Dark Tiger

William G. TAPPLY

Gallmeister, 2010
coll. Noire



Stoney Calhoun est de retour ou, plus précisément, il est toujours là. La boutique, Ralph et surtout Kate entretiennent son existence. L'homme au costume est de retour lui aussi et il vient perturber tout cela en risquant de tout faire perdre à Stoney, qui doit quitter son monde pour lui rendre un petit service. C'est l'occasion pour les lecteurs de visiter un nouveau lieu et de découvrir de nouveaux personnages pleins de sentiments et de profondeur.

William G. Tapply nous a quittés en 2009 après seulement trois romans policiers et de nombreux livres sur sa passion et celle de Stoney, la pêche. C'est une grande perte pour bien des raisons. Il avait su s'installer dans le monde du polar dès son premier roman. Dark Tiger est une fois de plus une visite de l'âme de l'Amérique et des hommes qui la peuplent. Une histoire où les petits riens comptent presque plus que le scénario. L'assassin n'est pas vraiment important. Ce qui prédomine, c'est pourquoi il s'est retrouvé à faire cela, pourquoi il a été aidé. Bien sûr, l'ambiance l'emporte sur tout le reste, comme les descriptions de parties de pêche et de rivières qui se suivent et ne se ressemblent jamais.

Il y a un côté Kerouac ou McCarthy dans ces livres et nul doute pour moi qu'après quelques volumes supplémentaires M. Tapply serait devenu un auteur indispensable comme il en apparaît peu dans le monde du livre.

Roland Drover


La mort d'un agent gouvernemental dans le Maine contraint Calhoun à enquêter au nord de l'Etat. Sa couverture : guide de pêche à Loon Lake Lodge, un luxueux complexe en pleine nature.

Stoney Calhoun, c'est clair c'est le genre de perso que je kiffe grave : le gars cool, qui se la pète pas et reste immergé dans le grand tout de la pêche à la mouche. Un gars qui colle parfaitement bien avec son chien Ralph, qui suit son maître partout et déborde d'amour. Stoney, c'est l'amour des choses simples : un steak et un whisky dégustés avec son amour, Kate Balaban, une femme "tout simplement superbe" et livrée avec caractère ! Pour Stoney Calhoun, c'est le temps présent qui compte et, même s'il a oublié son passé le jour où il s'est pris une décharge de 10 000 volts, ce n'est pas le plus important. Stoney, c'est exactement comme la photo de son créateur, William G. Tapply, que l'on découvre en quatrième de couverture. L'auteur a écrit une vingtaine de bouquins, dont un nombre limité a été traduit en français (merci à Gallmeister !).

On retrouve dans cette nouvelle aventure de Stoney, la passion pour la pêche de Tapply. Le livre nous dévoile quelques secrets de la mouche de type "Dark Tiger", inventée en 1929 par William Edson en même temps que toute une série de leurres. Mais ce livre ne s'étend guère sur la passion pour la pêche de l'auteur, même si on la sent présente en arrière-plan. C'est clair, on est en pleine nature sauvage, loin des trottoirs de New York. On trouvera dans Casco Bay, chroniqué sur notre site, plus de détails sur la passion de l'auteur.

Le scénario, même s'il reste simple, ne ménage ni suspense ni rythme : pourquoi a-t-on tiré une balle dans la tête de deux personnes déjà mortes ? Qui donc est le traître parmi l'équipe de guides de pêche du Loon Lake Lodge et pourquoi voudrait-il casser la douceur idyllique de ce lac ? Le rythme s'accélère au cours du bouquin et les derniers chapitres sont menés tambour battant. L'atmosphère zazen du début va rapidement être oubliée !

Mais voilà, Stoney c'est fini : William G. Tapply est mort en juillet 2009 ! Alors s'il vous plaît, M. Gallmeister, publiez donc les autres bouquins de cet auteur !

Marc Suquet


  

Casco bay

William G. TAPPLY

Gallmeister, 2008
290 pages. 22 euros



Stoney Calhoun a perdu la mémoire. Il est devenu guide de pêche dans le Maine. Sa vie oscille entre les mouches qu'il fabrique et les visites de la belle Kate Balaban. Lors d'une sortie, il découvre, en compagnie d'un client, un cadavre sur un îlot de Casco Bay.  Quelques jours après, son client est assassiné. Le shérif Dickman engage Stoney pour le seconder dans son enquête.

Voici la deuxième aventure de Stoney Calhoun, après Dérive sanglante. Une aventure séduisante à double titre. L'intrigue est bonne : des cadavres retrouvés la gorge tranchée et le pénis sectionné et enfoncé dans la bouche. Mais ça n'est pas le premier atout de ce livre qui se signale plutôt par le personnage attachant qu'est Stoney. Le type même du héros solitaire, bourru mais sensible sans le montrer. L'ours solitaire, plus séduit par son chien Ralph que par ses semblables. Un héros que l'on identifie facilement à la bonne gueule de l'auteur en photo en quatrième de couverture ! Après son accident qui l'a rendu amnésique, la nature fait office de médecin pour Stoney.
Je me suis laissé facilement séduire par la force tranquille de Stoney. Un personnage au fond sincère et honnête, un mec avec qui on a envie de partir traquer le bar.

Marc Suquet


Où l'on en apprend un peu plus (mais pas trop) sur les mystères de la vie d'avant de Stonewall Calhoun, dit Stoney par ses quelques rares amis. Cette fois-ci c'est en emmenant un respectable professeur à la pêche sur son bateau dans la baie qui baigne entre autres Portland que notre guide du Maine se retrouve confronté à un cadavre. Corps brûlé, gorge tranchée, pénis sectionné et enfoncé au fond de la gorge, il y a comme qui dirait un message que le meurtrier cherche à faire passer. Le corps est d'ailleurs cis sur un ilôt qui fut le siège d'une catastrophe autrefois: une mission catholique y a brûlé au début du vingtième siècle avec tous ses occupants, la congrégation de nonnes et les étrangers en attente de régularisation qui y stationnaient. La belle Kate Balaban prend ses distances avec Stoney, le shériff son ami lui demande de participer à l'enquête, il semble que la belle tranquillité de l'ermite amnésique de Dublin soit mise à mal. Mais il faudra un deuxième cadavre, sur le perron de la cabane de Calhoun celui-là, pour le décider à se mêler de la vie du reste des hommes.

WGT tient ses promesses, les développements autour de son héros mutique sont captivants et les intrigues d'un plausible total. On continue à en apprendre tant et plus sur les différents leurres utilisés dans la pêche au bar (qui eût cru qu'il y en avait tant ?). Le petit côté intrigant de Stoney Calhoun s'étoffe avec cette capacité presqu'extra-sensorielle de sentir la présence de fantômes, voir des cadavres au fil de l'eau. On ne tranchera pas (à l'image de l'auteur) sur la réalité de ces visions ou bien sur l'hypothèse de petits courts-circuits du cerveau du héros dûs à son accident de montagne. Peu importe, ces contacts plus ou moins rêvés avec le monde des esprits donnent une très légère coloration surnaturelle au récit qui ne lui nuit pas, bien au contraire. On s'abîme toujours dans la rêverie au ras des flots qui suit le pêcheur amoureux de la pêche, qui ne vient pas comme il dit "attraper du poisson", concept ô combien différent. Vive le Maine et la pêche à la mouche.

Marion Godefroid-Richert


  

Dérive sanglante

William G. TAPPLY

Gallmeister, 2007
267 pages. 22 euros



Premier roman traduit d'une vingtaine écrit par cet états-unien sympathique qu'est WGT, dérive sanglante met en scène pour la première fois Stoney Calhoun, attirant misanthrope pêchophile et chassologue. Il lui en est arrivé une bien bonne: il a été foufroyé lors d'une expédition à la montagne. Il en garde une grosse cicatrice sur le dos et des capacités intellectuelles perturbées , dans le bon et le mauvais sens : une amnésie partielle, une surdité d'une oreille et aussi une mémoire photographique et une grande capacité de concentration. Dans un trou paumé du Maine, cet état du nord-est sauvage truffé de bois et de rivières à truites et à bass, il s'est réfugié en marge du monde des hommes et au centre de celui des poissons. Il travaille pour une déesse (Kate) qui possède une petite boutique d'articles de pêche avec laquelle il fricote occasionnellement et son meilleur ami (Lyle) est un jeune étudiant passionné par l'histoire locale, les femmes et guider les touristes en maraude. On dirait que sa vie est plutôt satisfaisante jusqu'à ce qu'un jour, tout parte en quenouille à cause d'un sudiste déplaisant à Rolex du nom de Green. Lyle ne reviendra pas vivant de son voyage avec Green vers un mystérieux étang en retrait dans le comté voisin. Du coup Stoney mène l'enquête et provoque des remous aussi bien dans la paisible bourgade de Dublin que dans sa mémoire embrumée.

Ca pouvait sembler improbable au début, un polar articulé autour de la pêche à la mouche, mais ça marche plutôt bien. On se laisse glisser sans effort le long des sentiers herbus et au creux des sous-bois moussus, on contemple volontiers le vol scintillant des leurres au ras de l'eau, on suit avec intérêt les méandres des circonvolutions cérébrales de cet enquêteur d'un genre original. L'écriture est assez dans la veine d'un James Sallis qui aurait rencontré Ernest Hemingway et copiné avec Jim Harrison (excusez du peu). Aucune lourdeur , un sens du rythme personnel qui confine l'introspection à la lisière de la conscience du héros comme du lecteur font que ce polar est d'une facture originale et agréable. Il est également plaisant de sentir s'articuler la mécanique narrative autour de deux mystères : celui de la mort du jeune Lyle et celui des origines du détective-guide. Ca donne envie de se frotter aux exemplaires suivant de la prose de WGT. D'ailleurs on s'y est frotté , voir les critiques sur le deuxième, Casco Bay.

Marion Godefroid-Richert

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