Les papes ou le bréviaire de maître Gorgibus

Arnaud LE GOUEFFLEC, Laurent SILLIAU

Ginkgo, 2010
115 pages. 9 euros



Le père Gorgibus, simple prêtre (ou prêtre simple d'après quelques mauvais esprits) est envoyé par une hiérarchie chagrine dans le village perdu et abandonné de sainte Paluche. Là, le presbytère peuplé de champignons offre tout loisir à cette chère âme de cultiver un don rare pour la vision saugrenue quoique sainte. Au cours de son recueillement ascétique au milieu de ses fungi bizarroïdes, lui viennent en révélation la vie de quarante-cinq saints inconnus du grand public et fantasques. Illumination de sainte Saucisse, qui passe sa vie à offrir à tous son corps consentant, pauvres et riches, gros et maigres, beaux et laids, tous ceux qui passent avec une telle constance qu'on ne peut conclure qu'à l'abnégation. Emerveillement de saint Eloi, qui supporte Dagobert avec une telle constance qu'il a besoin de vacances. Respect devant saint Carafon, qui pour guérir le monde de tous ses maux se jure de boire tout l'alcool sur terre et délivrer ainsi l'humanité. Il y en a encore tant qu'il serait vain d'essayer de tous les citer ! Citons au passage le plaisir de découvrir au fil des pages les illustrations du dessinateur sur les machines à extraire les visions du bon père, et quelques artefacts de saints étranges.

Voilà la dernière facétie en date de notre Arnaud national. Aidé de son accolyte du Bréviaire secret de lord Bargamoufle le dessinateur Laurent Silliau, le voilà errant dans les méandres lunatiques d'un esprit catholique peu orthodoxe. On ignore, vraiment, si l'ermite a oui ou non tasté du psilocybe pour décrire de si brillantes exégèses, mais en tout cas on retiendra deux choses : il ne fit pas bon en ce début de siècle être légat du pape (un bon nombre d'aventures saintes comportent des apparitions de ce haut dignitaire), ni de croiser la route de l'abominable Garkhan, roi des mongols (lui fortement impliqué dans l'écourtement d'espérance de vie de saint en goguette). Quant aux illustrations, elles sont délicieusement soulignées de titres primesautiers et de citations farfelues. Une heure de lecture récréative, charmante, ludique, un peu mystérieuse. Bienvenue dans l'univers de l'église de la petite folie, si vous ne le connaissiez pas !

Marion Godefroid-Richert


  

Le bestiaire secret de Lord Bargamoufle

Arnaud LE GOUEFFLEC, Laurent SILLIAU

Ginkgo, 2006
Collection : Biloba
121 pages. 9 euros



Une oeuvre singulière que celle-ci : petit cabinet de curiosité imaginaire édifié pour le plaisir des amateurs de billevesées charmantes , ce bestiaire est un ovni tout droit venu de l'imagination fertile du plus fantasque des artistes brestois. Il n'y a pas de limite à ce que se permettent les circonvolutions cérébrales d'ALG dans leurs volutes synaptiques. Ces portraits d'animaux incongrus sont autant de petites odes rédigées sur l'hôtel de l'absurdité littéraire et de la poésie surréaliste. Que dire par exemple de l'hippocampotame , qui attendrit les passants à force de désespoir muet et finit par les épuiser de compassion afin de mieux les étrangler quand ils gisent à terre, à bout de force ? Ou bien devons-nous nous inquiéter de la santé mentale d'un auteur qui trouve que notre hypothétique créateur n'a pas suffisamment preuve d'humour en permettant l'existence de l'ornithorynque, et lui trouve une variante oukangaise encore plus improbable dans la personne de l'oirnythorinque (pour ceux qui veulent connaître les options de ce modèle exotique , rendez-vous page 74) ?? Quantités d'autres inventions zoologiques farfelues sont égrenées au fil des pages en autant de portraits courts et cocasses, imprévisibles et intriguants. Le lecteur averti cherchera quelque parenté dans ces récits avec les zigotos créateurs du baleinié, ce dictionnaire inventif des petits tracas du quotidien, et aussi fouinera du côté des historiettes de Tim Burton et de leurs conclusions souvent désastreuses (comme l'histoire de l'enfant-huître, qui à la fin se fait gober). Les illustrations de l'ouvrage ne sont pas en reste et on prend plaisir à détailler les très beaux croquis de Laurent Silliau, qui s'est visiblement prêté avec plaisir à l'exercice. Ses dessins sont de grande qualité, emprunts de classicisme dans le bon sens du terme, sans désuétude. Gustave Doré s'invite dans l'église de la petite folie, en somme ! En bref, un livre charmant dont on prend plaisir à tourner les feuillets .

Marion Godefroid-Richert

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