Cartoon

Marshall KARP

Cherche-Midi, 2009
545 pages. 23 euros



Pim pon le lapin s'est fait dessouder dans le parc d'attractions Lamaar, enfin le gars qui était dans Pim pon le lapin plus précisément! il s'avèrera vite que le gars en question était un vilain pédophile qui tenait là un job en or à distraire les petits enfants en les tripotant avec ses grosses papattes en peluche. Nommé sur l'enquête nous rencontrons l'inspecteur Lomax qui raconte l'histoire et son collègue moche mais sympa. L'enquête prendra vite un tour inattendu lorsqu'on s'apercevra que le crime n'émane pas d'un justicier pourfendeur de pédophiles (qui mériterait une médaille selon Lomax père ...) mais plutôt la première étape d'une conspiration visant à détruire l'empire Lamaar en l'acculant à la faillite.

L'enquête suit donc son cours mollement, engluée par les démêlés sentimentaux de l'inspecteur Lomax accessoirement veuf éploré dont feu l'épouse a eu la délicate attention de laisser une pile de lettres à ouvrir mensuellement après son trépas (Beurk !), lettres d'une cucutterie rare ou elle l'assure de son amour immortel maintenant qu'elle danse dans les bras de Jésus !

Notre héros poursuit donc son enquête en aidant son père à sauver les miches de son petit frère qui s'est fourré dans les ennuis, il a donc deux fers au feu comme on dit, mais il faut bien qu'il songe à se recaser, malgré sa loyauté à la défunte, il faut bien que le corps exulte ! d'ailleurs il a des vues sur une charmante infirmière présentée par son père, et il est vraiment temps car à la vue d'un "cul fabuleux" ou d'un 100 C le monsieur sent se lever une tumescence révélatrice dans le slip !

La quintessence du grotesque est atteinte lorsque l'ami Lomax, pour réaliser le rêve d'un enfant cancéreux, lui laisse manipuler son arme de service (déchargée quand même !) malgrè le doux reproche de l'infirmière, parce que, n'est-ce-pas, les circonstances sont particulières, snif...

Bref deux bons flics, bon maris, bons pères, bon frères, bons amants, bons camarades, bons chrétiens, non fumeurs, tempérants, lisses comme des galets et aussi intéressants.

L'enquête sera évidemment bouclée dans la liesse générale puisque tout fini comme dans un Barbara Cartland même pour le petit cancéreux (Ouf !) Alors appeler cet auteur le Woody Alleyn du polar, lorsqu'on a en guise d'humour quelques vannes de cul échangées entre 2 doughnuts, ou pire encore le nouveau Conelly, excusez-moi mais...

Gaëlle


Ya pas, comme dirait Isabelle Nanty tout droit sortie de son bureau de tabac dans Amélie Poulain. On a beau chercher, aucune ressemblance ni proche ni lointaine avec le style du petit crapeau juif new-yorkais le plus acidement drôle de sa génération pour ce livre au synopsis aguicheur. On peut d'ailleurs féliciter Gaëlle de l'avoir rendu si attrayant dans sa chronique précédente (ouh la vilaine!).
Un peu intrigué tout de même par cette condamnation définitive d'un obscur scénariste hollywoodien qui caresse pour la première fois la plume divine de l'écrivain de polar, on peut se saisir de l'ouvrage en cachette et le déloger de sous le bahut breton où il avait trouvé une place méritée de cale remédiant aux ravages du temps et des insectes xylophages.
Passées les quelques premières pages où le décor de déliquescence sentimentale du principal inspecteur est planté, on se laisse happer par le rythme d'un récit qui pour n'être pas haletant se laisse néanmoins agréablement suivre. Certes l'humour ne plane pas dans des hauteurs vertigineuses de subtilité, et la vision très romantique de l'amour de Lomax pour sa tendre dulcinée disparue et celle qui va lui succéder est un rien bisounoursique tendance cosmo-tellurique molleton (merci Claire Brétecher; si vous n'avez pas encore lu le dernier Agrippine qui vient de sortir ce serait sage de réparer l'oubli). Et les péripéties de l'enquête sont vaguement attendues, et on n'est pas pris par des palpitations d'expectative à chaque détour de page. Mais bon, il faut bien passer le temps, et si le corps n'exulte pas toujours il nous faut bien du talent pour être vieux sans être adulte .
Or ce petit polar qui s'étire sur un peu plus de cinq-cent quarante pages permet de se reposer la tête assez agréablement, grâce notamment à la dynamique familiale de l'inspecteur Lomax. Le manque de démonstrativité patriotique de l'auteur est plaisant, qui sait nous éviter la vogue hollywoodienne très politiquement correcte du petit doigt sur la couture du pantalon et de la main à la visière de la casquette pour déclamer avec des trémolos dans la voix toute la grandeur de l'Amérique. Donc en fait il y a bien arnaque éditoriale, ce n'est pas demain la veille qu'on nous remplacera Woody. Par contre un petit moment de littérature estivale vous attend si vous vous risquez sur l'ouvrage. Distrayant. Ce n'est déjà pas si mal.

Marion Godefroid-Richert

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