelques heures à tuer sur la plage cet été, MHC est toujours fréquentable. Vous n'irez pas vous jeter sur du paracétamol pour attaquer de bonne humeur l'apéro du soir après.

Marion Godefroid-Richert

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