Duel en enfer

Bob GARCIA

Rocher, 2008
440 pages. 19 euros



Londres, 1888. Les crimes de celui qu'on va surnommer Jack l'Eventreur, terrifient la ville. L'inspecteur Abberline, qui dirige l'enqûete
demande l'aide de Sherlock Holmes. Le docteur Watson, ayant laissé sa femme partir à la campagne, l'accompagne. De fin août au 1er janvier 1889, les deux compagnons enquêteront sur cette troublante affaire. Ce sera l'une des affaires les plus difficiles du duo.
Et certainement l'une de celles que l'on doit taire.

Bob Garcia s'est amusé comme beaucoup d'autres à imaginer une affaire Sherlock/Jack. Il ne sera pas le permier, ni le dernier.
L'enquête est amusante. Les hypothèses de l'époque, mêlées à celles des holmesiens (Sherlock ou Watson coupables), s'énumèrent.
Mais le moyen mis en oeuvre est grossier.Watson s'endort toutes les deux pages, tombe amoureux d'une jeune femme qui semble connaître le meurtrier, Sherlock disparait mystérieusement, Lestrade est montré comme un idiot...
Londres est montrée comme une ville suffocante, sinistre, et le quartier de Whitechapel (ou ce qu'il était), un coupe-gorge.
Ce livre offre un goût de déjà-vu, avec la solution de l'enquête, puis la résolution des autres mystères, pour que tout se finisse bien.
Il n'apporte rien de nouveau aux holmesiens, ni aux enquêteurs de Jack, mais se laisse lire agréablement.

Temps de livres


"Whitechapel est une poudrière. Le moindre incident peut dégénérer en émeute." (page 54)

Le décès de Sherlock Holmes a provoqué un incroyable regain d'intérêt auprès du public. George Newnes, directeur du Strand Magazine et éditeur du Docteur Watson, le fidèle ami de Holmes et "le narrateur de la saga", voudrait bien satisfaire ce public qui le presse d'éditer de nouvelles enquêtes du grand détective. Oui, mais voilà, Watson refuse de reprendre la plume depuis la disparition de son ami. Seule l'intéresse sa fondation pour les nécessiteux. "Une chance" pour George Newnes, le Docteur Watson a besoin de cent mille livres dans un délai très court. "Faute de quoi sa fondation devra fermer ses portes". Il se voit contraint de confier "un petit carnet" à George Newnes. Ce petit carnet - "Journal du Docteur Watson (1888)" - Il relate les événements terrifiants qui se sont déroulés à cette époque, les crimes horribles de Whitechapel perpétrés par Jack l'Eventreur. Ainsi donc, Sherlock Holmes a enquêté sur Jack l'Eventreur.

Quand George Newnes ouvre le carnet, un feuillet tombe à ses pieds. Il le ramasse et il lit :

"DUEL EN ENFER"

"Je pense tuer Sherlock Holmes, à me débarrasser de lui une bonne fois", écrivait à sa mère Conan Doyle en 1891. C'est ce qu'il fit en 1893, dans une nouvelle intitulée Le problème final. C'était sans compter sur la réaction - parfois violente - de ses lecteurs et de sa propre mère ! Sherlock Holmes ne devait pas mourir ! Il ne pouvait pas mourir ! Le plus célèbre détective de l'histoire du roman policier avait déjà totalement échappé à son auteur. A la mort de ce dernier, il est devenu le personnage le plus pastiché de la littérature et du cinéma :

"C'est par milliers, en toutes langues, qu'il faut compter les pastiches et parodies engendrés par le culte holmésien."

(EXCELLENT Dictionnaire des littératures policières par l'EXCELLENT Claude MESPLEDE)

Conan Doyle avait évité la confrontation entre son héros et Jack l'Eventreur - même s'il avait son idée sur l'identité du criminel de l'East End. Par contre, l'affrontement mythique entre les deux figures de légende a séduit bien des auteurs et des cinéastes. Dans la filmographie et la bibliographie de son EXCELLENT ouvrage, Le livre rouge de Jack l'Eventreur, paru en 1998, Stéphane BOURGOIN - ripperologue reconnu et apprécié de ses pairs anglo-saxons - relevait déjà 44 confrontations entre Sherlock Holmes et Jack l'Eventreur. Bob GARCIA s'est donc, lui aussi, laissé tenter par l'affrontement, "le duel en enfer" de ces deux personnages hors du commun.

Il connaît "le Canon" holmésien et a su le respecter. (Il avait déjà fait ses preuves en écrivant une première enquête apocryphe mettant en scène le plus fin limier de tous les temps, Le testament de Sherlock Holmes, roman récompensé par le prix Intramuros 2005.

Ils sont tous là, Madame Hudson, le jeune Wiggins et sa petite troupe des Irréguliers de Baker Street, sans oublier l'inspecteur Lestrade "devenu, en littérature, l'archétype du policier ridiculisé par un détective amateur."

Bob GARCIA, grand spécialiste d'Hergé et qui fait autorité auprès des Tintinophiles, connaît aussi parfaitement l'époque victorienne, Londres, "ce gigantesque cloaque". Il l'avait démontré dans un ouvrage précédent, La ville monstre, ouvrage que j'avais beaucoup apprécié.

Il semble aussi bien connaître la terrible histoire de Jack l'Eventreur, ce qui n'est pas si courant.

Bob GARCIA a su soigner la reconstitution historique de ce roman. Il a su restituer l'atmosphère de cet "automne de la terreur". Enfin, il a su faire revivre le maître des enquêteurs, le locataire du 221 B Baker Street. Bob GARCIA dit qu'il n'a pas cherché à copier l'oeuvre de Conan Doyle mais qu'il s'est amusé avec le mythe. (Le Magazine des Livres)

Il m'a également beaucoup amusé.

Roque Le Gall

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