Les Enfers virtuels

Iain M. BANKS

Robert Laffont, 2011
Roman publié en deux tomes intitulés Surface et Détails, traduits de l'anglais (Ecosse) par Patrick Dusoulier



Dans un futur très lointain, la Culture ainsi qu'une multitude de civilisations, colonisent l'ensemble des galaxies et des systèmes planétaires. Ces peuples grouillent d'espèces vivantes, aliens et panhumains, de machines, de drones et d'avatars. En effet, la vie ici ne se passe pas que dans le Réel. Elle a aussi une véritable dimension virtuelle. En basculant dans le monde numérique, on peut par exemple connaître toutes sortes de folies et de loisirs irréalisables dans le Réel. Les combats et les guerres n'ont plus lieu dans la réalité depuis bien longtemps maintenant. Tous les conflits sont réglés dans les espaces virtuels lors des simulations. Les morts sont même sauvegardés dans des paradis ou des enfers.

Et là est tout le problème. Un énorme conflit intercivilisationnel oppose depuis des années les "pro-enfers" et les "anti-enfers". Les uns veulent absolument garder en place les enfers virtuels afin de contenir les peuples et de faire peser sur eux la peur d'une punition en enfer. Les autres pensent que cela va trop loin, que les atrocités et les tortures faites aux esprits des êtres vivants envoyés là-bas sont inacceptables. Le conflit s'enlise. Certains dirigeants estiment alors qu'il est peut-être temps de faire comme autrefois et de transposer la guerre dans le Réel.

C'est dans un tel contexte que le récit des Enfers virtuels évolue et que le lecteur découvre au fil du temps un grand nombre de personnages très différents les uns des autres : de l'homme d'affaires richissime et sans scrupules (Veppers) à l'esclave née pour servir et assouvir les désirs de son maître (Lededje) en passant par les pavuléens, petits êtres à quatre pattes voulant infiltrer les enfers pour en dénoncer les horreurs, ou encore l'avatar d'un vaisseau de guerre, complètement insensible et déjanté, qui va occuper l'enveloppe corporelle d'un humain en manque de sensations fortes, faisant subir au corps tout et n'importe quoi. Evidemment, j'en passe ! Mais tout ça pour dire qu'à travers les histoires individuelles des personnages, Banks traite le conflit par toutes les approches possibles : négociations politiques et jeux de pouvoir, combats armés dans les simulations, militantisme, intimidation, vengeance personnelle... Le tableau est complet et on ne s'ennuie pas. Chaque chapitre est une histoire prise séparément dans un premier temps, puis l'étau se resserre petit à petit pour un final haletant.

La description des enfers coupe le souffle. On s'imagine (malheureusement !) très bien errer sur ces terres damnées, sans échappatoire, au ciel rougi par le sang, avec démons et anges survolant les êtres hurlant leur souffrance. Difficile d'imaginer des enfers plus terribles que ceux dépeints ici.

Le vocabulaire propre à la Culture, entièrement inventé par Banks, est assez amusant à lire mais peut perdre le lecteur lors de certains passages, notamment la description des vaisseaux au début du tome 2. Mais à part ça... un livre vraiment prenant.

Zab


  

L'Essence de l'art

Iain M. BANKS

Le Bélial', 2010



L'Essence de l'art est le premier recueil de nouvelles de Iain M. Banks, l'auteur du cycle de la Culture.
Certains des textes présentés tiennent plus du fragment que de la nouvelle réellement aboutie mais tous sont marqués du sceau de l'auteur : style efficace, humour et personnages aux antipodes des stéréotypes du genre.
Le thème principal du recueil est la découverte de notre société par les représentants de la Culture, thème exploité dans des registres assez divers allant de la bouffonerie à la critique sociale en passant par la fresque historique.
J'ai beaucoup aimé ce livre mais je pense qu'il faut avoir lu au moins quelques-uns des romans de l'auteur pour pouvoir apprécier pleinement son contenu.

Benoit Furet


  

Trames

Iain M. BANKS

Robert Laffont, 2009
600 pages. 23 euros



Dernier volet en date du cycle de la Culture, cette entité d'origine humaine qui tient un rôle de premier plan dans la société galactique, Trames est une oeuvre aux multiples facettes, comme les multiples couches de Sursamen, le monde gigogne au coeur du récit.
Deux des niveaux de ce monde sont occupés par des des sociétés humaines de type médiéval qui se livrent à une guerre de territoire sous le regard (et avec parfois un coup de pouce) des races extra-humaines plus évoluées en charge de Sursamen. Car les enjeux de ce conflit sont plus importants que ne peuvent le supposer les protagonistes : au coeur du neuvième niveau se trouvent les vestiges d'une cité érigée par une race à présent disparue et qui sait quels trésors et qules dangers peuvent receler ces ruines ?

Complots, trahisons, voyages initiatiques, le récit est foisonnant sans pour autant être fouilli et la qualité est au rendez-vous comme toujours avec Banks. Cerise sur le gâteau, l'éditeur nous fait profiter d'un article de l'auteur sur sa création, qui permet de rentrer encore plus dans l'oeuvre et éclaire d'un nouveau jour les précédents opus du cycle.

Pour ceux qui ne connaissent pas la série, chaque volume peut être lu séparément et l'ordre de lecture n'a pas à respecter celui de publication, vous n'avez donc aucune excuse. Pour ceux qui connaissent déjà, comment se fait-il que vous ne vous soyez pas déjà jetés dessus ?

Dernier point qui réjouira les nostalgiques, Laffont s'est fendu d'une couverture argentée pareille à celles en vogue au début de la collection.

Benoit Furet

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