Mon père était boxeur

Vincent BAILLY, KRIS, Barbara PELLERIN

Futuropolis, 2016



Son père était vraiment boxeur : Barbara Pellerin écrit l'histoire de cet homme, Hubert Pellerin, gonflé par un titre de champion de France espoir, obtenu à 18 ans et qu'elle retrouve, décidée à lui faire raconter sa vie. Pas facile, car l'homme ne s'épanche guère et les relations père-fille ne sont pas des plus sereines. Mais Barbara sent bien qu'il est temps et qu'après sera trop tard.

Un portrait tout en nuances, d'un homme parfois violent, alcoolique mais en même temps plein de tendresse pour sa famille, pour sa fille à qui il apprend a faire du feu ou à nager, même si c'est en utilisant une pédagogie un peu rude qui le fait envoyer sa fille dans les vagues mais également en venant à son secours ou encore qui se met en quatre, après son divorce, pour assurer à sa fille des petits plats mitonnés et pourtant le boudin blanc elle n'aime pas trop !

Un album plein de sensibilité et d'humanité que j'ai aimé. L'auteur ne cherche aucunement à idéaliser son père défunt mais bien plutôt à raconter ce personnage original et les petits moments de bonheur, ou pas, passés avec lui. Entre eux, la boxe qui sert de trait d'union entre des êtres qui ont eu bien du mal à se comprendre mais qui se retrouvent avant que la vie ne s'arrête un dimanche matin de novembre. En fin d'album, Barbara Pellerin, elle-même photographe, explique sa rencontre avec Kris, le scénariste à casquette rencontré à Brest. L'ensemble est servi par un beau dessin de Vincent Bailly avec qui Kris a déjà coopéré à l'occasion des albums Un sac de billes et Coupures irlandaises.

Un bel album, très personnel et complété d'un DVD.

PS : Barbara, Kris, manquerait pas un quatrième double nin-nin à Starsky et Hutch ? (Eh oui, ça tue, ce genre de remarque, non ?

Marc Suquet


  

Un sac de billes (T. 2)

Vincent BAILLY, Joseph JOFFO, KRIS

Futuropolis, 2012



Après leur vie à Paris sous l'occupation, les deux frangins, Joseph et Maurice, arrivent en zone libre et retrouvent leurs frères aînés à Menton. Là, l'ambiance est plutôt cool : petites combines pour faire vivre la famille, coup à boire avec les soldats italiens... Mais quand même la guerre : les parents ont été arrêtés. Les Italiens partent, vite remplacés par les nazis qui n'ont pas du tout la même nonchalance chevillée au corps !

Les qualités du premier tome ne sont pas oubliées dans ce deuxième : une bonne histoire, celle du bouquin de Joseph Joffo, un dessin riche et coloré, des persos attachants. Un ensemble dans lequel on se plonge donc avec plaisir.

Marc Suquet


  

Un sac de billes (T. 1)

Vincent BAILLY, Joseph JOFFO, KRIS

Futuropolis, 2011



La vie de deux frères juifs, Joseph et Maurice, à Paris dans le 18e et sous l'occupation nazie. Mais aussi, la fuite des deux frères vers la zone libre pour retrouver leurs frères aînés à Menton.

L'album est l'illustration du livre de Joseph Joffo, racontant ses souvenirs de gamin lors de l'occupation. Un livre qui a connu un succès planétaire puisqu'il a été tiré a près de 25 millions d'exemplaires et vient d'être adapté pour la Chine ! L'auteur avoue avoir été lui même amateur de BD : les Pieds Nickelés, Bibi Fricotin, Mandrake, Tarzan.... L'attrait de Kris pour le bouquin de Joffo, qu'il avoue avoir lu et relu après que son grand père lui en eut fait cadeau, a convaincu l'auteur d'accepter que son récit devienne également une BD.

Après Un homme est mort et Coupures irlandaises, Kris se lance à nouveau dans la chronique d'une époque. Celle de l'occupation vue à travers le regard d'enfants : l'étoile jaune cousue sur la veste des deux frères apparaît très chouette à l'un de leurs copains de classe, qui ira même jusqu'à l'échanger contre un sac de billes !

Des figures dominent cette histoire : celle du père, coiffeur courageux qui n'hésite pas à coiffer deux soldats allemands en soulignant lors de leur départ du salon que tous les gens, ici, sont juifs ou encore, qui conseille à ses enfants d'être les premiers à l'école pour faire "chier" Hitler ! Mais aussi celles des deux frères, complices devant une époque terrible. Ou encore le comte de V, le vieux monarchiste, qui explique aux deux enfants sur la route vers la zone libre, la différence entre un fiacre et une calèche.

Le dessin de Vincent Bailly, avec qui Kris a déjà coopéré pour Coupures irlandaises, est plutôt bon et coloré. On en trouvera des exemples ici. On trouvera également quelques esquisses qui ont servi à l'élaboration du tome 1 sur le blog de Vincent Bailly.

Une adaptation réussie du bouquin de Joseph Joffo. Kris et Bailly devraient également adapter deux autres livres du même auteur : Baby-foot et Agates et calots.

Marc Suquet


Je n'ai pas grand-chose à rajouter à la chronique de Marc, si ce n'est que l'on est bien dans l'enfance avec son insouciance, sa naïveté et sa générosité, alors même que le monde des adultes manque de l'engloutir... Toutes ces qualités sont très bien servies par le dessin et je lirai le tome 2 avec plaisir.

Annecat


  

Coupures irlandaises

Vincent BAILLY, KRIS

Futuropolis, 2008
64 pages. 16 euros



Christophe (Chris) et son copain Nicolas, deux adolescents originaires de Bretagne, partent en séjour linguistique de deux mois en Irlande du nord : le premier dans une famille protestante, aisée, le second, dans une famille catholique et sans guère de moyens. Ils vont tous deux découvrir les difficultés de la vie à Belfast, la réalité du conflit et repartir après avoir vécu un vrai drame.

Après Davodeau dans Un homme est mort, le scénariste Kris s'est associé au dessinateur Vincent Bailly, auteur d'Angus Powderhill (Humanoïdes Associés) et Coeur de sang (Delcourt). C'est une nouvelle histoire humaine, teintée d'autobiographie puisque Kris reconnaît avoir été en Irlande, durant l'été de ses 14 ans à une époque un tantinet politiquement "chaude" ! Une Irlande que les deux copains aiment et sur laquelle ils se sont renseignés avant leur départ : solidarité celte oblige !

J'ai aimé le coté initiatique de ce livre : les deux copains partent de Bretagne avec de vraies idées d'adolescents, genre "à nous les p'tites irlandaises". Et puis le choc est rude dès leur arrivée et les événements imaginés par Kris créent un vrai crescendo dans l'angoisse : rencontre avec les soldats anglais (Chris est même mis en joue par l'un d'eux), explosion de bombes, perquisitions, manifestations avec cocktail molotov et le meurtre final qui fera basculer définitivement les deux garçons dans le monde des adultes : un vrai drame vers lequel tend l'ensemble du récit.
On trouve également un fort coté humain dans ce récit : la vie de tous les jours dans chacune des deux familles, même si l'ambiance y est très différente entre elle deux, les émois des adolescents et les remords qui les prennent lors de leur retour en France. Mais aussi le rôle des enfants qui "n'existent pas dans les guerres", comme le souligne Kris dans la dernière image.
Coté historique, le livre est bien documenté. Non seulement le texte lui-même fourmille de données mais l'album s'achève par un dossier de 16 pages décrivant le contexte historique. Ce dossier est complété par un récit d'une militante de la cause républicaine irlandaise et par quelques confidences de Kris sur l'aspect autobiographique de ce récit.
Le dessin de Vincent Bailly, bien que coloré reste sombre. Cette nuance est adaptée au climat peut être un peu triste de l'Irlande du nord (bien que les brestois soient bien placés pour savoir que l'on raconte n'importe quoi à la météo !) mais aussi à la tension et l'angoisse qui montent tout au long de l'histoire. Le dessin est vif, marquant bien le mouvement et notamment la violence de certaines scènes.

Kris, c'est pas parce que tu es not'pot à Mauvais Genres, mais là encore on a bien aimé ton nouvel album ! Comme dans Un homme est mort, y'a, dans Coupures irlandaises, de l'émotion, de l'histoire, de l'humanité et la vraie naissance de consciences politiques d'adolescents. Comment pourrait-on ne pas aimer ?

On peut trouver une interview de Kris sur cet album

Marc Suquet


"A nous les p'tites Irlandaises !
Yaouhh !! Et même les grandes si y en a !!" (page 7)
Eté 1987 : Christophe (Chris) et son copain Nicolas, deux jeunes Bretons de 14 ans, partent effectuer un séjour linguistique en Irlande du Nord, à Belfast plus précisément. Nicolas est hébergé par les Devlin, des catholiques qui habitent le quartier du Markets, sorte de ghetto encerclé par "les Brits"... Chris, quant à lui, va loger dans le quartier huppé de Donegall.Dès son arrivée, il se sent peu à l'aise chez ses hôtes, les Nicholl, une famille protestante et quelque peu bourgeoise. Il envie le sort de Nicolas qui séjourne dans une famille des plus chaleureuses...
Amusements, sorties et même drague ("A nous les p'tites Irlandaises !"), puis ce sera "la fin de l'insouciance" pour nos deux Bretons, soudain confrontés au conflit sournois entre catholiques et protestants et qui ronge l'Ulster depuis des décennies...
"L'unique devoir que nous avons envers l'Histoire, c'est de la récrire !" (Oscar Wilde)
Kris est un homme de talent. Ce n'est pas nous à Mauvais Genres qui dirons le contraire. Un seul exemple :
le fantastique album "Un homme est mort" qui a apporté la consécration à notre auteur. "A cinq ans, la BD me fascinait déjà. J'ai toujours aimé inventer des histoires. La BD est, pour moi, la manière la plus naturelle d'en raconter..."
(Patrice Le Berre. Le Télégramme)
Kris est également un homme de parole. Il le prouve avec ce nouvel album, "Coupures irlandaises" qui, lui aussi, fait déjà l'unanimité "auprès des Brestois et des autres"...
Kris s'était promis qu'un jour, "quand il serait grand", il témoignerait pour les gens de Belfast. C'est aujourd'hui chose faite. "C'est une fiction inspirée de notre aventure... Si cette histoire est une fiction, elle n'en comporte pas moins une large part de vécu. Celui de deux adolescents de 14 ans, partis à la découverte de la langue anglaise dans le lieu le plus improbable du Royaume-Uni à l'époque : l'Ulster, en proie aux "troubles" depuis vingt ans, sa capitale Belfast pour être plus précis"...
Ce témoignage à peine romancé raconte la fin de l'insouciance pour deux collégiens bretons confrontés à l'injustice, la bêtise, la lâcheté, la haine, le chômage, la pauvreté, la peur. A une guerre ignorée du reste de l'Europe. Deux collégiens, marqués à vie, qui ont également découvert la fierté, la solidarité, la grandeur et le courage...
Une postface de seize pages clôt l'album : témoignages, documents portant sur le conflit irlandais...
Une autre précision : Vincent Bailly a effectué un travail remarquable. Absolument superbe !
"Coupures irlandaises" est un album tout aussi "intense et émouvant" qu'"Un homme est mort". Il en dit autant sur cette sale guerre que les manuels d'histoire. Tout comme Chris et Nicolas nous prenons "le quotidien des habitants de ce territoire en pleine figure !"
Et ça fait mal ! Très mal !
Un très grand album, donc. Mais laissons la conclusion à Patrice Le Berre :
"Insatiable, curieux et engagé, ce n'est pas encore demain que Kris aura le temps de buller"...

Roque Le Gall

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