Le Chant des sirènes

Guillaume BIANCO

Soleil, 2012
Billy Brouillard, T. 3



Troisième tome des aventures de Billy Brouillard dans le pays mortifère de l'enfance et de ses fantasmagories, Le Chant des sirènes est un hymne aux amours de vacances. Pas de couleur pastel ou même un peu dorée pour estomper les pérégrinations de Billy et de sa voisine Prune, les deux soeurs Jeanne et Abigale, chacune à une extrémité du prisme féminin. Cette fois-ci c'est le monde sous la mer qui est l'objet de la fascination de Billy pour le froid, le visqueux et le vaporeux. Il n'aurait pourtant jamais cru que l'été pourrait être si fascinant. Heureusement les sirènes sont là pour enchanter un quotidien qui serait bien morne entre colliers de coquillages et poulpe mijoté par mémé Sardine. Hélas, elles sont sujettes aux insolations, ces créatures des profondeurs marines. Prune tombe malade et délire sous l'effet de la fièvre. Seul Billy sait de quoi il retourne cependant, les adultes n'ont encore rien compris. Pour sauver son amie des griffes des démons du sixième cercle, Billy luttera pied à pied avec des monstres indescriptibles, jusqu'au maître des enfers en personne, Albucard ! De quoi enchanter tout un hiver avec des souvenirs inoubliables.

J'avais déjà dit tout le bien que je pensais du premier tome dans une précédente chronique. La qualité ne se dément pas au fil du temps et ce troisième opus est encore un enchantement rare. On est toujours plus dans le roman graphique que dans la BD. Le récit s'émaille de digressions fantastiques sur des personnages fabuleux : la fille aux chats, la petite sirène qui ne voulait plus en être une. On aime également les pages fantomatiques et farfelues sur le monde de Guillaume Bianco, morbido-steampunk. Un enchantement vous dis-je ! Devrait figurer dans toutes les bibliothèques de Noël, de Pâques et d'Halloween.

Marion Godefroid-Richert


  

Billy Brouillard Le don de trouble vue

Guillaume BIANCO

Soleil, 2008
143 pages. 21 euros



Et si Bill Watterson rencontrait Tim Burton ? Calvin se mâtine des contes de l'enfant-huître et cela donne cette création fantasque, le petit Billy, 7 ans et des lunettes qui ne servent qu'à masquer son don de trouble vue. Quand il les enlève enfin le monde cesse d'être cadré, normatif, rassurant. Les contours de la réalité s'estompent et d'étranges petites filles peuvent lui rendre visite. La princesse de la flaque d'eau qui prend soin des limaces, la fille aux couteaux qui toute petite déjà dormait dans les tiroirs de la cuisine à côté des lames les plus affûtées, la petite voisine d'à côté qui connaît tous les secrets indicibles de la mort, intrigant état qui a transformé Tarzan le chat en paillasse aplatie qui sent et ne se relève plus pour jouer aux cowboys et aux indiens. D'ailleurs c'est quoi la mort ? Billy a bien pensé à demander au père Noël mais le vieux bougre est finaud ou bien complètement stupide, il répond par circonlocutions obscures et disons-le, à côté de la plaque. Billy est obligé de mener sa propre enquête. Pas très aidé par ses parents, gêné par sa petite soeur, il est bien difficile de comprendre de quoi il retourne.

L'objet est difficilement cataloguable comme bande-dessinée. Il s'agit plus d'un livre d'images au sens noble du terme. Rigologothique, symbolique et métaphorique, fantastique et onirique, tout simplement magique ? Laissons les rimes en -ique. Cet album est original, puissant, merveilleusement illustré. Ne s'adresse pas vraiment aux enfants ni aux adultes, mais de préférence aux enfants qui sommeillent dans les adultes que nous sommes devenus. Billy Brouillard parle aux pelleteux de nuages un peu morbides qui aiment deviner dans les cumulus paresseux des lapins rattrapés par les renards plutôt que Pan-Pan qui batifole avec Bambi. Il nous rappelle cette phase peu explorée de l'enfance (du moins par les auteurs de littérature jeunesse) où on réalise le caractère inéluctable de la mort sans obtenir d'explication satisfaisante sur sa nature. Guillaume Bianco réussit le challenge d'une oeuvre introspective et ludique, sombre sans être mortifère, emplie de petits détails d'arrière-plan comme quasiment seuls Gottlib et F'Murr savaient truffer leurs rubrique-à-brac et saga des alpages respectives. Vous l'aurez deviné, je vous engage à tenter l'expérience du plongeon dans le monde de Billy Brouillard au plus vite.

Marion Godefroid-Richert

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