Les Cahiers ukrainiens

IGORT

Futuropolis, 2010



Igort, l'auteur, s'est rendu en Ukraine et a interrogé plusieurs habitants sur leur pays : de Serafima Andreievna, qui a aujourd'hui 80 ans et a donc connu la grande famine de l'Ukraine en 1932, à Maria Ivanovna, partie avec son mari en Corée du Nord pour travailler dans l'industrie nucléaire et qui en est revenue malade.

Voilà un album reportage. C'est clair, il ne faudra pas trop chercher de l'humour dans ces pages. Le sujet est l'Ukraine d'hier et d'aujourd'hui. Des situations souvent dures et parfois tragiques, traitées sans l'ombre d'une plaisanterie. Une fois ce préambule passé, on pourra chercher l'intérêt de cet album ailleurs que dans la gaudriole.

Et gaudriole il n'y a pas : de 1932 à 1933, la famine en Ukraine fit entre 2,6 et 5 millions de victimes ! En ukrainien, cette tragédie a pour nom Holodomor, littéralement "extermination par la faim". Elle fut programmée par Staline.

L'intérêt de cet album réside dans les témoignages tous différents des habitants de ce pays peu connu. L'aspect est un peu austère : beaucoup de textes, peu de dessins. Il faudra lire ces textes intégralement pour rentrer dans cet album. Les dessins eux mêmes sont durs : le plus souvent en noir et blanc, représentant des personnes au physique famélique. Les témoignages sont poignants, comme celui des employés du Soviet rural racontant qu'en 1933 le cannibalisme "devient une habitude" !

Bref, un livre-témoignage dur et prenant dans lequel le dessin accroît l'horreur de l'extermination. Le second volet de ce diptyque aura pour titre Les Cahiers russes.

Marc Suquet


  

La ballade de Hambone

IGORT, Leila MARZOCCHI

Futuropolis, 2009
64 pages. 15 euros



Mississippi, dans la petite ville d'Huzlehurst qui compte 2027 habitants, débarquent du camion du croque mort, deux individus inquiétants. Ils viennent remplir "un contrat".

Dès que l'on ouvre l'album, l'impression ne lâche pas le lecteur : c'est franchement noir. D'abord par le dessin : tous les arrières plans des cases sont remplis de lignes noires qui donnent à l'album une tonalité pas franchement gaie ! Les visages blancs, marqués et maigres sont souvent cadavériques. Question personnages, le travail ne donne pas dans la gaudriole : on est en présence d'un tenancier d'hôtel tenaillé par son passé, d'Omara, une beauté asthmatique ou encore de son père raide et froid. Le tout est mâtiné de blues et de Ku Klux Klan : bref une atmosphère pesante et parfaitement rendue.
Pour ce qui est du scénario,  j'ai assez aimé l'histoire mais çà n'est pas le point fort de l'album qui reste le dessin. Leila Marzocchi est illustratrice dans de nombreux journaux en Italie comme en France. L'a mis du caractère dans son dessin, la nana ! Je lirai volontiers les prochains albums de cette série.

Marc Suquet

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