Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles

Gyles BRANDRETH

10x18, 2008
Collection : Grands detectives<br/>384 pages. 13.50 euros



"Nul ne commet un crime sans y joindre quelque maladresse". (Le portrait de Dorian Gray)

Londres, le 31 août 1889 :
Au milieu de l'après-midi, un homme d'environ 35 ans se présente au 23, Cowley Street, dans le quartier de Westminster. Il y a rendez-vous avec un élève auquel il donne des cours. Dans la chambre du premier étage, ce n'est pas son élève qui l'attend mais le cadavre dénudé d'un enfant de 16 ans. Il a eu la gorge tranchée. Ses bras sont repliés sur sa poitrine et le corps est disposé comme sur un catafalque. Des chandelles sont allumées tout autour de lui et il flotte une odeur d'encens. Le visiteur, Oscar Wilde, poète, dramaturge et le phénomène littéraire de son temps reconnaît immédiatement la victime. Il s'agit d'un dénommé Billy Wood, "un jeune prostitué sans importance". Oscar Wilde pense à un meurtre rituel et, quelque peu désemparé, il tarde à signaler le crime à Scotland Yard. Quand la police intervient enfin, le cadavre a disparu sans laisser de trace. Comme l'inspecteur chargé de l'affaire se montre sceptique ("Un meurtre sans cadavre constitue un indéniable mystère".), Oscar Wilde décide de mener sa propre enquête :
"J'ai besoin de savoir pourquoi... Je veux découvrir qui a pu faire un chose pareille)...
...Holmes a raison Robert. Sa maxime se vérifie : "Lorsque l'on a écarté d'un problème tous les éléments impossibles, ce qui reste, si invraisemblable que cela puisse paraître, est forcément la vérité"... (p323)
Depuis son enfance, Gyles Brandreth, "un brillant touche à tout" est un admirateur inconditionnel de l'oeuvre d'Oscar Wilde et des aventures de Sherlock Holmes. Le déclic a eu lieu relativement récemment quand il a découvert, à sa grande surprise, en lisant une autobiographie d'Arthur Conan Doyle, que l'écrivain irlandais et le père de Sherlock Holmes étaient amis :
"Je me suis aussitôt dit :
"Oui ! C'est ce que je veux faire. Je veux écrire des polars dans la tradition de Conan Doyle avec Oscar Wilde pour détective"..."
(Entretien avec  Gyles Brandreth. Entretien mené en anglais par Caitlin Mckenna le 7 mars 2008. Traduction de Thomas Roman. Parutions.com.).
On connaissait l'écrivain remarquable et original, le dandy excentrique, le brillant causeur, le personnage agréable, amusant, exubérant et généreux, à l'imagination débordante et à l'esprit remarquable, à sa manière aussi brillant que celui de Sherlock Holmes...
Quoi de plus normal alors que de voir Oscar Wilde se transformer en détective ?... "Nous allons découvrir qui est le meurtrier de Billy Wood. Si l'ami de Conan Doylde ne veut pas m'aider, son personnage, lui, le peut. Pourquoi Oscar Wilde ne se déguiserait-il pas en Sherlock Holmes" (p85). Il aura même son Watson, son ami Robert Sherard (qui sera plus tard "le premier - et le plus respectueux de ses biographes").
Wilde va donc mener l'enquête, une enquête pleine de rebondissements, à la manière de Sherlock Holmes, le héros fictif de son ami Conan Doyle, dans ce polar historique qui nous plonge au coeur de la société victorienne. Un polar qui est un mélange de bio et d'intrigue policière : certains personnages ont réellement existé. Quant aux références historiques elles sont toutes vraies. Résultat ? Gyles Brandreth, grand spécialiste de Wilde et grand connaisseur de l'époque victorienne nous offre là un roman imaginatif, passionnant, très bien écrit (et très bien traduit). Un roman souvent brillant, tout comme l'était Oscar Wilde. Laissons la conclusion à Alexender McCall Smith (quatrième de couverture) :
"L'un des livres les plus intelligents, amusants et distrayants de l'année. Si Oscar Wilde avait du l'écrire lui-même, il n'aurait pas fait mieux".

Roque Le Gall

partager sur facebook :