Une fessée pour Watson

Kinky FRIEDMAN

Rivages, 2009
285 pages. 9 euros



Un hurluberlu, un "weirdo from outer-space" comme diraient Calvin et Hobbes, voici venu Kinky Fridman, qui vient du Kansas et vit dans un loft à New-York. Attention ! On ne parle pas d'un de ces gigantesques espaces meublés de façon spartiate et démentiellement coûteux qui peuplent les pages de papier glacé des magazines de décoration. Il s'agirait plutôt d'un squat un peu amélioré au sein de Greenwich Village, et surmonté à l'étage d'un espace qui sert à la répétition du ballet lesbien de Winnie Katz. A force de sauts carpés et autres entrechats diaboliques des amazones de la belle le plafond du Kinkster finit par tomber. Làs ! La damnée répétitrice ne se fendra pas d'un kopeck pour la réparation et trouver un plâtrier de niveau acceptable relève de la quête arthurienne. C'est pourquoi Kinky fait appel à sa troupe de pieds-nickelés favoris pour mettre la zone dans la vie et l'appartement de Winnie, et également à une relation maffieuse redevable pour dégotter deux ouvriers habiles et compréhensifs. Se greffe sur tout ce galimatias une petite enquête personnelle de Kinky : la fille de Joe la hyène est-elle morte ou non ? Comme si tout n'était pas déjà suffisamment compliqué.

Et dire qu'on avait pas encore eu l'occasion de se frotter à cette production littéraire réjouissante ! A mi-chemin entre Richard Brautigan et Charles Bukowski se dresse Kinky Friedman, tendance félinophile. Le zigotto manie une langue truculente et sait articuler des auto-fictions (c'est le quatrième de couv' qui le dit) complètement loufoques. On les déguste comme une pina colada au soleil dans un hamac ou bien un chocolat en hiver au coin du feu, rafraîchit quand il fait chaud, réconforte quand il gèle ! En ces temps de fin de grisaille et de début de T-shirt manches courtes, on se met même à bronzer de l'intérieur. L'intrigue sert de toile de fond à des péripéties minuscules dont on s'amuse facilement. La quête d'un Watson idéal du Sherlo-kinkster se transforme en casting foutraque de princesse d'un jour par une simili-Geneviève de Fontenay azimutée mi-amphétamines mi-bourbon en habit angora. La machine à expresso devient maléfique et le plafond de l'appartement piège toute tentative de dégustation caféinesque : tombera, tombera pas ? Il faudrait encore parler du plus alienien des amis de KF, Ratso. Son sens du look, son amour pour le porc rôti chinois, son allure en collant de lycra rose. Mais on ne va pas tout dévoiler. Plus tôt vous plongerez dans le monde de Kinky , mieux ce sera pour vos zygomatiques.

Marion Godefroid-Richert

partager sur facebook :